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samedi 1 août 2015

Vous, qui dites-vous que je suis ?

Dans moins d’un an maintenant, le Grand Kiff réunira les jeunes de notre Eglise et d’Eglise-sœurs du côté de St Malo. Le thème est Et vous, qui dites-vous que je suis ? Je vous propose ici un premier billet en forme de méditation sur ce thème. D’autres devraient suivre…

"Et vous, qui dites-vous que je suis ?" Ça c’est une question qu’elle est bonne !
 
Jésus est sorti de Jérusalem, de Judée, il est avec ses disciples près de Césarée de Philippe : Césarée de Philippe est un lieu « mixte » on dirait aujourd’hui multiculturel, habité par des juifs, des romains, des gens d’autres peuples présents dans la région. Une vraie mosaïque de cultures, qui doivent vivre ensemble même si leurs modes de vie ne sont pas toujours faciles à concilier…Là, la parole est plus libre, moins contrôlée qu’en territoire judéen, où la fidélité à Dieu et à la tradition est vue comme passant par la préservation d’une forme de « pureté » qui limite le plus possible le contact avec les autres peuples, décrits comme païens. Là, on peut discuter de « qui est Jésus ? » sans risquer d’attirer l’attention des gardiens de la loi et des prêtres… 

projections
Jésus commence par collecter les différentes images que l’on projette sur lui : qui dit-on qu’il est ? On dit qu’il est un prophète, ancien ou récent, « revenu » ou « ressuscité »… D’où viennent ces images ? De la tradition religieuse ; ce sont des figures d’autorité, des gens qui ont parlé et agi au nom de Dieu. Bref, on reconnait son aura spirituelle, le fait que Dieu l’ait choisi pour parler en son nom. En tout cas, ce sont les retours positifs que les disciples rapportent à Jésus, ils se gardent bien de faire remonter les critiques…

Question
Puis vient la question centrale : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Et la réponse de Pierre : tu es le messie, le Christ, bref, celui que l’on attend non seulement pour parler au nom de Dieu et appeler les êtres humains à changer, mais pour changer les choses, même celles contre lesquelles nous ne pouvons rien, pour ouvrir de nouvelles perspectives là où tout semble bloqué, pour redonner une espérance (Je vous conseille de relire certaines prophéties du livre d’Esaïe, en particulier à partir du chapitre 42, ou le chapitre 37 d’Ezéchiel).
A cette affirmation de foi, Jésus répond par une obligation de silence, et l’annonce de sa mort et de sa résurrection… Pas facile d’être disciple !

Cette question centrale de Jésus renvoie à trois dimensions :
-    Une articulation entre ancien et nouveau, entre tradition et interprétation, entre ce que « on » dit, et une parole personnelle
-    Un appel à l’interprétation
-    L’affirmation d’une identité ouverte, relationnelle et suspendue

Puiser dans la tradition
Ce que les disciples peuvent dire de Jésus, ce que nous pouvons dire de Jésus, s'inscrit dans une histoire, dans une langue, dans un univers de pensée particulier. Les gens utilisent les concepts et les références de leur culture, les images de leur pratique religieuse, les figures de leur histoire pour décrire Jésus. Ils ne peuvent faire autrement, ils ne peuvent que puiser dans cet héritage pour trouver les mots pour parler de Jésus. Les gens, les disciples, nous ne pouvons faire autrement. Même une expression nouvelle fera référence à l'ancien, sinon elle ne serait pas comprise, elle ne serait opérante que pour celui ou celle qu'il l'utiliserait. Pierre parle du Messie, dont parlent aussi les prophètes. Et Pierre, qui formule une parole vraiment personnelle, presque un cri du cœur, le fait en empruntant des mots déjà utilisés par d'autres... il se les approprie, il les réinvente en quelque sorte en les faisant totalement siens.

Proposer une interprétation 
Jésus interroge ses disciples sur son identité, non pour ensuite leur donner la bonne réponse, mais parce qu'il faut bien dire quelque chose de lui, même s'il dépassera toujours tout ce qu'on pourrait dire à son propos. C'est vrai de tout être humain. Nous sommes toujours au-delà des étiquettes que l'on nous colle ou de ce que les autres savent de nous... Nous sommes même au delà de ce que nous savons de nous, parfois confrontés à notre propre mystère.

