vendredi 18 septembre 2015

"Un western à l'Italienne ?"

A Turin, le 22 juin 2015
C'est le titre que le journal protestant italien Riforma a donné à un article sur la lettre que le synode vaudois a adressé au Pape en réponse à sa demande, faite le 22 juin dans le temple de Turin, de pardonner l’Église catholique romaine pour les persécutions envers les vaudois dans les siècles passés.

Dans son discours, le Pape évoquait également l'importance de la collaboration interconfessionnelle, du chemin de communion qui était parcouru en maintes endroits entre membres de l’Église catholique et membres de l’Église vaudoise.

Sa façon d'évoquer l'unité fait écho au concept œcuménique de diversité réconciliée, lorsqu'il dit "L’unité qui est le fruit de l’Esprit saint ne signifie pas uniformité. En effet, les frères sont rassemblés par une même origine, mais ils ne sont pas identiques entre eux. Cela est bien clair dans le Nouveau Testament où tous ceux qui partageaient la même foi en Jésus-Christ étant appelés frères, on a cependant l’intuition que toutes les communautés chrétiennes auxquelles ils appartenaient n’avaient pas le même style, ni une organisation interne identique." Il finit en évoquant l'importance de regarder d'abord ce que nos avons en commun (la foi en Christ et en l'Esprit-Saint) avant les différences, et en traçant des priorités pour la collaboration entre Églises : l'évangélisation, le service (aux plus pauvres, fragiles ou souffrants, et aux migrants).

Dans la lettre du synode vaudois, dont vous pouvez trouver la traduction sur le site de l'EPUdF, celui-ci affirme :
-  qu'il accueille la demande de pardon du Pape, 
- que seules les victimes, et Dieu, peuvent pardonner, mais que l'Eglise vaudoise a toute confiance en la miséricorde et la grâce de Dieu, qui fait toutes choses nouvelles.
-  que toutes les Églises ont besoin du pardon de Dieu et de se convertir pour accomplir sa volonté
- l'importance d'initier une histoire nouvelle de relations entre protestants et catholiques, pour que celles-ci ne soient plus marquées par la division, mais l'écoute mutuelle et la réconciliation. Au passage, la lettre explicite la diversité réconciliée.

Certains médias italiens ont reçu cette lettre comme un refus de pardon. Or l'impossibilité de pardonner se retrouve dans toutes les situations de ce genre (Shoah, etc.). Ce n'est pas un refus puisque la démarche est accueillie et la miséricorde de Dieu évoquée. Et la perspective d'avenir qu'ouvre cette démarche est clairement mise en valeur.

Plus largement, l'évocation de l'écriture d'une histoire nouvelle me semble faire écho à la démarche du document Du Conflit à la communion, qui propose des pistes pour une lecture commune de l'histoire des 500 ans de la Réforme, afin que ces conflits ne mènent pas à des historiographies confessionnelles divergentes et qui perpétueraient ces conflits. Pour faire simple, l'idée est d'essayer de comprendre le point de vue de l'autre, pour ne pas reproduire aujourd'hui l'idée qu'il y a un gentil (forcément de notre bord) et un méchant (forcément de l'autre)... 

Bref, ne pas rejouer aujourd'hui des conflits passés, prendre conscience des schémas de pensées qui imprègnent notre façon de raconter l'histoire pour les confronter à celles des autres, et ne pas transmettre aux générations futures un récit partial, une interprétation marquée par le rejet de l'autre. Et dire que l'Eglise vaudoise ne peut pas pardonner à la place des victimes des persécutions, c'est refuser de s'identifier directement à elles, donc refuser d'entrer dans cette lecture biaisée de l'histoire...

Claire Sixt Gateuille

vendredi 4 septembre 2015

Repenser la pauvreté



Vous avez peut-être entendu parler d’Esther Duflo. Esther Duflo est une jeune femme française, issue d'une famille protestante, qui enseigne l’économie au Massachussetts Institute of Technology et conseille le président Obama. Elle a été repérée assez tôt dans ses études et est aujourd’hui reconnue mondialement, en particulier parce qu'elle a amorcé un mouvement visant à changer la façon de penser l’aide au développement. Rien que ça !

