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mercredi 16 décembre 2015

Cheminer - partie 4

Parmi la multitude de visions possibles pour notre Église, de portes possibles pour entrer dans le flot de la mission de Dieu, il nous faut faire un choix. Chaque niveau de la vie de l’Église fait des choix. Le Conseil œcuménique des Églises et la conférence des Églises européennes ont choisi de s’engager dans un pèlerinage de justice et de paix, avec de multiples entrées et de multiples thèmes, qui vont de l’aide d’urgence et du développement au dialogue œcuménique et aux conversations interreligieuses. L’Église protestante unie a choisi de renouveler son témoignage, d’avoir pour vision d’être « une Église de témoins ».

Notre vision, c’est ce à quoi nous sommes appelés, de là où nous en sommes dans notre cheminement. Il ne s’agit pas de se fixer des objectifs trop hauts qui nous décourageraient. Mais il s’agit de discerner les dons, les personnes, les forces que nous donne Dieu, aujourd’hui et maintenant, et de discerner ensemble ce que Dieu veut en faire. Les forces que nous donne ce Dieu dont la puissance s’accomplit dans la faiblesse ! Car dans notre cheminement, nous ne partons pas vierges et isolés. Dieu nous a donné au moins deux choses : d’abord nos communautés, nous et ceux qui nous entourent. Même si nous ne sommes plus que 10, même si nous sommes fatigués de porter une paroisse à bouts de bras, il y a là une valeur incroyable que Dieu peut exploiter… mais peut-être qu’il attend de nous que nous fassions autre chose…

Quelque chose que nous avons vraiment envie de faire, quelque chose qui nous donne de la joie et nous aide à devenir témoins de la joie de l’évangile, et pas « ce qu’il faut faire parce qu’on a toujours fait comme ça ». Peut-être qu’un groupe de 10 personnes qui se réunit dans le salon d’un de ses membres et qui offre du temps, de la convivialité et des gâteaux dans la rue ou dans une maison de quartier une fois par mois témoigne plus qu’un groupe de 10 personnes qui se bat pour empêcher son temple de s’effondrer… et peut-être que d’autres croyants qui ont fui la responsabilité trop lourde de porter une institution seraient ravis de témoigner de ce que Dieu change dans leur vie, si seulement on les aider à mettre des mots sur cette expérience si intime…

La deuxième chose que Dieu nous donne, c’est un contexte. On ne chemine jamais dans un lieu neutre et vide. Il y a tous ceux qui nous entourent, qui croisent notre route, qui parfois même la partagent, et que l’on ne prend pas toujours le temps d’écouter. Beaucoup d’entre eux ont soif de la source à laquelle nous nous abreuvons, mais on peur de s’y noyer ou d’entre rester captifs. Ils ont peur parce qu’ils ne savent pas. Avec eux aussi, peut se faire un cheminement, dans la rencontre, avec du temps, dans la proposition humble et le témoignage personnel et respectueux. Le contexte, c’est aussi la culture et la mentalité, le contexte médiatique, etc. Ce sont aussi des lieux pour témoigner qu’une autre vision du monde est possible, confiante malgré les attentats, qui espère au-delà de la peur, qui croit au-delà du doute et du marasme ambiant.

Nous le voyons, il y a de multiples visions possibles, mais il y a aussi les dons que nous avons, ici et maintenant, et les désirs que Dieu nous met au cœur, qui permettent de limiter ces possibles, de discerner une vision pour l'Église, chacun à son niveau.

Les personnes, les dons, le contexte, la vision : tout cela tient la communauté ensemble, l’aide à cheminer dans la même direction, nous aide à être une Eglise en marche. Mais la route n’est pas toujours droite, nous le savons dans nos vies, et le cheminement de Jésus dans les Evangiles nous le montre aussi. Aussi faut-il régulièrement reprendre la vision, corriger la direction, parce que les aléas de la vie ou le chemin nous font faire des détours, et parfois nous engager dans une fausse direction.

St Jacques... La mecque, film de Coline Serreau
Sur notre route, dans notre cheminement, il nous faut aussi parfois nous alléger de ce qui nous pèse inutilement, de ce que l’on se fatigue à porter, parce que cela nous rassure. Je ne sais pas si vous avez déjà vu le film « St Jacques-La Mecque », où un groupe part en pèlerinage sur le chemin de Compostelle. A la première montée, plusieurs d’entre eux se cachent dans les fourrés pour se débarrasser de produits de beauté et autres éléments qu’ils avaient mis dans leur sac, pensant que cela leur serait utile, mais qui se révèlent vite superflus face à la nécessité de voyager léger. En Église aussi, il est nécessaire de voyager léger. D’abord, c’est une question de survie, une nécessité biologique, si l’on veut arriver à continuer d’avancer ; ensuite, toute l’attention, toute la force que nous consacrons à nos affaires, nous ne la consacrons pas à ceux qui nous entourent ; enfin, cela est nécessaire pour arriver à aller loin sans s’épuiser.