Il faut bien dire quelque chose de Jésus, oser une interprétation, oser un énoncé, proposer une réponse. Celle-ci sera toujours provisoire et imparfaite, toujours marquée par le sceau de notre culture et de notre histoire personnelle. Jésus nous pose une question et nous appelle à devenir témoins, à devenir acteurs de la réponse que nous élaborons, tout en la sachant imparfaite. Et parfois le langage que nous pourrons utiliser pour parler de Jésus ou pour dire Dieu dépassera le langage explicite, écrit ou oral, passera par l'art, la musique ou le graphisme, la couleur ou la forme.... évoquera sans chercher à figer.

Identité ouverte
Jésus ne donne pas de réponse, sauf si l'on considère que la croix et la résurrection sont la réponse... Pour ma part, je crois que c'est un élément essentiel de la réponse, mais pas le tout de la réponse ni même son point final, et qu'une part de l'identité de Jésus, le Christ, nous échappe toujours. Jésus propose à ses disciples une question ouverte, et le relationnel qu'il a avec eux les aide à formuler une réponse, ou tout du moins une esquisse de réponse.

Le philosophe Paul Ricoeur nous rappelle (dans son livre Soi-même comme un autre) qu'une identité ne se construit pas principalement sur des certitudes, qui peuvent toujours être remises en cause, mais sur l'affirmation de soi et "l'attestation", l'assurance de pouvoir demeurer soi-même en toute circonstances. Cette attestation se nourrit du témoignage des autres et elle est basée sur la confiance (en soi et en ses proches, ceux qui témoignent de ce que l'on est). Elle se nourrit également de ce que les autres attendent de nous, des promesses que nous leur avons faites ou celles qu'ils ont décelées en nous (des capacités encore inexploitées, des dons encore en germination, etc.). 

Dans le cas de Jésus, le témoignage est important dans sa vie, pour contribuer à sa notoriété et corriger les fausses rumeurs à son propos, mais Jésus ne cherche pas d'abord à se faire connaître. Il cherche à former ses disciples, à renforcer en eux cette capacité à témoigner, à attester de Jésus, pour que les promesses, l'espérance et la confiance qu'il porte en lui continuent à se déployer dans le monde après sa mort, sa résurrection et son ascension.

L'identité de Jésus est aussi suspendue, suspendue par la consigne de silence, suspendue dans l'attente de la passion et de la résurrection. Car une des clefs d'interprétation manque encore, qui ne sera donnée qu'à la fin des évangiles....

Claire Sixt Gateuille 

Textes bibliques : Mt 16.13-20, Mc 8. 27-30, Lc 9.18-22

mercredi 27 mai 2015

50 ans de facilitation œcuménique

L'assistance venue célébrer les 50 ans de l'IEO
Mercredi 22 avril, l'institut œcuménique de Strasbourg fêtait ses 50 ans.

50 ans au service des dialogues œcuméniques en lien avec la Fédération luthérienne mondiale (FLM). 50 ans d'un travail de fourmi et de titan. De fourmi car le travail préparatoire aux différents dialogues bilatéraux de la FLM est passé par lui, ainsi qu'un soutien à des dialogues multilatéraux ; tout un travail peu connu et peu valorisé en dehors des cercles d'initiés.
De titan quand on voit la tache accomplie, les résultats obtenus, et la réception qui s'est faite grâce à ce travail de fond de l'IEO.

Celui-ci possède une expertise reconnue et qui fait référence. Il est également à l'origine d'une méthodologie du dialogue œcuménique aujourd'hui très utilisée et de quelques concepts devenus clés, comme par exemple celui de "diversité réconciliée", si important au sein de la Communion des Églises protestantes en Europe (CEPE, connue parfois sous son acronyme allemand de GEKE).