Pourtant, son action sur le terrain peut sembler « toute bête » : elle a fondé un laboratoire d’économie et avec ses collaborateurs (dont son compagnon Abhijit Banerjee), elle est allée faire des expérimentations sur le terrain pour savoir si, par exemple, le prix des moustiquaires en Afrique influait sur leur utilisation sur le terrain, ou pourquoi les indiens vivant avec moins de 1 dollar par jour ne fréquentaient pas plus souvent les centres de santé publique gratuits. Elle ne se contentait pas des anecdotes qui émaillent les discours économiques et prétendent au statut de preuve ; elle a mené des études détaillées, à la fois quantitatives et qualitatives[1], pour voir quelles pratiques amélioraient l’efficacité de l’action financée par les aides au développement.

Son intuition principale est que tant les défenseurs de l’aide au développement que ses détracteurs adoptaient une position ou l’autre en fonction de prérequis implicites ou de « spéculations à grande échelle » et non de la réalité de terrain. Personne ne s’intéressait à « comment pensent les pauvres », chacun partant du principe que quelqu’un qui vit avec 1 dollar par jour (hors logement) devait penser de la même façon que soi-même… Or Esther Duflo a fait le choix de travailler à partir de faits et de questions concrètes, et ses études montrent précisément que ce n’est pas le cas, et donnent, dans un certain nombre d’exemples précis (alimentation, santé, éducation, fécondité, institutions, etc.), des éléments pour une meilleure compréhension de la logique propre des pauvres dans un contexte donné. Bien sûr, son approche révèle une situation bien plus compliquée et nuancée que ceux qui affirment que l’aide au développement sauvera le monde de la pauvreté et ceux qui affirment qu’elle fait plus de mal que de bien. Je vous invite à lire le livre Repenser la pauvreté, à la fois très accessible et très intéressant, et accessoirement disponible en poche (collection Points essais chez Seuil).

En quoi la démarche d’Esther Duflo est-elle révolutionnaire ? Elle s’est intéressée aux gens. D'habitude, seule la microéconomie s'intéresse aux gens, pas la macroéconomie. Elle ne s'est pas intéressée à la conjoncture du marché, ni aux variations de flux, non, aux gens…Et c'est ça qui change tout. Pour Esther Duflo, qui reprend la définition d’Amartya Sen , « la pauvreté ne correspond pas simplement à un manque d’argent, elle signifie aussi ne pas avoir la “capacité” de réaliser entièrement son potentiel d’être humain. ». D'où l'importance de passer de la lutte contre la pauvreté qui ne met en jeu que de l'argent, au renforcement des capacités, qui implique de prendre en compte toute la personne (pas seulement son pouvoir d'achat), et que l'on trouve de plus en plus, que ce soit chez les ONG ou dans la mission.

Dans la mission, on parle de plus en plus d'approche holistique, pour parler de l'importance de prendre en compte toute la personne, dans toutes ses dimensions, y compris dans ses appartenances à des groupes, à une communauté, dans sa langue et sa culture, dans son système de croyances et de valeurs, dans ses interactions avec ceux qui l'entourent, dans sa vie quotidienne, etc. Le mot "holistique", que j'ai souvent entendu au Conseil œcuménique des Églises et à la Cevaa, est construit sur le grec "holos", entier, qui signifie "du particulier à l'ensemble". Avant que je ne réfléchisse sur ce terme, il renvoyait pour moi plutôt à une approche où l'attention glissait de l'individu à son environnement, où la personne n'était plus qu'un élément parmi d'autres. Conjugué avec la mondialisation, l'individu se retrouvait soit défini par ses appartenances et ses déterminismes, soit perdu dans une compréhension globale du monde...

Or dans mes lectures et dans mes échanges, je m'aperçois que l'approche holistique est en fait une approche hautement contextualisée. Car elle part de la personne. Elle prend en compte ce qui fait "le tout" de cette personne, pas le tout du monde entier... même si conceptuellement, en suivant les maillons de la chaine, on finit par faire le tour de la terre. Mais ce qui importe, ce n'est pas le concept (la mondialisation), mais la réalité dans laquelle vit la personne (et qui conditionne son expérience, donc en partie sa compréhension du monde). Ce qui importe, c'est la place de la personne dans son environnement. Ce qui importe, c'est le point de départ...

Cette approche holistique met en cause l'approche "technicienne" qui prétend isoler et traiter les problèmes les uns après les autres (une maladie d'un côté, un problème d'argent de l'autre, par exemple), mais finit par "découper l'humain en tranches" que l'on aurait plus qu'à glisser sous différents microscopes, ici différentes disciplines. Et cette approche holistique est essentielle, car comme le montre Esther Duflo, s'intéresser uniquement à l'argent, ou au manque d'argent, des pauvres ne permet pas de trouver des solutions durables et pertinentes à la pauvreté.