Nous avons toujours la possibilité de nous passer de tel ou tel élément qui a été bien utile à un moment donné, mais qui ne l’est plus. Dans notre cheminement,  nous avons besoin régulièrement de voir ce qui nous est utile, ce qui nous fait avancer, et ce qui nous pèse, nous freine, nous détourne de notre vision. Si l’on est attentif, si les fruits de l’Esprit nous travaillent, on s’aperçoit vite que ce n’est jamais le frère ou la sœur qui nous ralentit, mais cela peut être quelque chose de trop lourd à porter, pour lui ou pour moi… Nous sommes appelés à "Aller", à rencontrer « les nations », c’est-à-dire à vivre l’interculturel, à témoigner, à baptiser, à faire des disciples, des gens qui se mettront eux-mêmes en marche… des gens qui à leur tour, marcheront à nos côtés, à la suite de celui qui est avec nous tous les jours jusqu’à l’accomplissement des temps.

Claire Sixt Gateuille

samedi 1 août 2015

Vous, qui dites-vous que je suis ?

Dans moins d’un an maintenant, le Grand Kiff réunira les jeunes de notre Eglise et d’Eglise-sœurs du côté de St Malo. Le thème est Et vous, qui dites-vous que je suis ? Je vous propose ici un premier billet en forme de méditation sur ce thème. D’autres devraient suivre…

"Et vous, qui dites-vous que je suis ?" Ça c’est une question qu’elle est bonne !
 
Jésus est sorti de Jérusalem, de Judée, il est avec ses disciples près de Césarée de Philippe : Césarée de Philippe est un lieu « mixte » on dirait aujourd’hui multiculturel, habité par des juifs, des romains, des gens d’autres peuples présents dans la région. Une vraie mosaïque de cultures, qui doivent vivre ensemble même si leurs modes de vie ne sont pas toujours faciles à concilier…Là, la parole est plus libre, moins contrôlée qu’en territoire judéen, où la fidélité à Dieu et à la tradition est vue comme passant par la préservation d’une forme de « pureté » qui limite le plus possible le contact avec les autres peuples, décrits comme païens. Là, on peut discuter de « qui est Jésus ? » sans risquer d’attirer l’attention des gardiens de la loi et des prêtres… 

projections
Jésus commence par collecter les différentes images que l’on projette sur lui : qui dit-on qu’il est ? On dit qu’il est un prophète, ancien ou récent, « revenu » ou « ressuscité »… D’où viennent ces images ? De la tradition religieuse ; ce sont des figures d’autorité, des gens qui ont parlé et agi au nom de Dieu. Bref, on reconnait son aura spirituelle, le fait que Dieu l’ait choisi pour parler en son nom. En tout cas, ce sont les retours positifs que les disciples rapportent à Jésus, ils se gardent bien de faire remonter les critiques…

Question
Puis vient la question centrale : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Et la réponse de Pierre : tu es le messie, le Christ, bref, celui que l’on attend non seulement pour parler au nom de Dieu et appeler les êtres humains à changer, mais pour changer les choses, même celles contre lesquelles nous ne pouvons rien, pour ouvrir de nouvelles perspectives là où tout semble bloqué, pour redonner une espérance (Je vous conseille de relire certaines prophéties du livre d’Esaïe, en particulier à partir du chapitre 42, ou le chapitre 37 d’Ezéchiel).
A cette affirmation de foi, Jésus répond par une obligation de silence, et l’annonce de sa mort et de sa résurrection… Pas facile d’être disciple !

Cette question centrale de Jésus renvoie à trois dimensions :
-    Une articulation entre ancien et nouveau, entre tradition et interprétation, entre ce que « on » dit, et une parole personnelle
-    Un appel à l’interprétation
-    L’affirmation d’une identité ouverte, relationnelle et suspendue

Puiser dans la tradition
Ce que les disciples peuvent dire de Jésus, ce que nous pouvons dire de Jésus, s'inscrit dans une histoire, dans une langue, dans un univers de pensée particulier. Les gens utilisent les concepts et les références de leur culture, les images de leur pratique religieuse, les figures de leur histoire pour décrire Jésus. Ils ne peuvent faire autrement, ils ne peuvent que puiser dans cet héritage pour trouver les mots pour parler de Jésus. Les gens, les disciples, nous ne pouvons faire autrement. Même une expression nouvelle fera référence à l'ancien, sinon elle ne serait pas comprise, elle ne serait opérante que pour celui ou celle qu'il l'utiliserait. Pierre parle du Messie, dont parlent aussi les prophètes. Et Pierre, qui formule une parole vraiment personnelle, presque un cri du cœur, le fait en empruntant des mots déjà utilisés par d'autres... il se les approprie, il les réinvente en quelque sorte en les faisant totalement siens.

Proposer une interprétation 
Jésus interroge ses disciples sur son identité, non pour ensuite leur donner la bonne réponse, mais parce qu'il faut bien dire quelque chose de lui, même s'il dépassera toujours tout ce qu'on pourrait dire à son propos. C'est vrai de tout être humain. Nous sommes toujours au-delà des étiquettes que l'on nous colle ou de ce que les autres savent de nous... Nous sommes même au delà de ce que nous savons de nous, parfois confrontés à notre propre mystère.

Il faut bien dire quelque chose de Jésus, oser une interprétation, oser un énoncé, proposer une réponse. Celle-ci sera toujours provisoire et imparfaite, toujours marquée par le sceau de notre culture et de notre histoire personnelle. Jésus nous pose une question et nous appelle à devenir témoins, à devenir acteurs de la réponse que nous élaborons, tout en la sachant imparfaite. Et parfois le langage que nous pourrons utiliser pour parler de Jésus ou pour dire Dieu dépassera le langage explicite, écrit ou oral, passera par l'art, la musique ou le graphisme, la couleur ou la forme.... évoquera sans chercher à figer.

