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mardi 14 mai 2019

Et alors, vous faites quoi de vos journées ?

Faire du lien
(c) Albin Hillert pour la KEK (AG 2018)
Quand je dis que je suis chargée des relations internationales (de l’Église protestante unie de France), on me demande souvent à quoi ça correspond au quotidien. La réponse est assez facile : 
1. Je réponds aux sollicitations d’Églises étrangères et d'organisations internationales, en accueillant des groupes et en répondant à divers courriers, pour faire connaître nos réflexions et la manière que nous avons de traiter certains sujets qui les intéressent. Je présente aussi parfois spontanément nos initiatives quand celles-ci me semblent pouvoir les intéresser.
2. Je vais "à la pêche" aux informations, je suis l'actualité internationale et je vais chercher auprès des Églises-sœurs des éléments qui pourraient nous aider à travailler tel ou tel sujet (synodal par exemple) ou qui pourraient apporter un éclairage extérieur, plus global dans nos débats.
3. Je sollicite des membres de notre Église pour participer à des rencontres internationales et ainsi permettre au plus de personnes possibles de "toucher du doigt l’Église universelle" ; J'aide aussi des groupes à partir à l'étranger, en recherchant des contacts voire des soutiens financiers.
4. J'écris dans différents médias (site web de l’Église, ce blog, divers supports de presse) pour ouvrir une fenêtre sur le monde et j'encourage les délégués aux différentes rencontres internationales à témoigner de ce qui s'y vit (par exemple, j'administre le blog "A la découverte de l'Eglise universelle").

A sa place

Mais pour moi, ce qui importe, c'est moins ce que je fais que le sens que ça a, la vision que j'ai des relations internationales au sein de la mission générale de l’Église (la nôtre en tout cas).
(c) Anne-Sophie Hahn-Guerrier
J'ai la conviction que Dieu agit, aujourd'hui, dans le monde. Il le fait d'abord au travers des humains qui croient en lui, qui se sentent libérés et mis en chemin par sa Bonne nouvelle. La façon dont l’Évangile résonne est différente dans chaque culture, et même dans chaque expérience humaine. Aussi, pour vraiment percevoir l'ampleur de cette présence au monde et la force de cette capacité de libération, il est important de trouver des lieux, des occasions, des fenêtres sur le monde, des occasions d'être interpelés, et rien n'interpelle plus que la rencontre avec la différence.

J'ai aussi la conviction que, comme le disait Paul Ricœur, le chemin de soi à soi passe par l'autre. Rencontrer des personnes étrangères qui partagent la foi en Christ, c'est rencontre une altérité qui ouvre différemment à l'Altérité de Dieu. C'est découvrir l'importance de la contextualisation, de l'incarnation de l’Évangile dans chaque culture de façon spécifique et de la force d'interpellation de cette incarnation quand elle nous déplace dans notre propre rapport à l’Évangile incarné dans notre propre culture. Ce n'est pas "relativiser" notre façon de dire la foi, c'est accepter qu'il y en ait d'autres, qui font sens dans d'autres contextes. C'est devoir préciser sa pensée, expliciter d'où l'on parle ; et donc prendre conscience du point de vue d'où l'on parle. Et parfois, prendre conscience que nous avons la prétention de surplomber les autres en adoptant ce point de vue... C'est parfois changer d'avis, mais plus souvent approfondir et clarifier sa pensée. C'est toujours cheminer avec d'autres.