Christine Schliesser, dans un article intitulé "On a Long Neglected Player: The Religious Factor in Poverty Alleviation" paru dans la revue Exchange (tome 43, année 2014), souligne que beaucoup d'africains vivant avec moins d'un euro par jour et par personne ne s'estiment pas pauvres. Dans leur système de valeurs, la pauvreté est une combinaison de trois facteurs : la perte de la dignité humaine, la perte d'identité et la perte d'appartenance à une communauté ou un réseau qui mène à l'isolement. Aussi, tant qu'ils sont insérés dans un système traditionnel de soutien mutuel, ils ne s'estiment pas pauvres. Ce que nous désignons comme leur pauvreté n'est pour eux qu'une situation transitoire, ils ont l'espoir de s'en sortir grâce à la solidarité interne à la communauté. Par contre, les orphelins des rues sont l'exemple même de la pauvreté, combinant appauvrissement matériel, perte du spirituel et des liens familiaux.

Elle pointe le lien essentiel que jouent les Églises en Afrique dans la lutte contre la pauvreté, y compris les Églises de prospérité, tant critiquées ici pour leurs dérives et l'enrichissement inconsidéré de leurs pasteurs. Les Eglises ont en effet la capacité de toucher bien plus de personnes que les ONG, et elles prennent en compte "tout l'homme", ses dimensions spirituelle, matérielle et familiale, ce qui fait d'elles un agent de changement plus efficace que les ONG "séculières", qui n'arrivent pas à travailler sur la motivation des gens (la foi redonne confiance, l'idée que "Dieu libère" combat l'afro-pessimisme et la peur de l'avenir, et l'idée que "Dieu a un projet pour toi" incite la personne à se prendre en main, à oser se lancer dans l'entrepreneuriat).

Christine Schliesser n'oublie pas de mentionner les critiques qui touchent les Églises de prospérité, critiques justifiées, mais elle montre aussi que les trois piliers de ces Églises (libération des démons, guérison et libération de la pauvreté) résonnent avec des éléments que l'on retrouve dans les religions africaines traditionnelles (croyance dans les esprits, pratiques de délivrance et de guérison, croyance que les biens sont fait pour être partagés, pour le bien-être de toute la communauté et non pour l'accroissement des richesses individuelles) et fonctionnent comme un levier qui déclenche le changement, au niveau individuel et local.

Elle conclut son article sur la nécessité de développer une approche "holistique-contextuelle" de la lutte contre la pauvreté, caractérisée par la prise en compte des deux aspects suivants : une conception contextualisée de la pauvreté, et la prise en compte du facteur religieux dans la lutte contre la pauvreté, un facteur trop longtemps négligé.

Claire Sixt Gateuille

[1] selon la méthode des « évaluations randomisées » ou « essais aléatoires » (on teste sur des groupes semblables des options différents, on voit laquelle est la plus efficace et on essaie de comprendre quelle logique amène les gens à plus bénéficier de l'aide qui leur est proposée).

jeudi 27 août 2015

Contextualisation ou inculturation ?

Il y en a qui partent loin pendant les vacances, histoire de se dépayser, de "changer d'air" complètement, parfois même de partir à l'aventure. Pour moi, les vacances, c'est plutôt retour aux sources, bain de famille et repos total... sauf pour mes mains, jamais très loin d'une paire d'aiguilles ou d'un bouquin. Ce qui n'empêche pas certaines réflexions de se poursuivre tranquillement, grâce à quelques lectures et au temps laissé libre à l'esprit pour vagabonder. Parmi les thèmes qui me travaillent autant que je les travaille, celui du rapport entre Évangile et culture.

J'ai fureté dans un livre intéressant (quoiqu'un peu disparate) dirigé par Jean Comby : Diffusion et acculturation du Christianisme (XIXe-XXe siècle), paru chez Karthala en 2005. Cet ouvrage regroupe des contributions données dans divers colloques du CREDIC entre 1979 et 1997 (en savoir plus sur le CREDIC ici). La partie qui m'a le plus intéressée est la troisième : "mutations et déplacement des missions aux Églises", à partir de la p.505.

