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mercredi 3 juin 2015

Implantations d’Eglises, de la théorie à la pratique

arrivée sur les quais de Canary Wharf (c) CSG
Lundi après-midi, nous avons visité à Londres la Péniche St Pierre, implantée dans le quartier bancaire de Canary Wharf, qui dessert deux publics très différents : les employés des bureaux en semaine, pour des actions d’évangélisation, de ressourcement et de soutien au témoignage de ces personnes, pendant la pause de midi ; et les habitants du quartier, en pleine expansion, qui viennent le soir et le week-end pour des activités d’Eglise plus classiques, et en particulier à destination des mères avec de jeunes enfants, de l’autre.

Ensuite nous sommes allés à St Paul Shadwell rencontrer un jeune pasteur implanteur, qui a créé depuis un an, dans une Eglise en perte de vitesse à la culture très anglo-catholique, un nouveau type de culte le dimanche l’après-midi pour un public différent de celui du dimanche matin et des groupes de maison. Les deux « groupes » veillent à se rencontrer régulièrement et mais le ciment qui les lie est le travail social qu’ils mènent en commun. Un petit groupe venu d’une autre Eglise s’est engagé pour un an renouvelable à porter ce projet avec ses deux pasteurs. Le processus est en cours, le projet est assez souple pour s’adapter aux échecs (la cible des étudiants a été ratée cette année) et aux opportunités qui s’ouvrent (très bonne réponse aux cours alpha, qui s’adressent plutôt aux distancés de l’Eglise qu’à ceux qui ne les ont jamais fréquentées, alors que ce n'était pas le public visé de départ).

Nous avons fini la journée d’étude avec Ric Thorpe qui nous a présenté l’expérience de sa paroisse, St Paul Shadwell et surtout son travail pour faciliter les implantations d’Eglise, en particulier la dimension de « formation de formateurs », pour que les pasteurs apprennent à former des ministères locaux discernés en paroisse. Le plus dur, selon lui, est le moment où l’on doit lâcher prise, pour laisser faire les autres, même si dans un premier temps se sera moins bien fait que si l'on faisait nous-même.
"Prospect of Whitby" fondé en 1521 (c) CSG

Nous avons fini la soirée avec une bière et, au choix, un fish and chips ou une pie dans un pub, au bord de la tamise. La discussion de reprise de la journée a été passionnante et m’a encore une fois fait mesurer la chance que j’ai de faire partie de cette équipe (non seulement chacun des membres est doué dans son domaine et humainement, mais notre esprit d’équipe fait que nous sommes vraiment plus que la somme de nos individualités, et j'ose croire que le Saint-Esprit y est pour quelque chose).

Nous avons pointé 3 éléments-clés qui différencient le contexte anglais du nôtre : la taille de l’Église, le système épiscopal et la culture anglaise de présence des religions dans l’espace public. Ces trois éléments seront à prendre en compte si nous voulons adapter la logique de fresh expressions et d’implantations d’Églises en France.

Et une chose qui a été unanimement appréciée et que j’avais déjà remarqué avant lors de rencontres œcuméniques : la capacité des anglicans, en tout cas en Angleterre, à valoriser la tradition tout en en faisant quelque chose de toujours vivant. Ici, nous avons été marqués par le choix de construire à partir de l’existant d’une paroisse, sans vouloir faire table rase du passé, en commençant par faire raconter par ceux qui sont restés fidèles pourquoi ils sont là et l’histoire de leur paroisse, tout en se donnant une totale liberté de faire quelque chose de totalement nouveau à côté, mais en dialogue, dans un objectif d’enrichissement mutuel des deux logiques.

Bref, une vraie source d’inspiration, et la conscience que ce n'est que le début du chantier pour nous…
Claire Sixt Gateuille

mardi 2 juin 2015

Comment forme-t-on un planteur d’Eglises ? et pour faire quoi ?