L'histoire de l'institut a été évoquée, célébrée, son travail passé et présent valorisé et loué. Martin Junge, secrétaire général de la FLM, rappelait également que cet institut s'inscrit dans la démarche luthérienne d'ancrer le dialogue œcuménique dans une prise en compte des identités confessionnelles (de façon bien plus forte que d'autres, voir mon billet sur le livre d'Odair Pedroso Mateus en aout dernier). Cette approche permet aujourd'hui à l'institut de travailler très régulièrement avec des théologiens pentecôtistes, catholiques, évangéliques, qui seraient moins à l'aise avec une recherche d'unité visible (en tout cas d'une unité visible qui passerait par une fusion des identités confessionnelles).

Jane Stranz (FPF) et Larry Miller (FCM) lors du repas
Les pistes d'avenir passent par le renforcement de la participation des Églises du Sud aux dialogues bi- et multi-latéraux et par l'approfondissement théologique dans un monde marqué par le relativisme, pour ancrer mieux nos convictions (et pouvoir plus facilement les reformuler avec des mots d'aujourd'hui, mais ça, c'est moi qui le rajoute !). Un des axes qu'André Birmelé a valorisé toute sa carrière et qui a été souligné dans les interventions est l'importance de la communion ecclésiale, à la fois comme concept théologique mais aussi comme appartenance à la communauté, qui est une dimension essentielle de la foi. 

Des attentes ont aussi été exprimées, en particulier par un évêque Sud-africain : attentes de renforcement des capacités pour que les Églises du Sud puissent mener leurs propres dialogues bilatéraux régionaux, attente d'intégrer au travail œcuménique les questions d'éthique politique, si importantes aux vues de la situation dans certains pays, attente d'approfondir la connaissance de nos propres dénominations pour renforcer la capacité au dialogue.

Temple St Thomas où a été célébré le culte d'action de grâces
Je me pose tout de même une question concernant l'IEO : son directeur, Theo Dieter, affirmait que son objectif actuel était de ne pas circonscrire l’œcuménisme à une affaire de spécialistes ni le limiter aux Églises du Nord, mais de l'ouvrir largement. Mais pourquoi choisir alors de garder, dans les formations qu'ils propose, le format académique et la pédagogie frontale (ex cathedra) d'exposé + discussion qui s'adresse forcément à une élite capable de suivre des "cours" de haut vol et de se les approprier assez rapidement pour pouvoir poser des questions pertinentes à la suite de ces cours, et cela 2 heures durant, 3 ou 4 fois par jour ? Il y a aujourd'hui tellement d'autres façons de faire de l’œcuménisme, et de façon moins formelle...

Oserais-je dire que cette méthode de formation manque de pédagogies actives ? Il est sûr que l'institut s'adresserait alors à un autre public. Mais serait-ce pertinent de s'engager dans cette voie alors qu'il est reconnu et estimé dans la voie qu'il suit actuellement ? Les 50 prochaines années nous le diront...

Claire Sixt Gateuille

mercredi 4 mars 2015

Nationalisme, bon ou mauvais ?

Assembly Building à Belfast (c) CSG
La rencontre de la région Europe de la Communion mondiale des Églises réformées (CMER) a eu lieu à Belfast, les 19-20 février dernier.

Cette rencontre d'une quarantaine de participants a permis de découvrir la réalité de l’Église presbytérienne d'Irlande, de partager des nouvelles des différentes Églises, leurs difficultés et leurs dynamiques, et d'aborder un thème qui aurait mérité bien plus que la demi-journée que nous y avons consacré : "théologie et nationalisme en Europe".

Presbyterian Church of Irland
l'Eglise presbytérienne d'Irlande couvre l'Irlande du Nord et l'Eire, elle compte environ 550 paroisses et 400 pasteurs. Elle a actuellement plus de candidats au ministère qu'elle ne peut en payer... Mais la sécularisation est en Irlande, comme ailleurs, en forte croissance. Les communautés confessionnelles qui étaient des lieux de refuge pendant le conflit en Irlande du Nord sont maintenant affaiblies par le départ de ceux qui y venaient sans y être vraiment engagés. Mais le conflit a laissé des traces, les gens cohabitant sans qu'il y ait vraiment de rencontre. Par exemple les nouveaux quartiers qui se sont construit après le conflit gardent une séparation très marquée entre "quartiers protestants" et "quartiers catholiques"...