L'article "inculturation et changement socio-culturel, Un débat qui n'est pas clos", de V. Neckebrouck, retrace le débat, côté catholique, entre ceux qui imaginent l'évangélisation des peuples non-occidentaux comme une occidentalisation inéluctable et ceux qui la voient comme une "indigénisation du christianisme". Vatican II a clairement prôné l'ouverture à l'inculturation par la distinction entre les "vérités de la foi" et la façon dont elles sont exprimées (Gaudium et Spes) et l'encouragement au dialogue en conférences épiscopales (régionales-continentales) dans ce processus d'inculturation. Si le principe est posé, la question se pose toujours de "comment faire ?" avec la question subsidiaire : comment être fidèle à la fois à la tradition et à la modernité ?

Marc Spindler évoque lui "l'évolution de la pensée missionnaire protestante (1948-1982)", en particulier le tournant vers une mission "de partout vers partout" et partagée par tous, pas seulement des "spécialistes".

Ensuite, "Le rôle des missions chrétiennes dans la formation des identités nationales" est abordé côté catholique par Claude Prudhomme et côté protestant par Jean-François Zorn. L'un et l'autre abordent les rapports entre missions et colonisation, faits suivant les lieux et les personnes de connivence, d'opportunité ou de tensions, voire d'oppositions, puis des rapports entre missions et construction nationale à l'heure des indépendances. Le point de vue catholique s'arrête dans les années soixante avec le travail de l’Église catholique, en particulier en Afrique pour former des cadres capables de participer à la construction nationale et de l'infléchir pour qu'elle soit fondée sur des principes chrétiens. Le point de vue protestant insiste sur la préoccupation de la sauvegarde de l'identité nationale, en tout cas au XXe siècle, avec l'importance donnée à l'école puis à la formation en général, pour former des cadres capables de combiner culture locale et message de l’Évangile. Dans la deuxième partie du siècle, l'idée de contextualisation prend le relais, pour que le message de l’Évangile soit accessibles à tous et pas seulement aux élites formées. De même, les ambitions se réduisent : non plus créer des "nations chrétiennes" mais des Églises locales dont l'action soit un témoignage en actes, dont le rôle prophétique soit incarné dans des pratiques diaconales innovantes, et dans la responsabilité politique individuelle de ses membres lorsque nécessaire. 

Les articles "contextualisation" et "inculturation" du Dictionnaire oecuménique de missiologie édité par l'AFOM (Association francophone oecuménique de missiologie) chez Cerf, Labor et Fides et Clé sont également très intéressants à mettre en résonance. On y voit que ces deux notions se placent sur la même ellipse dont les deux centres, en tension féconde, sont l'incarnation et la transcendance. Et suivant le positionnement sur l'ellipse, on insistera plutôt sur l'une ou sur l'autre. Les deux démarches insistent sur l'importance d'ancrer, ou au moins de faire résonner le donné biblique et la foi chrétienne dans la vie et l'expérience concrète des gens, et les deux évoquent en même temps le risque de "domestiquer" Dieu et la Bible au point d'en faire des justifications à nos comportements au lieu de se mettre à leur écoute fidèle.

La contextualisation, notion plutôt protestante, marquée par Barth, insistera plus sur la dimension critique des écritures vis-à-vis de nos vies et de nos systèmes. L'inculturation, notion plutôt catholique, marquée par l'idéal éducatif de certains ordres monastiques (dont les Jésuites), insistera plus sur l'ancrage de l’Évangile dans la vie concrète et la compréhension de soi et du monde. Formulé de façon plus concrète, la problématique de ces deux démarches est la suivante : comment rendre le texte biblique et le témoignage des chrétiens assez proches culturellement et assez concrets pour qu’ils parlent aux gens, tout en les gardant assez « autre », assez étranges et assez « étrangers » pour qu’ils gardent leur force d’interpellation, de questionnement, qu’ils continuent à remettre en cause les préjugés, les réflexes culturels et les « on a toujours fait comme ça » qui peuvent être des contre-témoignages.

(c) Peter Williams pour le COE
La contextualisation n'est pas une démarche qui ne concernerait que les "jeunes Églises". Nous en avons bien besoin en Europe aussi. Mais ce qui rend la contextualisation difficile, c’est que pour être menée sérieusement, elle nécessite une approche de plus en plus personnalisée à mesure que le pluralisme progresse. Car ce qui est une forme de témoignage dans mon histoire de vie personnelle peut ne pas être pertinent du tout pour mon voisin. Et m’oblige donc à l’écouter d’abord avant de parler… peut-être même à me taire si je m’aperçois que mes propos pourraient retentir comme un jugement contre lui…Et lui présenter, en une autre occasion, une personne de foi dont l'expérience sera plus proche de la sienne que la mienne.