Identité ouverte
Jésus ne donne pas de réponse, sauf si l'on considère que la croix et la résurrection sont la réponse... Pour ma part, je crois que c'est un élément essentiel de la réponse, mais pas le tout de la réponse ni même son point final, et qu'une part de l'identité de Jésus, le Christ, nous échappe toujours. Jésus propose à ses disciples une question ouverte, et le relationnel qu'il a avec eux les aide à formuler une réponse, ou tout du moins une esquisse de réponse.

Le philosophe Paul Ricoeur nous rappelle (dans son livre Soi-même comme un autre) qu'une identité ne se construit pas principalement sur des certitudes, qui peuvent toujours être remises en cause, mais sur l'affirmation de soi et "l'attestation", l'assurance de pouvoir demeurer soi-même en toute circonstances. Cette attestation se nourrit du témoignage des autres et elle est basée sur la confiance (en soi et en ses proches, ceux qui témoignent de ce que l'on est). Elle se nourrit également de ce que les autres attendent de nous, des promesses que nous leur avons faites ou celles qu'ils ont décelées en nous (des capacités encore inexploitées, des dons encore en germination, etc.). 

Dans le cas de Jésus, le témoignage est important dans sa vie, pour contribuer à sa notoriété et corriger les fausses rumeurs à son propos, mais Jésus ne cherche pas d'abord à se faire connaître. Il cherche à former ses disciples, à renforcer en eux cette capacité à témoigner, à attester de Jésus, pour que les promesses, l'espérance et la confiance qu'il porte en lui continuent à se déployer dans le monde après sa mort, sa résurrection et son ascension.

L'identité de Jésus est aussi suspendue, suspendue par la consigne de silence, suspendue dans l'attente de la passion et de la résurrection. Car une des clefs d'interprétation manque encore, qui ne sera donnée qu'à la fin des évangiles....

Claire Sixt Gateuille 

Textes bibliques : Mt 16.13-20, Mc 8. 27-30, Lc 9.18-22

mercredi 1 juillet 2015

Etre dans la main de Dieu

« Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez-vous sur lui de toutes vos inquiétudes, car il prend soin de vous. » 1 Pi 5.6-7

(c) Ecole St Joseph de Ploubalay
J’aime depuis longtemps cette expression « être dans la main de Dieu ». On trouve des références à la main de Dieu dans certains cantiques (Prends ma main dans la tienne, J’ai tout remis entre tes mains, Jésus, prends-moi par la main…), où elles évoquent la confiance, le « lâcher-prise », l’abandon de la préoccupation de soi pour se consacrer au chemin que Dieu trace devant nos pas, à la mission qu’il nous confie, à la vocation qu’il a fait naître en nous (vocation qui n’est pas forcément pastorale mais partagée par tous les chrétiens, avec des talents spécifiques confiés à chacun). Ces chants qui m’accompagnent depuis l’enfance sont certainement en partie responsables de la façon dont je me suis appropriée cette expression.

Mais je ne m’étais jamais posée la question de son origine biblique… Ayant besoin de prendre un peu plus de temps pour moi que prévu cette semaine, je me suis donc penchée sur cette expression de main de Dieu.
Dans le premier testament, on la trouve en Nombres 11, Esaïe 50 et 59 et Chroniques 29. Toutes ces références sont des références à la puissance ou au fait de pouvoir, à la capacité de Dieu, ainsi qu’au fait que tout nous vient de lui. Les deux premières apparaissent sous forme d’interrogation, la confiance du croyant est questionnée : « Ma main est-elle trop courte pour … » nourrir, libérer, sauver ? Et la troisième est la réponse à ces interrogations : « Non, la main du Seigneur n’est pas trop courte pour sauver » (Es 59.1).

Notre Dieu est un Dieu qui nous accompagne dans le doute, qui prend au sérieux tous nos questionnements, nos manques de confiance, et même notre révolte (on sent la colère de Moïse qui a l’impression d’être pris entre le marteau et l’enclume, entre le peuple qui gronde et Dieu qui tient ferme) et nous laisse le temps de les exprimer. Notre Dieu est un Dieu devant qui l’on peut pleurer, crier, ou se taire pour mieux digérer. Il ne nous demande pas d’être tout le temps dans la performance, même pas dans la performance spirituelle. Il se tient là, à nos côtés. Il interroge notre doute, mais nous donne l’espace pour l’exprimer, pour l’assumer et pouvoir ensuite le dépasser. Il prend en compte l’épaisseur et la complexité humaine.

(c) CSG
Le nouveau testament reste dans le registre du pouvoir dans ces deux sens (comme puissance et comme possibilité ouverte), la lettre aux Hébreux y rajoute une dimension de jugement (Hb 10.31), mais le passage qui offre une ouverture nouvelle (pour moi équivalente à la forme interrogative vue en Nb et Es) à l’image de la main de Dieu, c’est celui de 1 Pierre 5.6-7 (vous pouvez le relire en italique au début de ce billet). Le premier de ces deux versets est la référence classique à la main de Dieu comme signe, métaphore de sa puissance.