Ce qui est encourageant, c'est que le déclin s'accompagne d'une volonté de la part des Églises locales d'être plus fidèles à l’Évangile, plus actifs dans le service et le témoignage. Cela entraîne une dynamique de renouveau dans un certain nombre de lieux.

Les projets en cours
Cette rencontre a été également un temps pour partager sur tout ce qui se prépare actuellement, en particulier les projets pour 2017 à Wittemberg et au niveau du réseau des cités européennes de la Réforme (mis en place par la Communion des Eglises protestantes en Europe), et avec l'idée d'un Kirchentag européen qui est en train de se mettre en place.

La présence de Christ Ferguson, nouveau secrétaire général de la CMER, a permis à celui-ci de se présenter et d'aborder les réalisations de 2014, dont l'Institut théologique mondial qui a réuni 50 jeunes pour une formation d'un mois à l'été 2014 et la consultation pour les 10 ans de la confession d'Accra, et les perspectives pour 2015. 

Identité nationale, identité européenne et le rôle des Églises réformées
Doug Gay, Trinity College de Glasgow
Tel était le sous-titre de l'intervention de Doug Gay, théologien écossais ayant beaucoup travaillé le thème du nationalisme, qui était notre intervenant. Il a commencé par nous interroger : le nationalisme est-il forcément mauvais ? Oui, si l'on présuppose un déficit éthique (le nationalisme comme forme de "supériorité") ; Non, si on le comprend comme l'attachement à la nation (définition neutre) et qu'on le distingue de ses dérives violentes, xénophobes ou excluantes.

Pour Doug Gay, l'opposition théologique forte au nationalisme développée contre le fascisme et le nazisme dans les années 30-40 est restée très ancrée dans nos cultures européennes, alors que la quête d'identité qui travaille nos contemporains pose aussi la question de l'identité nationale. Mais aujourd'hui, évacuer simplement le nationalisme comme quelque chose de mal nous empêche de le voir comme une réalité humaine ambiguë, comme toutes les réalités humaine, avec ses risques mais aussi son potentiel mobilisateur fort. Travailler de l'intérieur le nationalisme, pour l'irriguer théologiquement, c'est selon Doug Gay discipliner (dans le sens de "rendre disciple") ce vecteur fort d'identité pour le rendre humble, respectueux des autres, critiquer et désamorcer les "identités nationales toxiques" et permettre une coexistence pacifique.

Il a enfin proposé des critères d'évaluation du nationalisme, selon la place qu'il fait aux autres (immigrants par exemples), selon son acceptation des narrations universelles (les droits de l'homme, par exemple), selon la place qu'il fait à l'amour du prochain... En tout cas, il m'a donné envie de lire son livre Honey from the lion, Christianity and the ethics of nationalism, écrit dans le contexte du débat écossais sur l'indépendance du pays.

Bien sûr, son intervention a résonné fortement avec mes lectures actuelles du philosophe Michael Walzer et comment il traite la question de l'articulation entre appartenance à un groupe (religieux ou culturel, communautaire) et appartenance à un pays, articulation pensée différemment selon qu'on est dans un état-nation, comme la France et la plupart des états d'Europe, ou dans une société d'immigration comme aux Etats-Unis. Walzer propose que l'état soutienne les groupes "communautaires" qui choisissent de jouer le jeu de la démocratie et proposent une identité ouverte à leurs membres. Et il rappelle que la société civile est un lieu de coexistence pour ces groupes. On est loin de la position intégratrice de la France, parfois défendue avec des accents autoritaires depuis les attentats du 7 janvier...

Bref, cette question est d'autant plus d'actualité avec la montée de nationalismes populistes en Europe et le départ de jeunes européens pour le djihad au Moyen-Orient. 

Claire Sixt Gateuille

dimanche 5 octobre 2014

Besoins spirituels et réponses des Eglises


E. Parmentier, professeur à Strasbourg (c) CSG

Lors du colloque organisé par la CEPPLE en ouverture de son assemblée, Jean-Pierre Bastian (voir le billet d’hier) et Elisabeth Parmentier nous ont accompagnés dans la réflexion sur « Quel futur pour les Eglises protestantes des pays latins d’Europe ? ». Elisabeth Parmentier nous a présenté 5 attentes contemporaines en matière de croire et les questions que cela pose aux Eglises protestantes.