Le post-modernisme amène à accepter qu’une « culture » donnée est en fait une multitude de sous-cultures qui se croisent, dialoguent entre elles, dans la société et même dans la vie des gens, qui peuvent appartenir à plusieurs groupes portés par des logiques, des narrations, des compréhensions de la vie, une praxis, une histoire et un rapport au monde très différents… et que leur propre expérience les amènera suivant les moments à privilégier les uns ou les autres.

On ne peut plus proposer une culture « intégrée » dans laquelle message de l’Évangile et pratique chrétienne serait proposés comme un blog uniforme, cohérent, une logique dans laquelle il faudrait décider d’entrer en une « conversion » évidente (le changement d’une compréhension de la vie cohérente à une autre, différente mais tout aussi cohérente). Cette proposition peut être pertinente pour certains, mais pas pour la majorité des gens.

Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faille plus proposer la foi chrétienne comme une offre de vie « intégrée » qui cherche la cohérence entre ce que l’on croit, ce que l’on pense, ce que l’on fait et ce que l’on est ; simplement, cette intégration ne sera plus le fait d’un groupe en tant que tel, mais de l’individu, en dialogue avec les autres individus qui l’entourent. La personne n’est pas laissée seule dans ce processus, à moins qu’elle choisisse volontairement de ne pas dialoguer avec d’autres sur autre chose que la pluie et le beau temps... mais ses instances de dialogue en vue de l’élaboration de cohérence seront multiples, et le processus toujours à recommencer. Il en résulte un inconfort (la cohérence de notre vie n'est pas évidente, elle n'est pas forcément "logique"), mais aussi une grande force (souvent ancrée dans la confiance en Dieu qui nous donne notre cohérence ultime, elle est aussi basée sur des convictions et une compréhension de la vie qui correspondent vraiment à notre expérience personnelle, et elle peut évoluer avec nous).

Claire Sixt Gateuille

jeudi 20 août 2015

Je te loue...

Paris Climat 2015 se rapproche, et le nombre d'initiatives et la mobilisation médiatique grandissent. 
L'encyclique du Pape sur la sauvegarde de la création est parue en juin. On peut le trouver en ligne, pour ceux qui lisent sur écran (ici) ou l'acheter pour une somme modique en librairie (c'est moins cher que d'en imprimer les 206 pages...).

Ce texte long, riche et très argumenté, rencontre un accueil positif chez ceux qui s'intéressent à ce thème et ont le courage de le lire en entier (voir par exemple, la présentation de Mireille Boissonnat à lire ici), même si certains y voient une théologie des œuvres toujours prégnante et un manque d'espérance qui risque de perpétuer notre paralysie face au drame qui se joue (Peter Ciaccio, en italien, ici).

Je partage avec vous la prière finale :

Prière chrétienne avec la création

Nous te louons, Père, avec toutes tes créatures,
qui sont sorties de ta main puissante.
Elles sont tiennes, et sont remplies de ta présence
comme de ta tendresse.
Loué sois-tu.
Fils de Dieu, Jésus,
toutes choses ont été créées par toi.
Tu t’es formé dans le sein maternel de Marie,
tu as fait partie de cette terre,
et tu as regardé ce monde avec des yeux humains.
Aujourd’hui tu es vivant en chaque créature
avec ta gloire de ressuscité.
Loué sois-tu.
Esprit-Saint, qui par ta lumière
orientes ce monde vers l’amour du Père
et accompagnes le gémissement de la création,
tu vis aussi dans nos cœurs
pour nous inciter au bien.
Loué sois-tu.
Ô Dieu, Un et Trine,
communauté sublime d’amour infini,
apprends-nous à te contempler
dans la beauté de l’univers,
où tout nous parle de toi.
Éveille notre louange et notre gratitude
pour chaque être que tu as créé.
Donne-nous la grâce
de nous sentir intimement unis à tout ce qui existe.
Dieu d’amour, montre-nous
notre place dans ce monde
comme instruments de ton affection
pour tous les êtres de cette terre,
parce qu’aucun n’est oublié de toi.
Illumine les détenteurs du pouvoir et de l’argent
pour qu’ils se gardent du péché de l’indifférence,
aiment le bien commun, promeuvent les faibles,
et prennent soin de ce monde que nous habitons.
Les pauvres et la terre implorent :
Seigneur, saisis-nous
par ta puissance et ta lumière
pour protéger toute vie,
pour préparer un avenir meilleur,
pour que vienne
ton Règne de justice, de paix, d’amour et de beauté.
Loué sois-tu.
Amen

Par ailleurs, se préparent à Saint-Étienne les assises chrétiennes de l'écologie, du 28 au 30 août, avec un programme aussi foisonnant que passionnant. Le groupe Climat de la Fédération protestante de France y sera représenté. 