(c) CSG
Ce matin, notre équipe nationale est partie à Londres découvrir des fresh expressions et des implantations d’Eglise mises en œuvre dans l’Eglise anglicane, dont certaines sont menées en partenariat avec la paroisse de Holy Trinity Brompton, connue en France pour avoir développé les cours Alpha.

Ce voyage a un petit côté voyage scolaire, mais je suis pleine de reconnaissance de le vivre, pour trois raisons principales :
- La première, c’est que ce temps mis à part renforce la cohésion de notre équipe. Nous sommes déjà très complémentaires, soudés et avons vraiment le sentiment d’être au service d’un même projet. Vivre cette expérience ensemble renforce encore notre unité et notre « vision » commune.
- La deuxième, c’est que prendre du recul – ici littéralement, puisque nous sommes à l’étranger, en dehors du lieu où nous sommes en responsabilité – ait toujours bienfaisant, et le faire en équipe nous donne un lieu d’analyse de notre pratique collective, nous aide à développer notre créativité, notre inventivité et notre intelligence collective.
- La troisième, c’est que toutes ces expériences que nous visitons sont de réelles sources d’inspiration dans notre volonté d’aider notre Eglise à devenir une Eglise de témoins. En termes de formation, de ministères, d’expérimentation, de structures, etc., nous apprenons beaucoup de choses, et même si nous ne pouvons pas simplement transposer ce que nous voyons là, nous sommes encouragés et inspirés par ce que nous découvrons.
Temps de culte à St Mellitus college (c) CSG

Nous sommes donc allés ce matin à St Mellitus College, lieu de formation de candidats au ministère ordonné, mais aussi d’animateurs jeunesse paroissiaux professionnels et d’autres étudiants en théologie. Ce lieu propose une formation en alternance sur 2 ou 3 ans, avec une pratique ecclésiale, souvent sur une implantation d’Eglise ou le développement d’une nouvelle forme d’Eglise à mi-temps et un mi-temps de formation théologique sous forme de cours académiques et de devoirs à rédiger. La formation est clairement orientée vers la théologie pratique, c’est-à-dire l’analyse théologique de la pratique du ministère et sa mise en perspective.
Ce lieu de formation, fondé à la suite du rapport « Mission Shaped Church » pour mettre en pratique, dès la formation des prêtres anglicans, les orientations proposées par ce rapport, est dirigé par Graham Tomlin. En 8 ans, il est devenu le lieu qui forme le plus de candidats au ministère en Angleterre, preuve que ce type de formule – en alternance – répond à une attente forte de la part des candidats au ministère. Une phrase de Graham m’a marquée « la principale chose qu’il nous faut faire passer pendant la formation, c’est l’espérance, pour l’Eglise, pour la foi et pour le monde ».

L'équipe nationale (avec moi qui prend la photo) à Canary Wharf
Nous avons ensuite rencontré Debbie Clinton, qui est responsable du projet « Capital vision 2020 », qui fixe des objectifs quantifiables de croissance pour le diocèse de Londres. Ce projet est venu des attentes exprimées par les paroisses elles-mêmes, il s’articule autour de trois axes : la confiance (redonner confiance, être plus assurés pour témoigner), la compassion (être présents auprès des gens dans leur vie) et la créativité (renforcement de la jeunesse, implantation d’Église, développement de la présence dans le domaine des loisirs). Des outils pratiques ont été créés pour aider les paroisses à s’approprier un ou plusieurs des 10 objectifs du projet et à s’impliquer dedans. L’idée est aussi d’aider les paroisses à changer leur logique, leur mode de pensée, de s’ouvrir à la nouveauté de Dieu.

Cette première partie de notre séjour a été importante pour poser le cadre et expliquer la dynamique qui entourent les projets d’implantation et de fresh expressions. Ce ne sont pas des initiatives isolées, même si elles sont portées localement, mais des éléments d’une vision globale de l’Église et de sa participation à la mission de Dieu.

Claire Sixt Gateuille