Pour moi, entendre Dieu dit dans d'autres langues, même si je ne fais que les bredouiller, c'est être déplacée dans mes propres formulations, parfois enrichie, parfois aussi dépouillée, mais toujours interpellée dans ce qui me semble évident ou dans les formulations de foi qui avaient fini par se figer en moi. Cela me rappelle aussi que la Bible est une "belle étrangère", qui me parle en hébreu, en grec ou en araméen, dont le sens est voilé autant que dévoilé, et qui me parlent d'un temps que les moins de 2000 ans ne peuvent pas connaître... Les mots de la Bible peuvent devenir pour moi Parole de Dieu mais celle-ci ne s'y laisse pas enfermer.
Au contact des autres, mon chemin de foi devient souvent un chemin d'humilité, avec la conviction que l'humilité - que Jésus a vécu dans sa propre vie - est d'abord chemin (vers plus) de fidélité.
La question linguistique en œcuménisme international est une question ardue, mais centrale... On en voit souvent les aspects pratiques et linguistiques, on en distingue moins les aspects spirituels. Mais entendre le Notre Père prié en des centaines de langues autour de soi est une expérience bien plus forte que ce qu'en pourront jamais dire les mots.

L'Église universelle, entre inspiration et interpellation
(c) Joanna Linden-Montès pour le COE
Quelques convictions concernant l’Église :
1. L’Église universelle s'expérimente. Sinon, elle reste un concept abstrait, extérieur, où l'on a tendance à se positionner en surplomb des autres, elle perd sa capacité d'interpellation, de dépaysement, sa capacité à nous déranger et à nous déplacer (pour nous mener à plus de fidélité à Jésus-Christ). 
2. Notre Église "se reconnaît comme l'un des visages de l'unique Église du Christ", comme le dit la déclaration d'Union (qui est à l'origine de la création de l'EPUdF). La relation avec les autres Églises est donc indispensable pour découvrir les autres visages de l’Église du Christ, pour cheminer vers une plus grande fidélité de l’Église à l'évangile.
3. Les relations entre Églises chrétiennes ne sont pas simplement des relations de réseau, des relations entre pairs, des relations par affinité. Si l'on prend au sérieux le point précédent, l'autre Église est porteuse d'une autorité, celle du Christ agissant en elle (toujours de façon incomplète), autorité à laquelle il nous faut nous soumettre, avec discernement. Et réciproquement. Les relations entre Églises chrétiennes sont donc des relations de soumission mutuelle, qui incluent l'interpellation réciproque et la remise en cause. Cette soumission mutuelle n'est pas une partie de ping-pong, pour savoir qui a raison ou tort (ou qui aura le dernier mot), mais une interpellation mutuelle respectueuse des logiques de chacun, qui laisse un espace vide au centre, vide pour être habité par le Dieu de Jésus-Christ.
4. Réfléchir et agir ensemble permet de se sentir moins impuissants, moins démunis face à l'état du monde et permet d'être inspirés de l'action des autres chrétiens, là où ils sont. Et le regard des autres valorise nos propres engagements en faveur de la justice, que nous ne valorisons pas toujours nous-mêmes.

Claire Sixt-Gateuille

P.S. Merci aux femmes de la paroisse de Graffenstaden, qui m'ont invitée à présenter ce que je fais et m'ont ainsi poussé à mettre un peu d'ordre dans mes idées et à verbaliser ce que j'exprime ici 😄, même si je n'ai pas eu forcément l'occasion de leur dire ce que j'ai écrit ici lorsque je les ai rencontrées le 27 avril...

mercredi 16 décembre 2015

Cheminer - partie 4

Parmi la multitude de visions possibles pour notre Église, de portes possibles pour entrer dans le flot de la mission de Dieu, il nous faut faire un choix. Chaque niveau de la vie de l’Église fait des choix. Le Conseil œcuménique des Églises et la conférence des Églises européennes ont choisi de s’engager dans un pèlerinage de justice et de paix, avec de multiples entrées et de multiples thèmes, qui vont de l’aide d’urgence et du développement au dialogue œcuménique et aux conversations interreligieuses. L’Église protestante unie a choisi de renouveler son témoignage, d’avoir pour vision d’être « une Église de témoins ».