Mais la suite lui donne une coloration particulière : Cette affirmation de puissance n’est pas une invitation à chercher protection du côté du fort, du puissant comme dans un système féodal (où l’on finit par vouloir soit même en dominer d'autres, ce que le verset 3 réfute explicitement), ou comme nous avons tous tendance à le faire dans les situations complexes de conflit ou de rapports de forces. C’est une invitation à lâcher prise, à s’abandonner à Dieu, à lui faire confiance pour mieux vivre notre situation, quelle qu’elle soit, parce que Dieu en devient un acteur majeur – même invisible.

Être dans la main de Dieu, c’est lui confier la réussite (ou l’échec) de nos projets ; c’est ne pas compter sur nos propres forces, tout en sachant que Dieu compte sur nous... Être dans la main de Dieu, c’est lui confier toute notre vie, ce que nous faisons, mais aussi qui nous sommes et ce qui nous arrive, car il prend soin de nous. Une invitation à l’humilité, au lâcher prise et à la confiance….
Une belle façon d’entrer dans l’été, non ? 

Claire Sixt Gateuille

mercredi 3 juin 2015

Implantations d’Eglises, de la théorie à la pratique

arrivée sur les quais de Canary Wharf (c) CSG
Lundi après-midi, nous avons visité à Londres la Péniche St Pierre, implantée dans le quartier bancaire de Canary Wharf, qui dessert deux publics très différents : les employés des bureaux en semaine, pour des actions d’évangélisation, de ressourcement et de soutien au témoignage de ces personnes, pendant la pause de midi ; et les habitants du quartier, en pleine expansion, qui viennent le soir et le week-end pour des activités d’Eglise plus classiques, et en particulier à destination des mères avec de jeunes enfants, de l’autre.

Ensuite nous sommes allés à St Paul Shadwell rencontrer un jeune pasteur implanteur, qui a créé depuis un an, dans une Eglise en perte de vitesse à la culture très anglo-catholique, un nouveau type de culte le dimanche l’après-midi pour un public différent de celui du dimanche matin et des groupes de maison. Les deux « groupes » veillent à se rencontrer régulièrement et mais le ciment qui les lie est le travail social qu’ils mènent en commun. Un petit groupe venu d’une autre Eglise s’est engagé pour un an renouvelable à porter ce projet avec ses deux pasteurs. Le processus est en cours, le projet est assez souple pour s’adapter aux échecs (la cible des étudiants a été ratée cette année) et aux opportunités qui s’ouvrent (très bonne réponse aux cours alpha, qui s’adressent plutôt aux distancés de l’Eglise qu’à ceux qui ne les ont jamais fréquentées, alors que ce n'était pas le public visé de départ).

Nous avons fini la journée d’étude avec Ric Thorpe qui nous a présenté l’expérience de sa paroisse, St Paul Shadwell et surtout son travail pour faciliter les implantations d’Eglise, en particulier la dimension de « formation de formateurs », pour que les pasteurs apprennent à former des ministères locaux discernés en paroisse. Le plus dur, selon lui, est le moment où l’on doit lâcher prise, pour laisser faire les autres, même si dans un premier temps se sera moins bien fait que si l'on faisait nous-même.
"Prospect of Whitby" fondé en 1521 (c) CSG

Nous avons fini la soirée avec une bière et, au choix, un fish and chips ou une pie dans un pub, au bord de la tamise. La discussion de reprise de la journée a été passionnante et m’a encore une fois fait mesurer la chance que j’ai de faire partie de cette équipe (non seulement chacun des membres est doué dans son domaine et humainement, mais notre esprit d’équipe fait que nous sommes vraiment plus que la somme de nos individualités, et j'ose croire que le Saint-Esprit y est pour quelque chose).

Nous avons pointé 3 éléments-clés qui différencient le contexte anglais du nôtre : la taille de l’Église, le système épiscopal et la culture anglaise de présence des religions dans l’espace public. Ces trois éléments seront à prendre en compte si nous voulons adapter la logique de fresh expressions et d’implantations d’Églises en France.

Et une chose qui a été unanimement appréciée et que j’avais déjà remarqué avant lors de rencontres œcuméniques : la capacité des anglicans, en tout cas en Angleterre, à valoriser la tradition tout en en faisant quelque chose de toujours vivant. Ici, nous avons été marqués par le choix de construire à partir de l’existant d’une paroisse, sans vouloir faire table rase du passé, en commençant par faire raconter par ceux qui sont restés fidèles pourquoi ils sont là et l’histoire de leur paroisse, tout en se donnant une totale liberté de faire quelque chose de totalement nouveau à côté, mais en dialogue, dans un objectif d’enrichissement mutuel des deux logiques.

Bref, une vraie source d’inspiration, et la conscience que ce n'est que le début du chantier pour nous…
Claire Sixt Gateuille

samedi 18 octobre 2014

Familles, Evangile et cultures dans un monde en mutation

(c) CSG
Le matin, nous sommes accueillis au sortir du Bungalow par des fleurs éclatantes de couleur et les cris des oiseaux dans la lumière naissante. Accompagnés par la louange de la création, une bonne façon de commencer la journée !

Mercredi 15, nous avons vécu les passages obligés de toute assemblée générale : message du président, rapport d’activité (sans compter l’adoption du PV, les comptes…).