Le premier besoin, celui d’identité et d’ancrage local, joue chez les « locaux », qui ont besoin de voir leur histoire reconnue et valorisée (par exemple la contribution des protestants à la société), mais aussi chez les personnes issues de la migration qui recherchent un ancrage dans la Bible, parfois jusqu’au littéralisme et des convictions théologiques simples. Elles nous interrogent sur notre capacité à formuler ce que nous croyons et le gros enjeu avec elles est celui de l’interprétation biblique, de l’herméneutique. 

Le deuxième besoin est celui d’appartenance supra-locale et d’ouverture. Il y a toute une dynamique non confessionnelle aujourd’hui dont la proclamation est centrée sur Jésus-Christ mais sans théologie élaborée, dont les Eglises sont définies non en termes de confessions mais en termes d’activité spirituelle, d’expérience, de convivialité, de bien-être communautaire et de festif. Face à cette mouvance, comment pouvons-nous offrir à nos membres un ancrage plus large que la paroisse locale ? En valorisant nos réseaux et organisations internationales, mais aussi en faisant connaitre les grandes figures protestantes actuelles (Margot Kässeman, Lytta Basset, etc.), car les gens cherchent des « maîtres spirituels ». Concernant les organisations internationales, tout l’enjeu est d’arriver à surmonter les divisions liées aux questions éthiques et donc de travailler avec les autres Eglises l’articulation entre culture, contexte, identité historique et biblique.

Anne-Laure Danet animait les débats (c) CSG
Le troisième besoin est celui d’expérience spirituelle, de vivre quelque chose en rapport avec la foi. Beaucoup d’Eglises travaillent aujourd’hui à des célébrations plus expérientielles, plus festives, à la « fécondité » de leurs cultes. Nous savons l’importance de l’accueil humain autour du culte, mais pas forcément valoriser les charismes personnels. Nous avons des réalités patrimoniales que nous pourrions valoriser mieux, avec l’aide d’artistes pour développer aussi l’accueil « vertical », l’ouverture à la spiritualité. Et développer les lieux informels, occasion d’un accompagnement des passants, dans une qualité théologique et de sens (on constate les questionnements ou les récits de vie qui surgissent au détour d’une visite, à la sortie d’un concert, dans une discussion avec la personne qui « tient l’exposition » ou est présente).

Le quatrième besoin est celui de théologie. Les gens ne cherchent plus le salut ou la vie éternelle, mais une vie réussie. Nous devons adapter notre discours pour ne pas commencer par la proclamation du salut, mais partir d’une théologie de la bénédiction pour les amener ensuite, dans l’accompagnement, à l’idée du salut. L’idée de salut pose trois problèmes à nos contemporains : ils la placent post-mortem alors que ce qui les intéresse, c’est aujourd’hui ; avec le salut par grâce, ils n’ont plus rien à faire ; et ils attendent des religieux une parole magique ou un rite, un geste de protection et non une mise en mouvement…

Le dernier besoin est celui de dialogue multiculturel et interreligieux. Face à la peur de l’autre, à la peur du conflit, mais aussi à la peur de « se perdre », nos contemporains ont besoin d’Eglises confessantes, qui affichent clairement leur conviction (ont un message « profilé »), mais aussi conviviales et accueillantes. Des Eglises également ouvertes au dialogue inter-religieux et impliquées dans la « guérison des mémoires » après des conflits.