Notre vision, c’est ce à quoi nous sommes appelés, de là où nous en sommes dans notre cheminement. Il ne s’agit pas de se fixer des objectifs trop hauts qui nous décourageraient. Mais il s’agit de discerner les dons, les personnes, les forces que nous donne Dieu, aujourd’hui et maintenant, et de discerner ensemble ce que Dieu veut en faire. Les forces que nous donne ce Dieu dont la puissance s’accomplit dans la faiblesse ! Car dans notre cheminement, nous ne partons pas vierges et isolés. Dieu nous a donné au moins deux choses : d’abord nos communautés, nous et ceux qui nous entourent. Même si nous ne sommes plus que 10, même si nous sommes fatigués de porter une paroisse à bouts de bras, il y a là une valeur incroyable que Dieu peut exploiter… mais peut-être qu’il attend de nous que nous fassions autre chose…

Quelque chose que nous avons vraiment envie de faire, quelque chose qui nous donne de la joie et nous aide à devenir témoins de la joie de l’évangile, et pas « ce qu’il faut faire parce qu’on a toujours fait comme ça ». Peut-être qu’un groupe de 10 personnes qui se réunit dans le salon d’un de ses membres et qui offre du temps, de la convivialité et des gâteaux dans la rue ou dans une maison de quartier une fois par mois témoigne plus qu’un groupe de 10 personnes qui se bat pour empêcher son temple de s’effondrer… et peut-être que d’autres croyants qui ont fui la responsabilité trop lourde de porter une institution seraient ravis de témoigner de ce que Dieu change dans leur vie, si seulement on les aider à mettre des mots sur cette expérience si intime…

La deuxième chose que Dieu nous donne, c’est un contexte. On ne chemine jamais dans un lieu neutre et vide. Il y a tous ceux qui nous entourent, qui croisent notre route, qui parfois même la partagent, et que l’on ne prend pas toujours le temps d’écouter. Beaucoup d’entre eux ont soif de la source à laquelle nous nous abreuvons, mais on peur de s’y noyer ou d’entre rester captifs. Ils ont peur parce qu’ils ne savent pas. Avec eux aussi, peut se faire un cheminement, dans la rencontre, avec du temps, dans la proposition humble et le témoignage personnel et respectueux. Le contexte, c’est aussi la culture et la mentalité, le contexte médiatique, etc. Ce sont aussi des lieux pour témoigner qu’une autre vision du monde est possible, confiante malgré les attentats, qui espère au-delà de la peur, qui croit au-delà du doute et du marasme ambiant.

Nous le voyons, il y a de multiples visions possibles, mais il y a aussi les dons que nous avons, ici et maintenant, et les désirs que Dieu nous met au cœur, qui permettent de limiter ces possibles, de discerner une vision pour l'Église, chacun à son niveau.

Les personnes, les dons, le contexte, la vision : tout cela tient la communauté ensemble, l’aide à cheminer dans la même direction, nous aide à être une Eglise en marche. Mais la route n’est pas toujours droite, nous le savons dans nos vies, et le cheminement de Jésus dans les Evangiles nous le montre aussi. Aussi faut-il régulièrement reprendre la vision, corriger la direction, parce que les aléas de la vie ou le chemin nous font faire des détours, et parfois nous engager dans une fausse direction.

St Jacques... La mecque, film de Coline Serreau
Sur notre route, dans notre cheminement, il nous faut aussi parfois nous alléger de ce qui nous pèse inutilement, de ce que l’on se fatigue à porter, parce que cela nous rassure. Je ne sais pas si vous avez déjà vu le film « St Jacques-La Mecque », où un groupe part en pèlerinage sur le chemin de Compostelle. A la première montée, plusieurs d’entre eux se cachent dans les fourrés pour se débarrasser de produits de beauté et autres éléments qu’ils avaient mis dans leur sac, pensant que cela leur serait utile, mais qui se révèlent vite superflus face à la nécessité de voyager léger. En Église aussi, il est nécessaire de voyager léger. D’abord, c’est une question de survie, une nécessité biologique, si l’on veut arriver à continuer d’avancer ; ensuite, toute l’attention, toute la force que nous consacrons à nos affaires, nous ne la consacrons pas à ceux qui nous entourent ; enfin, cela est nécessaire pour arriver à aller loin sans s’épuiser.