Thierry Mulbach (président de la Cevaa) a articulé son message autour d’Hébreux 13, dont il a dégagé 3 thèmes : la reconnaissance, le fait de ne pas être « installés » et la solidarité. La reconnaissance est à la fois gratitude à Dieu de ce qui nous est donné de vivre ensemble et reconnaissance du fait que nous avons besoin les uns des autres. La non-installation (voir He 13.14) renvoie au fait que l’Evangile interroge et remet en cause notre culture, nos modes de gouvernance et nos (fausses-) sécurités. Elle renvoie à la dynamique de l’Evangile qui nous appelle à bouger, à être déplacés. La solidarité vient de notre conscience que nous avons besoin les uns des autres : Dieu nous parle à travers eux, ils nous aident à changer notre regard. Mais cela demande de l’humilité et n’empêche pas les difficultés de compréhension. Dans la vie de notre communauté (puisque la Cevaa est une communauté d’Eglises en mission), nous sommes appelés à prendre soin les uns des autres.

Le rapport d’activité sera disponible (l’est peut-être déjà, je n’ai pas vérifié) sur le site de la Cevaa, mais j’en ai retenu les 3 perspectives : Plus de communautaire et un communautaire plus équilibré, Priorité donnée à la jeunesse et à la formation des femmes et Plus d’équilibre entre les différents projets pour que toutes les Eglises participent à tout. Plus généralement, la force du travail en réseau a été soulignée.

La journée s’est close avec une rencontre de femmes. J’ai encore une fois mesuré la chance que j’ai d’être à la fois femme et – de 35 ans et en position de responsabilité de mon Eglise, ce qui est plutôt rare, la plupart des délégations étant composées d’un président ou leader d’Eglise (homme, d’un certain âge) accompagné d’une femme ou d’un jeune. 

Jeudi 16 a été consacré au thème de l’assemblée : « Familles, Evangile et cultures dans un monde en mutation », à l’exception d’une séance sur la nouvelle brochure d’animation théologique. La matinée a été animée par les deux intervenantes : Irène Amenyah Sarr, sénégalaise, psychologue et pédagogue, et Katharina Schächl, théologienne de l’EPUdF.

Enno Strobel avec Irène Aminiasah et Katharina Schächl (c) CSG
Mme Amenyah Sarr a présenté une approche plus « développementale », axée sur les questions de transmission. Elle nous a rappelé que le « modèle familial idéal » (papa, maman, 2 enfants : une fille et un garçon) n’est qu’un idéal-type. Elle a ensuite parlé de la construction de l’identité et des différents axes de développement personnel. Elle s’est focalisée sur les axes social, moral et identitaire, dans lesquels la famille joue un rôle essentiel, en particulier en termes de valeurs et de références sociales. La famille est une composante essentielle de la culture.

L’intervenante a souligné la nécessité de l’accompagnement des familles (pas pour les couler dans un moule mais pour les aider à remplir leur mission de transmission et d’être un lieu d’épanouissement des enfants en croissance). Elle a enfin parlé de l’inter-culturalité et du rôle à la fois de décryptage et d’accompagnement des jeunes confrontés à d’autres cultures pour développer le vivre-ensemble.  Dans sa conclusion, elle a appelé les Eglises au rapprochement, à l’interaction et l’intégration, avec les familles et les cultures, au nom de l’Evangile. Nous pouvons nous ouvrir pour être des Eglises fortes, vivantes et intergénérationnelles.

Katharina Schächl a commencé par souligner que le synode sur la famille qui se tient en ce moment au Vatican montre que nous ne sommes pas les seuls à réfléchir sur cette thématique complexe et difficile. Elle est difficile à cause des changements rapides dans nos contextes, nos sociétés qui nous déstabilisent et face auxquelles nous avons le réflexe de chercher des repères où nous raccrocher ; à cause de la façon dont elle touche à notre intimité et notre identité ; et parce qu’on ne peut pas se placer en dehors de la problématique. Nous devons faire attention, quand nous nous exprimons sur le sujet, au risque de blesser l’autre.

Au lieu de donner des réponses préformatées face aux situations rencontrées, Mme Schächl nous a invités à interroger notre rapport aux écritures (est-ce que je les lis pour trouver une morale, des repères, l’accompagnement et la présence bienveillante de Dieu ?), notre compréhension de l’Evangile (le « cri de la grâce et de la miséricorde de Dieu » selon Luther, une parole de libération en chair et en os), notre rôle de témoins de l’Evangile (l’Evangile vient d’un Autre, mais je peux en devenir le témoin pour d’autres, car il s’incarne ; je peux proposer une éthique que ne soit pas une « morale », mais une perspective de vie pour que la promesse de Dieu ne soit pas entravée).

Il n’y a pas de réponse unique ni de recette simple face aux familles et aux cultures, même à la lumière de l’Evangile. Mais nous sommes appelés à offrir une oreille, à annoncer une parole qui relève et qui guérit. Et à partager la confiance.  

Même si l’homosexualité et les questions de « normalité » ont été beaucoup évoquées dans la discussion et les temps de travail de groupe qui ont suivi, j’ai trouvé que les débats étaient respectueux et les attitudes attentives.