On gagnera aussi à lire aussi, dans un autre registre, le témoignage à la fois personnel et très fourni philosophiquement et théologiquement de Martin Kopp, "Décroissant parce que chrétien", ici.

Et à s'abonner à la newsletter spécial COP 21 de la FPF pour découvrir de nombreuses ressources disponibles (ici)...

Je présenterai le livre "Les changements Climatiques" co-écrit avec Martin Kopp, Jacques Varet, Otto Schaeffer et Vincent Wahl, dans l'émission Présence protestante sur France 2, le dimanche 6 septembre de 10h à 10h30 (présentation du livre en 3 mn vers la fin de l'émission). 

Je vous le dis, on n'a pas fini d'entendre parler du Climat !

Claire Sixt Gateuille

samedi 1 août 2015

Vous, qui dites-vous que je suis ?

Dans moins d’un an maintenant, le Grand Kiff réunira les jeunes de notre Eglise et d’Eglise-sœurs du côté de St Malo. Le thème est Et vous, qui dites-vous que je suis ? Je vous propose ici un premier billet en forme de méditation sur ce thème. D’autres devraient suivre…

"Et vous, qui dites-vous que je suis ?" Ça c’est une question qu’elle est bonne !
 
Jésus est sorti de Jérusalem, de Judée, il est avec ses disciples près de Césarée de Philippe : Césarée de Philippe est un lieu « mixte » on dirait aujourd’hui multiculturel, habité par des juifs, des romains, des gens d’autres peuples présents dans la région. Une vraie mosaïque de cultures, qui doivent vivre ensemble même si leurs modes de vie ne sont pas toujours faciles à concilier…Là, la parole est plus libre, moins contrôlée qu’en territoire judéen, où la fidélité à Dieu et à la tradition est vue comme passant par la préservation d’une forme de « pureté » qui limite le plus possible le contact avec les autres peuples, décrits comme païens. Là, on peut discuter de « qui est Jésus ? » sans risquer d’attirer l’attention des gardiens de la loi et des prêtres… 

projections
Jésus commence par collecter les différentes images que l’on projette sur lui : qui dit-on qu’il est ? On dit qu’il est un prophète, ancien ou récent, « revenu » ou « ressuscité »… D’où viennent ces images ? De la tradition religieuse ; ce sont des figures d’autorité, des gens qui ont parlé et agi au nom de Dieu. Bref, on reconnait son aura spirituelle, le fait que Dieu l’ait choisi pour parler en son nom. En tout cas, ce sont les retours positifs que les disciples rapportent à Jésus, ils se gardent bien de faire remonter les critiques…

Question
Puis vient la question centrale : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Et la réponse de Pierre : tu es le messie, le Christ, bref, celui que l’on attend non seulement pour parler au nom de Dieu et appeler les êtres humains à changer, mais pour changer les choses, même celles contre lesquelles nous ne pouvons rien, pour ouvrir de nouvelles perspectives là où tout semble bloqué, pour redonner une espérance (Je vous conseille de relire certaines prophéties du livre d’Esaïe, en particulier à partir du chapitre 42, ou le chapitre 37 d’Ezéchiel).
A cette affirmation de foi, Jésus répond par une obligation de silence, et l’annonce de sa mort et de sa résurrection… Pas facile d’être disciple !