une partie de l'assistance (c) CSG
Dans le travail de groupes qui a suivi, quelques pistes ont été évoquées, pour nos Eglises ou la vie de la CEPPLE :
- Nous devons toujours trouver le juste chemin de crête entre fidélité (à l’Evangile, aux convictions protestantes) et innovation (pour rencontrer les attentes et les besoins de nos contemporains), à la fois dans l’institution et dans chaque ministère (laïc ou ordonné).
- Comment faire une pastorale sur mesure qui ne soit pas du prêt-à-porter ? Etre confessant, ce n’est pas être dogmatique.
- Comment allier attitude œcuménique et message « profilé » ?
- La CEPPLE pourrait se saisir de la perspective de 2017 pour permettre à ses membres d’apporter un témoignage (type témoignage vidéos de membres) sur quel est le sens d’être Eglise protestante aujourd’hui (dans les pays latins). 
- Comment se positionner dans ce monde de concurrence effrénée, y compris dans la proposition de sens ? Les groupes humanistes athées ou agnostiques sont ceux qui sont le plus en croissance.
- Comment gérer le fait qu’un contre-témoignage, ou même une non-disponibilité en cas de demande urgente ont des conséquences directes ? L’attente de pasteurs qui soient des figures charismatiques ? Les protestants historiques sont coincés entre la peur du « gourou » et la nécessité de s’appuyer sur des personnalités médiatiques pour prendre et/ou faire connaitre des positions fines mais médiatiques.

Une partie importante des échanges a aussi porté sur la place des minorités « ethniques » dans nos communautés et la différence dans les positionnements éthiques entre elles et le reste des communautés. Comment arriver à accepter l’herméneutique de l’autre et à entendre son positionnement éthique sans le juger ? Comment faire aux personnes issues de la migration toute leur place dans nos Églises ? Comment accompagner les jeunes malgré ces différences ?

Ce colloque a été un temps de partage très riche et l’occasion de discerner quelques perspectives pour la CEPPLE pour la période 2014-2018.

Claire Sixt Gateuille

lundi 22 septembre 2014

Sécularisation et identité


Je retranscris ici l'interview que Sabina Baral et Alberto Corsino ont fait avec moi le 26 août pour le site internet de l’Église vaudoise et le journal italien Riforma.Celui-ci a été publié en italien - cliquer ici pour le trouver en version originale - mais avait été mené en français, aussi l'ai-je parfois complété sur la base de l'enregistrement audio. Voici la première partie, la seconde viendra demain.

"Nous rencontrons la pasteure Claire Sixt-Gateuille qui, depuis un an, assure la charge de responsable des relations internationales de l’Église protestante unie de France. Avec elle, nous tentons/essayons de faire le point sur quelques questions qui concernent le débat œcuménique international mais aussi la vie culturelle et spirituelle de nos Églises.

Le 26 août 2014 à Torre Pellice (c) Riforma
SB : Selon vous, sommes-nous encore dans une phase de sécularisation ou nous trouvons-nous dans la post-sécularisation ? Y a-t-il aujourd’hui un renouveau dans la recherche de Dieu ou plus généralement un nouveau besoin de religion ? Les deux choses ne me paraissent pas équivalentes.

CSG : En Italie, on assiste encore à une sécularisation qui est une réaction à la présence très forte de l’Église catholique dans le passé. En France, nous nous trouvons clairement en situation de post-sécularisation, c’est-à-dire le moment où la plupart des gens n’ont plus de culture biblique et théologique, depuis parfois deux générations. Souvent, ce sont les grands-parents qui sont sortis de l’Église. Aujourd’hui, la première chose que les professeurs d’Arts demandent à leurs élèves de lire la Bible car elle reste fondamentale pour comprendre l’art et la culture. Même le fondamentalisme intégriste est une preuve de ce climat post-séculier : c’est une caricature de religion, une religion prêt-à-porter.

Aujourd’hui, les gens ont besoin de sens. Ils peuvent le trouver dans la religion, mais pas forcément. A mon avis, le besoin de religion relève plus d’un besoin de sécurité, d’être rassuré. Mais ce n’est vraiment pas la meilleure façon d’aborder la religion ; pour moi, l’approche de celle-ci doit commencer par la foi, sinon elle reste quelque chose d’extérieur, de « plaqué » sur la réalité des gens, pas quelque chose qui donne du sens. l’Église peut être une réponse au besoin de sens et de relations, en tant que communauté qui leur parle de Dieu, qui les aide à rencontrer Dieu, à commencer une relation avec lui. La Bible et le vocabulaire théologique sont aussi des propositions de sens qui peuvent parler aux personnes en recherche.