Le soir, nous avons eu droit à une initiation à la brochure d’animation théologique nouvelle version. Même si j’aurais aimé que sur certaines fiches les objectifs de l’animation et les convictions de la Cevaa soient différentiés dans les « objectifs » affichés, avec un peu d’adaptation contextuelle, ces animations sont un bon outil – sans être révolutionnaire – utilisable en France et en francophonie.


Claire Sixt Gateuille

mercredi 17 septembre 2014

La Soumission mutuelle, ou comment on construit la communauté


Valérie Mitrani, présidente de la région Ouest de l’Eglise protestante unie de France, a représenté l’Eglise protestante unie du 9 au 14 septembre à Sète, lors d’un séminaire organisé par la Cevaa sur la soumission mutuelle. Elle a accepté de partager avec moi ses impressions au retour. 

CSG : Pouvez-vous me parler du thème de ce colloque et de comment il a été abordé ?
Les participants au séminaire (c) Cevaa
Valérie Mitrani : Nous avons travaillé sur la « Soumission mutuelle », à partir des textes bibliques de Paul et des épitres pastorales. L’animation biblique était vraiment de belle qualité. Notre réflexion a aussi été nourrie par des intervenants.

J’ai retenu en particulier deux interventions : un diplomate-théologien qui nous a parlé des rapports entre politique et Églises et nous a interpelé sur le manque d’occasions, pour les Églises, de s’interpeller les unes les autres, accepter d’être vues par les autres ; et une autre intervention portait sur les modèles communautaires que les croyants portent en eux (le rapport au pasteur, les références de ce que doit être une Église, le rapport à l’autorité, etc.) et comment ces différents modèles « frottent » entre eux dans une communauté marquée par la diversité.

Nous avons eu aussi des partages en petits groupes et du temps pour se rencontrer de façon plus informelle. Pour ce séminaire, nous avons eu du temps (6 jours), et cela était précieux. Nous n’étions pas d’abord là pour représenter notre Église, mais pour vivre ce temps ensemble. Les échanges ont surtout parlé de la soumission mutuelle dans chacun des Églises, et moins de l’interpellation entre Églises, même si cela a été évoqué ici et là.

J’ai principalement retenu quatre axes autour de ce thème :
- D’où je parle influence ma compréhension du thème 
Par exemple, les sud-américains nous ont dit l’a priori négatif qu’ils ont face à la formulation « soumission mutuelle ». Cela les renvoie à l’autoritarisme, à leur passé marqué par la dictature… Pour les africains, ce qui revenait plus souvent, c’est la question des rapports entre hommes et femmes. Pour nous, européens, cela renvoie plutôt à l’aspect communautaire : chacun est reconnu, et après ? Comment renforcer, renouveler la communauté ? 

- La soumission mutuelle est la conscience d’être membres du corps du Christ
La soumission mutuelle est avant tout soumission au maître qui s’est fait serviteur, Jésus-Christ. C’est une démarche aussi bien spirituelle qu’intellectuelle. La soumission mutuelle n’est pas un choix d’être gentil et de dire qu’on est tous égaux et qu’on a tous le droit de parler, c’est la conscience d’être membres d’un même corps. Ce que je suis, je n’ai pas à y renoncer. Mais je dois m’interroger : En quoi ce que je suis, je le suis au service de l’autre ? En quoi ce que je suis « sert » à l’autre ? Cela permet de faire communauté.

Ici, dans nos Églises européennes (en tout cas celles qui sont membres de la Cevaa), les minorités sont reconnues, même s’il y a toujours des améliorations à faire pour le vivre pleinement, chacun a sa place… mais au-delà de la reconnaissance de la spécificité culturelle de chacun, la question c’est « et après, on en fait quoi ? ». Comment être une communauté et non une juxtaposition d’individus ?

- Jusqu’où la soumission ?
séminaire Cevaa, septembre 2014 (c) Cevaa
C’est une question qui est beaucoup apparue. En dialogue en particulier, avec la démarche d’inculturation. Comment trouver le juste équilibre entre l’adaptation du langage de l’Église à la culture dans laquelle elle est présente et la force d’interpellation de l’Evangile ? Dans quelle mesure faut-il s’adapter à la culture, dans quelle mesure faut-il être en rupture ? D’un côté, on risque d’affaiblir la capacité de l’Evangile à travailler les cultures de l’intérieur, de l’autre on risque de parler dans le vide, de ne pas toucher les gens... 

CSG : Cette question se pose aujourd’hui dans les démarches qui cherchent à contextualiser l’Evangile dans les sous-cultures en Europe, comme les Fresh expressions of Church.

VM : Oui. Le 4e axe est celui de la gestion des crises.
Dans une situation de crise, pour pouvoir rappeler la soumission mutuelle en Christ, il faut trouver quel est le point de départ de la crise. Est-ce un affrontement Nord/Sud ? riches/pauvres ? jeunes/vieux ? hommes/femmes ? Quel est le conflit de départ sur lequel on doit travailler ?

CSG : qu’avez-vous tiré de ce séminaire, personnellement ou pour l’Église dans laquelle vous servez ?
VM : Grâce à ce séminaire, j’ai pu approfondir cette question de la soumission mutuelle et de ce qu’elle met en jeu pour la communauté. Toutes les Églises locales sont multiculturelles, que ce soit parce que des migrants en font partie ou parce que la mobilité fait aujourd’hui que même dans des petits villages, il y a les « locaux » et les « nouveaux arrivants » et qu’il faut faire communauté ensemble. Partout dans notre Eglise la dynamique de vie communautaire est en jeu.

