Affichage des articles dont le libellé est cheminement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cheminement. Afficher tous les articles

mardi 28 mai 2019

De la loi à la promesse

A deux jours du synode national 2019 de l'EPUdF, je partage avec vous une méditation adaptée de l’aumônerie du synode régional Sud-Ouest, que j'ai assurée en novembre dernier, et qui portait justement sur les "textes de référence" dans la Bible. D'autres sont à venir d'ici jeudi.
"Moïse dit : Voici les commandements, les lois et les règles que le Seigneur votre Dieu m'a ordonné de vous enseigner. Il veut que vous leur obéissiez dans le pays que vous allez bientôt posséder." Deut 6.1
"Les commandements que je te donne aujourd'hui resteront dans ton cœur." Deut 6.6

1.    Une loi au futur
Le chat du Rabbin T8, de Joann Sfar
La loi donnée par Dieu à Moïse est formulée à l'inaccompli en hébreu, c'est-à-dire (pour simplifier) au futur. Elle est au futur parce qu’elle est d’abord une promesse. Elle est le signe que ce peuple appartient à Dieu, et donc que Dieu se tient à leurs côtés. Si on oublie ça, si on oublie la promesse et la présence de Dieu, alors la loi, la Torah, est juste un truc de fou ! Je ne veux pas « spoiler » le Tome 8 du chat du Rabbin pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu, mais le jeune rabbin, le mari de Slabya, dit quand même à quelqu’un qui veut se convertir au judaïsme : « Moi je suis né dedans, donc je suis bien obligé [d’avoir une religion aussi contraignante]. Tout mon imaginaire baigne là-dedans. Mais enfin, j’ai du mal à concevoir qu’on être équilibré ait spontanément envie de s’infliger tout çà » ! Pour qu’il y ait appel, il faut qu’il y ait élection. Si Dieu demande ça au peuple, c’est parce qu’il l’a choisi. La loi, c’est le revers de la médaille de l’élection et de la terre promise…

Elle est au futur, parce qu’elle ouvre un avenir, elle est un choix de vie. Elle est même un chemin de vie : « allez dans les chemins de Dieu » (Deut 30.16). Elle n’est donc pas un cadre rigide mais un cheminement balisé.

2.    Réinterprétations
La loi est au futur, enfin, parce qu’on ne connait pas l’avenir, et qu’il faudra donc la réinterpréter, la reformuler pour retravailler notre fidélité à Dieu et à ses commandements. Il y a déjà eu la loi de l’Exode, avec la première version des 10 commandements, puis la loi du Lévitique, celle qui est tellement détaillée qu’on a l’impression de couper les cheveux en quatre - celle qui sature l’esprit pour ne pas trop penser qu’on tourne en rond dans le désert et que ça va durer toute une génération - et puis il y a cette troisième version, celle de Deutéronome, qui est formulée pour rentrer dans le pays promis. Elle est formulée pour que le peuple ne s'installe pas dans l'immobilisme mais continue d’arpenter les chemins de Dieu. A chaque contexte, sa formulation de la loi.

Un peu comme notre travail sur les textes de référence… il faut le faire parce que le contexte a changé : en 6 ans, le fonctionnement commun entre réformés et luthériens est devenu réalité, avec ses frottements et ses richesses, avec désormais une région unie. Il nous faut « boucler la boucle » institutionnelle, ajuster notre règle de fonctionnement à nos pratiques, vérifier les bases organisationnelles qui nous permettrons ensuite d'ajuster nos « cultures ecclésiales », nos présupposés inconscients, notre compréhension de ce qu'est l’Église et des dynamiques qui y sont à l’œuvre, pour que chacun s'y sente à l'aise et y fasse place à l'autre - processus qui prendra, lui, au moins une génération.

3.    Un chemin de vie commun
On se sent souvent tellement bien dans sa tradition ecclésiale qu’on en arrive parfois à l’ériger en tour d’ivoire, à l’investir comme une maison, à s’y sédentariser. Mais l’Union des Luthériens et des réformés en France, c’est une façon de nous rappeler que notre cadre sécurisant ne doit pas rester un cadre, mais devenir un chemin, qui nous mène vers les autres, de l'autre confession, et plus loin les autres croyants ou non-croyants.