Nous avons toujours la possibilité de nous passer de tel ou tel élément qui a été bien utile à un moment donné, mais qui ne l’est plus. Dans notre cheminement,  nous avons besoin régulièrement de voir ce qui nous est utile, ce qui nous fait avancer, et ce qui nous pèse, nous freine, nous détourne de notre vision. Si l’on est attentif, si les fruits de l’Esprit nous travaillent, on s’aperçoit vite que ce n’est jamais le frère ou la sœur qui nous ralentit, mais cela peut être quelque chose de trop lourd à porter, pour lui ou pour moi… Nous sommes appelés à "Aller", à rencontrer « les nations », c’est-à-dire à vivre l’interculturel, à témoigner, à baptiser, à faire des disciples, des gens qui se mettront eux-mêmes en marche… des gens qui à leur tour, marcheront à nos côtés, à la suite de celui qui est avec nous tous les jours jusqu’à l’accomplissement des temps.

Claire Sixt Gateuille

jeudi 16 juillet 2015

Et si on remettait tout à plat ?

La devise de la réflexion sur la révision globale de l'UCC
C'est en tout cas la question que l’Église unie du Canada (UCC pour United Church of Canada) s'est posée pour faire face à la baisse de ses finances, mais aussi au constat que ses structures actuelles n'étaient plus adaptées à certaines réalités de l’Église. En 2012, le Conseil général (l'équivalent de notre synode national, mais qui n'a lieu que tous les 3 ans) a créé un groupe de travail, qui a auditionné de nombreuses Églises locales et initiatives nouvelles, a étudié la vision et la situation de l'UCC, a consulté les consistoires aux étapes intermédiaires de sa réflexion et a émis en mars dernier des recommandations, qui seront mises au vote au prochain Conseil général qui commence le 8 août prochain.

Je n'ai jamais visité cette Église-sœur, mais je lis avec intérêt la revue œcuménique francophone "Aujourd'hui Credo" qu'elle édite, et particulièrement les articles liés à cette "révision globale" dans laquelle l'UCC c'est engagée. Ne la connaissant pas bien, je ne tenterai pas ici une analyse de la nouvelle structure proposée en remplacement de l'ancienne, de ses avantages ou inconvénients, d'autant plus que je ne lis dans cette revue que le(s) point(s) de vue francophone(s), alors que l'UCC est majoritairement anglophone.

Ce qui m'intéresse, ce sont les questions de fond et les priorités qui émergent des recommandations (on peut trouver les documents ici, sur le site de l’Église unie du Canada). Une grande partie du document "recommandations" (qui fait 3 pages) porte sur la restructuration, mais il ne commence pas par cet aspect, et cela me semble essentiel. Le document commence par deux choses : une affirmation de confiance et un appel au discernement. 

Une affirmation de confiance
Le document commence par "Nous croyons que Dieu....". Il ne s'agit pas d'abord de changer des structures, mais de chercher la volonté de Dieu pour cette Église, dans son contexte. Cela permet d'envisager la restructuration sous un autre œil : non pas la fatalité de la réduction budgétaire, mais une plus grande souplesse, une structure plus légère qui permette plus d'innovation, une nouvelle liberté d'entreprendre.

L'idée est de se débarrasser des lourdeurs administratives, pas de toute administration ! Comme le dit Cathy Hamilton, membre du groupe de travail sur la révision globale : "Ce qu'il faut, c'est moins de contrôle, moins de supervision, moins de structures et plus de soutien. Tout le monde est d'accord que les communautés de foi sont les mieux placées pour faire la mission de Dieu dans leur voisinage, elles savent ce qu'elles doivent faire. Il faut donc leur donner plus de liberté et de souplesse." Et cette perspective est soutenue par la première recommandation, intitulée "Discerner l'Esprit".