Il y a de vraies pathologies, des névroses de la foi : La lecture de la Bible et une prière libre devant Dieu permettent de se libérer des mauvaises compréhensions de Dieu qui viennent de nos projections ; pour cela, il y a un grand travail pastoral et de cure d’âme à faire par les Églises locales pour accompagner les gens.

SB : quand nous imaginons nos Églises de demain, leur structure et leurs stratégies, devons-nous tenir plus compte de leur histoire et de leur identité ou plus des personnes que nous voulons rejoindre par notre témoignage ?

prophète (c) CSG
CSG : les Églises ont leur identité, faite d’habitudes, de rites. Il y a diverses façons de louer Dieu et des diversités liturgiques, y compris d'une communauté locale à l'autre. Mais est-ce vraiment cela l’identité d’une Église ? Pour moi, l’identité se fonde sur le fait d’être une communauté constituée d’enfants de Dieu, qui se nourrissent de sa Parole. Si l’Église a une identité, celle-ci réside dans l’Evangile. Il s’agit avant tout d’avoir foi en Dieu plus qu’en nos propres habitudes. En Italie, vous avez le processus de « Essere Chiesa insieme », être Église ensemble, pour vous aider à cela avec les personnes issues de la migration.

Être confronté à l’autre avec sa différence, l’étranger ou celui qui a d’autres pratiques ecclésiales, est toujours insécurisant. C’est pour cela que j’insiste toujours sur la foi et la relation personnelle à Dieu qui permet de mettre notre confiance en Dieu et non pas dans nos habitudes. Ce n’est pas facile, mais cela nous aide à prendre de la distance, à comprendre pourquoi l’autre fait ou réagit ainsi, mais aussi pourquoi est-ce que nous-même(s), nous avons pris telle ou telle habitude. Cette démarche peut être très déstabilisante pour les communautés qui sont soudées par leurs habitudes, cela nécessite beaucoup de dialogue, au sein du conseil presbytéral et dans la communauté. Le pasteur ne peut pas accompagner cette démarche tout seul. Le conseil doit également être représentatif des différentes tendances, des différents de la communauté.

Le 26 août 2014, Torre Pellice (Italie)

samedi 17 mai 2014

Identité écossaise

Joueur de cornemuse (c) CSG
Durant la cérémonie d'ouverture, nous avons eu droit à un certain nombre de costumes écossais, qu'ils soient portés par les personnes entourant le prince Edward ou par les membres de l'assemblée. Nombreux parmi le conseil de l’Église d’Écosse portaient un pantalon en tartan vert et bleu avec un gilet et une verte bleu marine à trois boutons argentés (manches et devant), avec une bande de dentelle le long du col à gauche.
Un certain nombre de magasins présentent des vitrines indiquant qu'ils sont de "vrais magasins écossais" ou que tout ce qu'ils vendent est produit en Écosse (c'est plus facile quand on vend des kilts et des tenues traditionnelles que quand on vend de l'alimentation ou de la décoration...).

L'Église d’Écosse a monté une commission ad hoc pour travailler les conséquences qu'aurait l'indépendance sur son fonctionnement. Le rapport de cette commission, inclus dans le livre rassemblant les différents rapports synodaux :
- affirme que l'Eglise reste impartiale sur le sujet mais appelle ses paroisses et ses membres à s'informer pour aller voter et le faire en conscience.  
- affirme à la suite de l'assemblée générale de 2013 que quelque soit le futur régime politique, celui-ci doit continuer à reconnaitre le "Claim of Right", reconnaitre l'autorité de Dieu sur les êtres humains et le rôle de la religion en général et de l'Eglise d'Ecosse en particulier. 
- fait connaître une déclaration commune adoptée par les responsables religieux en Écosse qui affirme la nécessité du pluralisme religieux et la place des religions dans la vie publique. 

Dans un communiqué du 12 mai, le nouveau modérateur, Rev John Chalmers, a appelé les dirigeants des deux campagnes à participer à un service religieux de réconciliation le 21 septembre, 3 jours après le vote, quelque soit le résultat du référendum.

Claire Sixt Gateuille