La constitution (et autres textes de référence) que nous sommes en train de réviser est l’ossature institutionnelle de notre Église EPUdF ; mais elle n’est pas un cadre, tout au plus la charpente d’un abri pour la nuit…La loi de Dieu non plus n’est pas un cadre enfermant. Elle est d’abord un chemin, avec des carrefours où choisir entre des options qui donnent la vie et des options qui peuvent être mortifères. Elle est reformulée en Deutéronome pour que le Peuple ne s’installe pas dans une possession qui exclue. Elle est un chemin dans un monde qui change, pour des gens et des groupes qui changent aussi, qu’ils le veuillent ou non. 

(c) Jean-François Kieffer
Notre Église, en tant que groupe humain, change aussi. Nous sommes une communauté d’individus pas toujours très disciplinés, lancée un chemin exigeant, sur lequel on trébuche parfois, mais qui maintient une perspective ouverte, qui trace un horizon. Un chemin qui est une promesse d’avenir, même si nous-mêmes n’entrerons pas forcément dans la terre promise et que dans certaines communautés locales, notre cheminement d’Église ressemble plus à une longue traversée du désert. 

Nous pensons souvent à l’Église comme à « notre pauvrète Église » pour reprendre l’expression de Calvin. Mais plutôt que de nous lamenter, replongeons-nous dans la Bible pour nous rappeler de toutes les promesses de Dieu. Plutôt que de nous laisser décourager, rappelons-nous qu’à chaque demande, à chaque appel de Dieu correspond un don, une promesse, et remémorons-les.

Parfois, Dieu nous donne même des rêves pour notre Église… que son Esprit nous inspire et nous pousse, nous pousse aussi au changement, à la réinterprétation quand c’est nécessaire. Et n’oublions pas ce conseil attribué à Oscar Wilde : « Ayez des rêves assez grands pour ne jamais les perdre de vue ».

Claire Sixt Gateuille

mercredi 16 décembre 2015

Cheminer - partie 4

Parmi la multitude de visions possibles pour notre Église, de portes possibles pour entrer dans le flot de la mission de Dieu, il nous faut faire un choix. Chaque niveau de la vie de l’Église fait des choix. Le Conseil œcuménique des Églises et la conférence des Églises européennes ont choisi de s’engager dans un pèlerinage de justice et de paix, avec de multiples entrées et de multiples thèmes, qui vont de l’aide d’urgence et du développement au dialogue œcuménique et aux conversations interreligieuses. L’Église protestante unie a choisi de renouveler son témoignage, d’avoir pour vision d’être « une Église de témoins ».

Notre vision, c’est ce à quoi nous sommes appelés, de là où nous en sommes dans notre cheminement. Il ne s’agit pas de se fixer des objectifs trop hauts qui nous décourageraient. Mais il s’agit de discerner les dons, les personnes, les forces que nous donne Dieu, aujourd’hui et maintenant, et de discerner ensemble ce que Dieu veut en faire. Les forces que nous donne ce Dieu dont la puissance s’accomplit dans la faiblesse ! Car dans notre cheminement, nous ne partons pas vierges et isolés. Dieu nous a donné au moins deux choses : d’abord nos communautés, nous et ceux qui nous entourent. Même si nous ne sommes plus que 10, même si nous sommes fatigués de porter une paroisse à bouts de bras, il y a là une valeur incroyable que Dieu peut exploiter… mais peut-être qu’il attend de nous que nous fassions autre chose…