Discerner l'Esprit
L'appel au discernement se fait de plusieurs manières :
- le discernement de Dieu à l’œuvre dans les évolutions qui touchent les Églises aujourd'hui. La modification du paysage ecclésial peut alors cesser d'être vu comme un échec des croyants, mais comme une opportunité de changement (j'ai entendu dire un jour qu'il n'y avait que deux choses qui permettaient de changer en profondeur : le désir et la contrainte), une chance que Dieu nous offre.
- le discernement des délégués par rapport aux recommandations proposées, qui seront soumises au vote lors du prochain Conseil général.
- le discernement des Églises locales pour qu'elles entendent l'appel de Dieu dans leur réalité locale. Cela peut être un appel à mettre de nouveaux ministères en œuvre, à essayer de nouvelles choses ou à alléger la structure pour ne pas passer son temps et son énergie à l'entretenir (bâtiments, organisation, activités, etc.). En gros, donner la priorité non à l'existant, mais à ce que Dieu leur faire émerger de nouveau et à la proclamation de l’Évangile.
- le discernement n'est pas que spirituel, il a aussi des conséquences très pratiques. C'est pour assumer ces conséquences qu'il est proposé d'investir chaque année à hauteur de 10% du fond Mission et service (qui couvre les mêmes missions que nos titres A+D : formation [laïcs et ministres], soutien aux ministères [idem], gouvernance, mission à l'international, engagement dans la société) pour la transformation et la création de ministères (nous dirions "de nouvelles formes d’Église", les ministères laïcs étant très souvent mentionnés dans les documents du groupe de travail, et le terme "ministère" étant utilisé plus souplement que dans l'EPUdF, où il désigne d'ordinaire les ministres du culte : pasteurs, aumôniers, etc.).

Permettre la représentation de l'informel dans le structurel
Jusqu'à présent, seules les paroisses structurées de manière traditionnelle (conseil de paroisse, pasteur, bâtiments, etc.) étaient représentées dans les instances consistoriales et nationales. Dans la nouvelle proposition, on ne parle plus de paroisses, mais de "communautés de foi". Ce qui veut dire qu'un groupe moins structuré mais se réunissant régulièrement (type "fresh expression" ou groupe de maison dans les lieux non desservis par des formes traditionnelles d’Église) pourra être représenté aux niveaux supérieurs, y compris lors du Conseil général (// synode national dans l'EPUdF). C'est une façon de faire entrer l’Église émergente et les nouvelles formes d’Église dans le processus de représentation et donc la synodalité de l’Église. Si cette disposition est adoptée et adaptée au Québec, il sera intéressant pour nous de voir comme elle marche et éventuellement nous en inspirer...

Un autre aspect du renforcement de l'informel est l'accent mis sur le travail en réseaux, par thèmes et par intérêts, en complément du réseau de proximité. Ce travail en réseaux ne serait pas (forcément) porté par les régions et serait plutôt un lieu de partage, d'innovations et de stimulation qu'une instance décisionnelle.

Les enjeux du multilinguisme
Le point de vue du Consistoire du Laurentien (francophone) était assez négatif à l'automne sur les premiers éléments sur lesquels il a été consulté. Certains changements ont été apportés depuis, mais il me semble que la grande question est celle de la représentation du courant francophone (ultraminoritaire dans l’Église), puisque les Églises francophones sont peu nombreuses et que la remise en cause du niveau consistorial risque de les pénaliser. D'autant que les communautés autochtones sont, elles, explicitement mentionnées dans le document qui insiste sur l'importance du travail fait avec elles.

On peut aussi voir dans cette résistance une peur d'y perdre en solidarité : les ministères en français ont besoin d'un soutien financier, et la révision pourrait apporter la baisse de ce soutien, car les communautés les plus petites n'ayant plus les moyens de payer leur pasteur seront invitées à s'organiser autrement pour se maintenir sans pasteur. Mais Cathy Hamilton rappelle que les paroisses francophones sont aussi des lieux d'innovation, des lieux où la transition se fait, et donc des lieux qui pourraient être soutenus par le fond Mission et service.