J’ai aussi pris conscience que nous avons avec la Cevaa une chance de rencontres et d’enrichissement mutuel, un schéma de relations offert à notre Églises – et aux autres Églises membres – qui n’est pas assez vécu, dont les membres de notre Église ne réalisent pas la richesse.

Propos recueillis par Claire Sixt Gateuille

mardi 5 août 2014

Tirer de son trésor du neuf et du vieux

Strasbourg - passage couvert du barrage Vauban (c) CSG
"Un maître de la loi qui devient disciple du Royaume des cieux, voici à qui il ressemble : il est comme un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes" (Mt 13.52, traduction Parole de Vie)

Les paraboles du Royaume, chez l'évangéliste Matthieu (chapitre 13), m'inspirent plusieurs remarques : 
- le Royaume des cieux est un investissement. Qu'il soit comparé à une culture, à de la levure, à des biens précieux ou à un filet, il ne peut développer sa valeur que si on le travaille, le met en valeur, si on s'y investit. Ce n'est pas une réalité évidente, c'est une réalité qui se donne à découvrir avec du temps et de l'investissement personnel.

- Le Royaume des cieux nous invite à nous projeter dans l'avenir. Matthieu utilise pour cela le langage apocalyptique de son siècle, de sa culture, de la communauté dans laquelle il témoigne de Jésus-Christ. Nous, français, utilisons plutôt le langage du projet. Les anglais utilisent quant à eux beaucoup le langage de la vision. En Église, nous utilisons aussi un autre vocabulaire, celui du discernement. Bref, notre foi est en tension entre le "déjà là" et le "pas encore", entre la promesse qui nous permet de nous "habiller le cœur" comme le renard du petit prince, nous met en mouvement, nous permet de dépasser les fatalismes, et l'inconnu qu'est l'avenir, qui requiert de faire totalement confiance à Dieu. 

- le Royaume des cieux nous appelle à être créatifs. Se projeter dans l'avenir, même pour nos projet d'Eglise, implique de se poser la question : quelle Église souhaitons-nous dans l’avenir ? Autrement dit, souhaitons-nous maintenir toujours la même Église, avec des chrétiens qui nous ressemblent ? Ou souhaitons-nous que l'Évangile touche des cœurs et transforme des vies, les vies des gens « réels » et pas des gens rêvés ? Souhaitons-nous maintenir l’Église comme une institution figée ou souhaitons-nous que l’Évangile s’incarne parmi nos contemporains et ceux qui viendront ensuite ? 

Autrement dit avec le vocabulaire de Matthieu : comment tirer de notre trésor des choses anciennes et des choses nouvelles ? C'est la question centrale de toute démarche d'évangélisation. Comment écouter vraiment la personne ou le groupe que j'ai en face de moi, prendre au sérieux la/les culture(s) dans lesquels cette personne baigne, et y annoncer l’Évangile jusqu'à ce que celui-ci prenne racine dans la/les culture(s) véhiculée(s) par son milieu, l'interpelle et crée là de nouvelles formes d'Église ? Cette démarche s'appelle la contextualisation. On en parle depuis longtemps pour la mission outremer, mais il serait temps de la pratiquer chez nous aussi... 

Écouter vraiment, sérieusement les cultures actuelles et ne pas les rejeter à priori. C'est ce qu'essaient de faire les pionniers engagés dans les fresh expressions. Il pratiquent la double écoute : celle de la Parole de Dieu et celle des cultures et sous-culture contemporaines. Ce qu'ils font n'est pas toujours révolutionnaire, ils remettent parfois simplement des trésors de spiritualité au gout du jour (comme les nouvelles fraternités monastiques). D'autres fois, ils créent des choses totalement nouvelles. 

Que ces initiatives nous stimulent et que l'Esprit saint nous inspire. Pour tirer de notre trésor du vieux et du neuf. 

Claire Sixt Gateuille
 

mardi 8 juillet 2014

Se saisir d'une dynamique ? Fresh expressions et nouvelles spiritualités


le retable d'Issenheim (c) CSG

Hier a été une journée très agréable. J’ai assisté au culte à l’Eglise luthérienne St Thomas, où le pasteur JJ. Reutenauer a fait une très bonne prédication, sur le pardon et la réconciliation. Après avoir rappelé que la réconciliation ne peut être initiée par les coupables, il a appelé les chrétiens, au nom de la « grâce pour tous », à briser le cycle infernal qui lie faute et destin.
A 13H, nous sommes partis en bus pour Colmar, au musée Unterlinden, admirer le Retable d’Issenheim et la Vierge à la rose, puis au Col du linge dans les vertiges de la ligne de front allemande durant la Guerre de 1914-1918, et avons fini l’après-midi par une dégustation de vin alsaciens et la soirée autour d’une tarte flambée « flammekueche » cuite au feu de bois. Fameux ! Merci à Théodore Dieter qui se révèle un guide passionnant sur l’art au Moyen-âge (la cathédrale vendredi et le retable hier).