Quelque chose que nous avons vraiment envie de faire, quelque chose qui nous donne de la joie et nous aide à devenir témoins de la joie de l’évangile, et pas « ce qu’il faut faire parce qu’on a toujours fait comme ça ». Peut-être qu’un groupe de 10 personnes qui se réunit dans le salon d’un de ses membres et qui offre du temps, de la convivialité et des gâteaux dans la rue ou dans une maison de quartier une fois par mois témoigne plus qu’un groupe de 10 personnes qui se bat pour empêcher son temple de s’effondrer… et peut-être que d’autres croyants qui ont fui la responsabilité trop lourde de porter une institution seraient ravis de témoigner de ce que Dieu change dans leur vie, si seulement on les aider à mettre des mots sur cette expérience si intime…

La deuxième chose que Dieu nous donne, c’est un contexte. On ne chemine jamais dans un lieu neutre et vide. Il y a tous ceux qui nous entourent, qui croisent notre route, qui parfois même la partagent, et que l’on ne prend pas toujours le temps d’écouter. Beaucoup d’entre eux ont soif de la source à laquelle nous nous abreuvons, mais on peur de s’y noyer ou d’entre rester captifs. Ils ont peur parce qu’ils ne savent pas. Avec eux aussi, peut se faire un cheminement, dans la rencontre, avec du temps, dans la proposition humble et le témoignage personnel et respectueux. Le contexte, c’est aussi la culture et la mentalité, le contexte médiatique, etc. Ce sont aussi des lieux pour témoigner qu’une autre vision du monde est possible, confiante malgré les attentats, qui espère au-delà de la peur, qui croit au-delà du doute et du marasme ambiant.

Nous le voyons, il y a de multiples visions possibles, mais il y a aussi les dons que nous avons, ici et maintenant, et les désirs que Dieu nous met au cœur, qui permettent de limiter ces possibles, de discerner une vision pour l'Église, chacun à son niveau.

Les personnes, les dons, le contexte, la vision : tout cela tient la communauté ensemble, l’aide à cheminer dans la même direction, nous aide à être une Eglise en marche. Mais la route n’est pas toujours droite, nous le savons dans nos vies, et le cheminement de Jésus dans les Evangiles nous le montre aussi. Aussi faut-il régulièrement reprendre la vision, corriger la direction, parce que les aléas de la vie ou le chemin nous font faire des détours, et parfois nous engager dans une fausse direction.

St Jacques... La mecque, film de Coline Serreau
Sur notre route, dans notre cheminement, il nous faut aussi parfois nous alléger de ce qui nous pèse inutilement, de ce que l’on se fatigue à porter, parce que cela nous rassure. Je ne sais pas si vous avez déjà vu le film « St Jacques-La Mecque », où un groupe part en pèlerinage sur le chemin de Compostelle. A la première montée, plusieurs d’entre eux se cachent dans les fourrés pour se débarrasser de produits de beauté et autres éléments qu’ils avaient mis dans leur sac, pensant que cela leur serait utile, mais qui se révèlent vite superflus face à la nécessité de voyager léger. En Église aussi, il est nécessaire de voyager léger. D’abord, c’est une question de survie, une nécessité biologique, si l’on veut arriver à continuer d’avancer ; ensuite, toute l’attention, toute la force que nous consacrons à nos affaires, nous ne la consacrons pas à ceux qui nous entourent ; enfin, cela est nécessaire pour arriver à aller loin sans s’épuiser.

Nous avons toujours la possibilité de nous passer de tel ou tel élément qui a été bien utile à un moment donné, mais qui ne l’est plus. Dans notre cheminement,  nous avons besoin régulièrement de voir ce qui nous est utile, ce qui nous fait avancer, et ce qui nous pèse, nous freine, nous détourne de notre vision. Si l’on est attentif, si les fruits de l’Esprit nous travaillent, on s’aperçoit vite que ce n’est jamais le frère ou la sœur qui nous ralentit, mais cela peut être quelque chose de trop lourd à porter, pour lui ou pour moi… Nous sommes appelés à "Aller", à rencontrer « les nations », c’est-à-dire à vivre l’interculturel, à témoigner, à baptiser, à faire des disciples, des gens qui se mettront eux-mêmes en marche… des gens qui à leur tour, marcheront à nos côtés, à la suite de celui qui est avec nous tous les jours jusqu’à l’accomplissement des temps.

Claire Sixt Gateuille