Mais il me semble que les tensions viennent en partie d'une question culturelle. La culture française (et en bonne partie la culture francophone) donne beaucoup d'importance aux concepts, aux structures et au contrôle collégial. Le mot "communauté" n'y résonne donc pas de la même façon qu'en contexte anglophone, qui lui base plus sa vie collective sur l'initiative individuelle, les affinités et les opportunités, la mentalité étant plus "pragmatique". Ce n'est pas pour rien qu'il est si difficile de traduire en français le terme "leadership" par exemple, comme il est difficile de traduire en anglais le terme "direction"... Or le projet présenté mise sur l'initiative individuelle et l'émergence de "leaders". Le canada francophone aura donc à faire le même effort de traduction culturelle que celui que nous sommes en train de faire en réfléchissant sur l'adaptation des fresh expressions en contexte français...

En tout cas, c'est une entreprise courageuse, nécessaire et nous pouvons en appeler à l'Esprit pour qu'il guide les délégués au Conseil général cet été lors des débats et des décisions et ensuite, les communautés pour la mise en œuvre des changements adoptés (idées de prière : ici).

Post-scriptum
Pendant que je parle de l’Église unie du Canada, je vous invite à faire un petit tour sur leur site pour y découvrir leur campagne Décolonisez vos achats, qui appelle les membres de l’Église à ne pas acheter de produits fabriqués dans les colonies de peuplement en Israël/Palestine et à en parler autour d'eux. Ils proposent aussi un argumentaire en vidéos.

Claire Sixt Gateuille

samedi 18 octobre 2014

Familles, Evangile et cultures dans un monde en mutation

(c) CSG
Le matin, nous sommes accueillis au sortir du Bungalow par des fleurs éclatantes de couleur et les cris des oiseaux dans la lumière naissante. Accompagnés par la louange de la création, une bonne façon de commencer la journée !

Mercredi 15, nous avons vécu les passages obligés de toute assemblée générale : message du président, rapport d’activité (sans compter l’adoption du PV, les comptes…).

Thierry Mulbach (président de la Cevaa) a articulé son message autour d’Hébreux 13, dont il a dégagé 3 thèmes : la reconnaissance, le fait de ne pas être « installés » et la solidarité. La reconnaissance est à la fois gratitude à Dieu de ce qui nous est donné de vivre ensemble et reconnaissance du fait que nous avons besoin les uns des autres. La non-installation (voir He 13.14) renvoie au fait que l’Evangile interroge et remet en cause notre culture, nos modes de gouvernance et nos (fausses-) sécurités. Elle renvoie à la dynamique de l’Evangile qui nous appelle à bouger, à être déplacés. La solidarité vient de notre conscience que nous avons besoin les uns des autres : Dieu nous parle à travers eux, ils nous aident à changer notre regard. Mais cela demande de l’humilité et n’empêche pas les difficultés de compréhension. Dans la vie de notre communauté (puisque la Cevaa est une communauté d’Eglises en mission), nous sommes appelés à prendre soin les uns des autres.

Le rapport d’activité sera disponible (l’est peut-être déjà, je n’ai pas vérifié) sur le site de la Cevaa, mais j’en ai retenu les 3 perspectives : Plus de communautaire et un communautaire plus équilibré, Priorité donnée à la jeunesse et à la formation des femmes et Plus d’équilibre entre les différents projets pour que toutes les Eglises participent à tout. Plus généralement, la force du travail en réseau a été soulignée.

La journée s’est close avec une rencontre de femmes. J’ai encore une fois mesuré la chance que j’ai d’être à la fois femme et – de 35 ans et en position de responsabilité de mon Eglise, ce qui est plutôt rare, la plupart des délégations étant composées d’un président ou leader d’Eglise (homme, d’un certain âge) accompagné d’une femme ou d’un jeune. 