Cette question centrale de Jésus renvoie à trois dimensions :
-    Une articulation entre ancien et nouveau, entre tradition et interprétation, entre ce que « on » dit, et une parole personnelle
-    Un appel à l’interprétation
-    L’affirmation d’une identité ouverte, relationnelle et suspendue

Puiser dans la tradition
Ce que les disciples peuvent dire de Jésus, ce que nous pouvons dire de Jésus, s'inscrit dans une histoire, dans une langue, dans un univers de pensée particulier. Les gens utilisent les concepts et les références de leur culture, les images de leur pratique religieuse, les figures de leur histoire pour décrire Jésus. Ils ne peuvent faire autrement, ils ne peuvent que puiser dans cet héritage pour trouver les mots pour parler de Jésus. Les gens, les disciples, nous ne pouvons faire autrement. Même une expression nouvelle fera référence à l'ancien, sinon elle ne serait pas comprise, elle ne serait opérante que pour celui ou celle qu'il l'utiliserait. Pierre parle du Messie, dont parlent aussi les prophètes. Et Pierre, qui formule une parole vraiment personnelle, presque un cri du cœur, le fait en empruntant des mots déjà utilisés par d'autres... il se les approprie, il les réinvente en quelque sorte en les faisant totalement siens.

Proposer une interprétation 
Jésus interroge ses disciples sur son identité, non pour ensuite leur donner la bonne réponse, mais parce qu'il faut bien dire quelque chose de lui, même s'il dépassera toujours tout ce qu'on pourrait dire à son propos. C'est vrai de tout être humain. Nous sommes toujours au-delà des étiquettes que l'on nous colle ou de ce que les autres savent de nous... Nous sommes même au delà de ce que nous savons de nous, parfois confrontés à notre propre mystère.

Il faut bien dire quelque chose de Jésus, oser une interprétation, oser un énoncé, proposer une réponse. Celle-ci sera toujours provisoire et imparfaite, toujours marquée par le sceau de notre culture et de notre histoire personnelle. Jésus nous pose une question et nous appelle à devenir témoins, à devenir acteurs de la réponse que nous élaborons, tout en la sachant imparfaite. Et parfois le langage que nous pourrons utiliser pour parler de Jésus ou pour dire Dieu dépassera le langage explicite, écrit ou oral, passera par l'art, la musique ou le graphisme, la couleur ou la forme.... évoquera sans chercher à figer.

Identité ouverte
Jésus ne donne pas de réponse, sauf si l'on considère que la croix et la résurrection sont la réponse... Pour ma part, je crois que c'est un élément essentiel de la réponse, mais pas le tout de la réponse ni même son point final, et qu'une part de l'identité de Jésus, le Christ, nous échappe toujours. Jésus propose à ses disciples une question ouverte, et le relationnel qu'il a avec eux les aide à formuler une réponse, ou tout du moins une esquisse de réponse.

Le philosophe Paul Ricoeur nous rappelle (dans son livre Soi-même comme un autre) qu'une identité ne se construit pas principalement sur des certitudes, qui peuvent toujours être remises en cause, mais sur l'affirmation de soi et "l'attestation", l'assurance de pouvoir demeurer soi-même en toute circonstances. Cette attestation se nourrit du témoignage des autres et elle est basée sur la confiance (en soi et en ses proches, ceux qui témoignent de ce que l'on est). Elle se nourrit également de ce que les autres attendent de nous, des promesses que nous leur avons faites ou celles qu'ils ont décelées en nous (des capacités encore inexploitées, des dons encore en germination, etc.). 

Dans le cas de Jésus, le témoignage est important dans sa vie, pour contribuer à sa notoriété et corriger les fausses rumeurs à son propos, mais Jésus ne cherche pas d'abord à se faire connaître. Il cherche à former ses disciples, à renforcer en eux cette capacité à témoigner, à attester de Jésus, pour que les promesses, l'espérance et la confiance qu'il porte en lui continuent à se déployer dans le monde après sa mort, sa résurrection et son ascension.

L'identité de Jésus est aussi suspendue, suspendue par la consigne de silence, suspendue dans l'attente de la passion et de la résurrection. Car une des clefs d'interprétation manque encore, qui ne sera donnée qu'à la fin des évangiles....

Claire Sixt Gateuille 

Textes bibliques : Mt 16.13-20, Mc 8. 27-30, Lc 9.18-22

jeudi 16 juillet 2015

Et si on remettait tout à plat ?

La devise de la réflexion sur la révision globale de l'UCC
C'est en tout cas la question que l’Église unie du Canada (UCC pour United Church of Canada) s'est posée pour faire face à la baisse de ses finances, mais aussi au constat que ses structures actuelles n'étaient plus adaptées à certaines réalités de l’Église. En 2012, le Conseil général (l'équivalent de notre synode national, mais qui n'a lieu que tous les 3 ans) a créé un groupe de travail, qui a auditionné de nombreuses Églises locales et initiatives nouvelles, a étudié la vision et la situation de l'UCC, a consulté les consistoires aux étapes intermédiaires de sa réflexion et a émis en mars dernier des recommandations, qui seront mises au vote au prochain Conseil général qui commence le 8 août prochain.