Détail d'une façade strasbourgeoise, aquarelle (c) CSG
Ce matin, nous avons commencé par entendre une intervention d’Andy Buckler, mon collègue responsable de la formation et de l’évangélisation dans l’EPUdF, sur les « fresh expressions of Church » dans l’Église anglicane. Il nous a présenté le rapport de 2004 « Mission-shaped Church », en français « une Église pour la mission » ou « une Église configurée par/pour la mission ». Il a rappelé rapidement l’historique des pratiques d’évangélisation dans l’Église anglicane jusqu’à l’apparition de ces nouvelles formes d’Église. Et les 3 concepts clés du rapport :

- Missional church : la mission n’est pas quelque chose à faire, mais quelque chose à vivre, à être en Église. C’est toute la communauté qui doit évaluer son mode de relations, ses activités, sa vie, à travers le prisme de la mission (on retrouve cette idée dans le Livre de Laurent Schlumberger « Sur le Seuil »).
- Mixed economy : la vie de l’Église a besoin des deux formes : la forme paroissiale classique et la forme « en réseau », innovante, contextuelle.  
- Double listening : il s’agit d’écouter à la fois la tradition de l’Église et la culture ambiante. C’est une méthodologie pratique offerte à ceux qui veulent devenir pionniers (responsables d’une nouvelle forme d’Eglise) ou s’impliquer dans ce projet.


Quelques minutes pour admirer la ville (c) CSG

Il a présenté les 18 recommandations du rapport, souligné que le mouvement est aujourd’hui devenu interconfessionnel et international et évoqué le rapport de 2014 sur la croissance de l’Église « From anecdote to evidence ». Il a fini en listant les arguments traditionnellement opposés aux fresh expressions et, suivant le cas, leur réfutation ou les points de vigilance auxquels les responsables de l’Eglise anglicane sont particulièrement attentifs (la formation par exemple), ainsi que les forces et les résultats de ce mouvement, et l’importance de la confiance qu’accordent les responsables, en particulier les évêques, à ces initiatives. On pourra lire à ce propos son article dans Réforme N° 3564 

Ensuite, Adam Strojny, prêtre de la communauté du Chemin Neuf, nous a présenté son mouvement et ses deux piliers : le renouveau charismatique et la spiritualité ignacienne, et sa raison d’être : l'œcuménisme. Son organisation regroupe des prêtres, des célibataires consacrés, des familles ainsi que des « familles dans les quartiers » (qui ne vivent pas la vie communautaire mais se retrouvent 2 fois par semaine, certains we et pendant l’été). Le chemin neuf offre différentes formations à l’œcuménisme et de nombreux temps de pastorale des familles, un réseau de prière « Net for God », et anime des foyers d’étudiants, des paroisses et des lieux de vie communautaire. Elle est présente dans le monde entier. C’est une communauté jeune et en croissance (les implantations les plus récentes sont au Royaume-Unie, en 2014, dont une à Lambeth Palace). Elle se définit elle-même comme une « communauté catholique à vocation œcuménique », et comporte plusieurs membres protestants ainsi que quelques orthodoxes. Elle refuse l’autosuffisance des Eglises particulières. J’ai aimé une citation qu’Adam a faite : « Seul, on avance plus vite, mais à plusieurs, on va plus loin » !

Mots-clés de l'exposé de M. Degenhardt (c) CSG
L’après-midi, après une rapide ballade dans la Petite France avec Andy à l’heure de la sieste, Friedrich Degenhardt nous a présenté comment l’Eglise luthérienne d’Hambourg essaie d’accueillir les africains de spiritualité néocharismatique. Il a pointé diverses adaptations du culte, une fois par mois : l’accueil (pour rapprocher les allemands et les africains), le temps de salutation inclus au cœur du culte, le partage biblique en petits groupes avant la prédication, la prédication bilingue (allemand-anglais), l’animation par la chorale gospel, la danse de louange, le temps de bénédiction individuelle pour ceux qui le demandent, l’insistance sur l’idée d’être un seul Peuple de Dieu. L’idée est de faire sortir tout le monde de sa « zone de confort » pour aller vers l’autre et sa culture différente. L’Eglise travaille aussi particulièrement l’implication des jeunes et le travail social.

Calligraphie sur l'exposé de H van Beek, (c) CSG
Enfin, Hubert van Beek a présenté le forum chrétien mondial (Global Christian Forum en anglais), regroupant sur une base non-contraignante les Eglises de toutes sensibilités, de façon bien plus large que dans le COE, par exemple. Le FCM se comprend comme un espace ouvert ou la confiance entre Eglise peut se construire. C’est un processus qui prend du temps. La structure du FCM est très légère et souple, pour ne pas s’institutionnaliser. Il y a eu pour l’instant une consultation internationale (2002), et deux rencontres appelées Forums (en 2007 et 2011), une troisième est prévue pour 2016 en Amérique du Sud. H van Beek a insisté sur l’importance du témoignage personnel et du culte et sur ce qui se passait à ce moment-là de façon très profonde, permettant d’avancer vers la reconnaissance mutuelle. Le FCM est le lieu où aborder les questions difficiles ensembles (il n’y a pas d’objectif d’obtenir un accord à la fin de la rencontre…).
La journée de travail s’est close avec un temps de groupe de travail et la prière du soir.

Claire Sixt Gateuille