Jeudi 16 a été consacré au thème de l’assemblée : « Familles, Evangile et cultures dans un monde en mutation », à l’exception d’une séance sur la nouvelle brochure d’animation théologique. La matinée a été animée par les deux intervenantes : Irène Amenyah Sarr, sénégalaise, psychologue et pédagogue, et Katharina Schächl, théologienne de l’EPUdF.

Enno Strobel avec Irène Aminiasah et Katharina Schächl (c) CSG
Mme Amenyah Sarr a présenté une approche plus « développementale », axée sur les questions de transmission. Elle nous a rappelé que le « modèle familial idéal » (papa, maman, 2 enfants : une fille et un garçon) n’est qu’un idéal-type. Elle a ensuite parlé de la construction de l’identité et des différents axes de développement personnel. Elle s’est focalisée sur les axes social, moral et identitaire, dans lesquels la famille joue un rôle essentiel, en particulier en termes de valeurs et de références sociales. La famille est une composante essentielle de la culture.

L’intervenante a souligné la nécessité de l’accompagnement des familles (pas pour les couler dans un moule mais pour les aider à remplir leur mission de transmission et d’être un lieu d’épanouissement des enfants en croissance). Elle a enfin parlé de l’inter-culturalité et du rôle à la fois de décryptage et d’accompagnement des jeunes confrontés à d’autres cultures pour développer le vivre-ensemble.  Dans sa conclusion, elle a appelé les Eglises au rapprochement, à l’interaction et l’intégration, avec les familles et les cultures, au nom de l’Evangile. Nous pouvons nous ouvrir pour être des Eglises fortes, vivantes et intergénérationnelles.

Katharina Schächl a commencé par souligner que le synode sur la famille qui se tient en ce moment au Vatican montre que nous ne sommes pas les seuls à réfléchir sur cette thématique complexe et difficile. Elle est difficile à cause des changements rapides dans nos contextes, nos sociétés qui nous déstabilisent et face auxquelles nous avons le réflexe de chercher des repères où nous raccrocher ; à cause de la façon dont elle touche à notre intimité et notre identité ; et parce qu’on ne peut pas se placer en dehors de la problématique. Nous devons faire attention, quand nous nous exprimons sur le sujet, au risque de blesser l’autre.

Au lieu de donner des réponses préformatées face aux situations rencontrées, Mme Schächl nous a invités à interroger notre rapport aux écritures (est-ce que je les lis pour trouver une morale, des repères, l’accompagnement et la présence bienveillante de Dieu ?), notre compréhension de l’Evangile (le « cri de la grâce et de la miséricorde de Dieu » selon Luther, une parole de libération en chair et en os), notre rôle de témoins de l’Evangile (l’Evangile vient d’un Autre, mais je peux en devenir le témoin pour d’autres, car il s’incarne ; je peux proposer une éthique que ne soit pas une « morale », mais une perspective de vie pour que la promesse de Dieu ne soit pas entravée).

Il n’y a pas de réponse unique ni de recette simple face aux familles et aux cultures, même à la lumière de l’Evangile. Mais nous sommes appelés à offrir une oreille, à annoncer une parole qui relève et qui guérit. Et à partager la confiance.  

Même si l’homosexualité et les questions de « normalité » ont été beaucoup évoquées dans la discussion et les temps de travail de groupe qui ont suivi, j’ai trouvé que les débats étaient respectueux et les attitudes attentives.

Le soir, nous avons eu droit à une initiation à la brochure d’animation théologique nouvelle version. Même si j’aurais aimé que sur certaines fiches les objectifs de l’animation et les convictions de la Cevaa soient différentiés dans les « objectifs » affichés, avec un peu d’adaptation contextuelle, ces animations sont un bon outil – sans être révolutionnaire – utilisable en France et en francophonie.


Claire Sixt Gateuille

mercredi 15 octobre 2014

J’ai fait mes premiers pas en Afrique

Une partie de la chorale à Fatick (c) CSG
Nous avons atterri lundi soir à Dakar. Deux heures plus tard – le temps d’attendre au contrôle aux frontières, pour certains également au bureau des visas, puis au tapis à bagages et enfin dans le bus pour vérifier que la sœur de Nouvelle-Calédonie qui aurait dû atterrir avec nous n’était pas dans notre avion – nous sommes parti pour Saly, lieu de l’assemblée générale de la Cevaa.
A l’arrivée, le temps de comprendre comment installer ma moustiquaire – et de constater qu’il sera impossible de l’utiliser de façon totalement sécurisée, puisque ma moustiquaire pour 1 personne ne peut se glisser sous le matelas de mon lit pour 2 personnes… – et de prendre une douche bien appréciée, je m’écroule de fatigue.
Mardi matin, en prolégomènes à l’assemblée, un spécialiste en infectiologie nous informe sur le virus Ebola, sa transmission, les mesures prises par le Sénégal et les conseils d’hygiène pour éviter la propagation de la maladie. Malgré des images parfois crues de malades au stage hémorragique, cette information permet de dédramatiser et de nous inviter, nous responsables d’Eglises, à lutter contre la stigmatisation et la psychose autour de la maladie et à entreprendre ou renforcer notre action de plaidoyer auprès des autorités civiles pour qu’elles aident les pays confrontés à l’épidémie à la combattre.
Démonstration de la combinaison anti-Ebola
L’après-midi, nous partons pour Fatick pour y assister au culte. Une heure et demi de route (aller) nous permet de découvrir la splendeur des paysages de savane et l’animation des villages que nous traversons. Durant le culte, une très belle chorale (musicalement et visuellement) accompagne les chants. La prédication est donnée par le modérateur de l’Eglise protestante du Sénégal. Son message – sur le thème de l’AG « Familles, Evangile et cultures dans un monde en mutation » – mêle annonce de l’Evangile et défense des valeurs « traditionnelles » de la famille. J’ai du mal à ne pas y entendre une condamnation sans nuances de la modernité. Thierry Mulbach, le président de la Cevaa, dans son allocution à la fin du culte a eu une attitude très fine en invitant les Eglises à cheminer ensemble, sans jugement mais dans la recherche d’une compréhension réciproque, l’interpellation mutuelle et le dialogue.
Après un gouter offert par les Eglises protestante et luthérienne du Sénégal, nous partons visiter un centre de formation pour les femmes puis revenons à Saly. Le soir, dans ma cathédrale individuelle de tulle, je remercie Dieu pour toutes ces découvertes et ces rencontres. Demain, les choses sérieuses commencent !
Claire Sixt Gateuille


jeudi 27 mars 2014

Comité directeur de la Ceeefe

Comité directeur de la Ceeefe, 15/03/14 à Paris
Samedi 15 mars, le comité directeur de la Ceeefe s'est réunie rue de Clichy. Mais la Ceeefe, qu'est-ce c'est ?

- C'est tout d'abord l'un des neuf réseaux ou organismes internationaux dont notre Église est membre.
- C'est ensuite une "Communauté d’Églises protestantes francophones" présentes partout dans le monde,
- C'est encore un lieu de solidarité et d'échanges fraternels, de formation mutuelle à travers les expériences et les témoignages des uns et des autres,
- C'est aussi un réseau d’Églises "mosaïques", marquées par l'interculturel et/ou l'interconfessionnel,
- C'est enfin un réseau d’Églises qui ont en commun le fait de témoigner d'une autre culture linguistique et ecclésiale dans leur contexte d'implantation et le fait d'avoir un engagement diaconal important. Toutes ces Églises membres sont, de fait, minoritaires dans leur contexte.

Depuis 2013, la Ceeefe est présidée par Bernard Antérion. 
Vous trouverez plus d'informations sur son site internet : 
http://www.eglises-protestantes-francophones.org/
Claire Sixt Gateuille