Je n'ai jamais visité cette Église-sœur, mais je lis avec intérêt la revue œcuménique francophone "Aujourd'hui Credo" qu'elle édite, et particulièrement les articles liés à cette "révision globale" dans laquelle l'UCC c'est engagée. Ne la connaissant pas bien, je ne tenterai pas ici une analyse de la nouvelle structure proposée en remplacement de l'ancienne, de ses avantages ou inconvénients, d'autant plus que je ne lis dans cette revue que le(s) point(s) de vue francophone(s), alors que l'UCC est majoritairement anglophone.

Ce qui m'intéresse, ce sont les questions de fond et les priorités qui émergent des recommandations (on peut trouver les documents ici, sur le site de l’Église unie du Canada). Une grande partie du document "recommandations" (qui fait 3 pages) porte sur la restructuration, mais il ne commence pas par cet aspect, et cela me semble essentiel. Le document commence par deux choses : une affirmation de confiance et un appel au discernement. 

Une affirmation de confiance
Le document commence par "Nous croyons que Dieu....". Il ne s'agit pas d'abord de changer des structures, mais de chercher la volonté de Dieu pour cette Église, dans son contexte. Cela permet d'envisager la restructuration sous un autre œil : non pas la fatalité de la réduction budgétaire, mais une plus grande souplesse, une structure plus légère qui permette plus d'innovation, une nouvelle liberté d'entreprendre.

L'idée est de se débarrasser des lourdeurs administratives, pas de toute administration ! Comme le dit Cathy Hamilton, membre du groupe de travail sur la révision globale : "Ce qu'il faut, c'est moins de contrôle, moins de supervision, moins de structures et plus de soutien. Tout le monde est d'accord que les communautés de foi sont les mieux placées pour faire la mission de Dieu dans leur voisinage, elles savent ce qu'elles doivent faire. Il faut donc leur donner plus de liberté et de souplesse." Et cette perspective est soutenue par la première recommandation, intitulée "Discerner l'Esprit".

Discerner l'Esprit
L'appel au discernement se fait de plusieurs manières :
- le discernement de Dieu à l’œuvre dans les évolutions qui touchent les Églises aujourd'hui. La modification du paysage ecclésial peut alors cesser d'être vu comme un échec des croyants, mais comme une opportunité de changement (j'ai entendu dire un jour qu'il n'y avait que deux choses qui permettaient de changer en profondeur : le désir et la contrainte), une chance que Dieu nous offre.
- le discernement des délégués par rapport aux recommandations proposées, qui seront soumises au vote lors du prochain Conseil général.
- le discernement des Églises locales pour qu'elles entendent l'appel de Dieu dans leur réalité locale. Cela peut être un appel à mettre de nouveaux ministères en œuvre, à essayer de nouvelles choses ou à alléger la structure pour ne pas passer son temps et son énergie à l'entretenir (bâtiments, organisation, activités, etc.). En gros, donner la priorité non à l'existant, mais à ce que Dieu leur faire émerger de nouveau et à la proclamation de l’Évangile.
- le discernement n'est pas que spirituel, il a aussi des conséquences très pratiques. C'est pour assumer ces conséquences qu'il est proposé d'investir chaque année à hauteur de 10% du fond Mission et service (qui couvre les mêmes missions que nos titres A+D : formation [laïcs et ministres], soutien aux ministères [idem], gouvernance, mission à l'international, engagement dans la société) pour la transformation et la création de ministères (nous dirions "de nouvelles formes d’Église", les ministères laïcs étant très souvent mentionnés dans les documents du groupe de travail, et le terme "ministère" étant utilisé plus souplement que dans l'EPUdF, où il désigne d'ordinaire les ministres du culte : pasteurs, aumôniers, etc.).

Permettre la représentation de l'informel dans le structurel
Jusqu'à présent, seules les paroisses structurées de manière traditionnelle (conseil de paroisse, pasteur, bâtiments, etc.) étaient représentées dans les instances consistoriales et nationales. Dans la nouvelle proposition, on ne parle plus de paroisses, mais de "communautés de foi". Ce qui veut dire qu'un groupe moins structuré mais se réunissant régulièrement (type "fresh expression" ou groupe de maison dans les lieux non desservis par des formes traditionnelles d’Église) pourra être représenté aux niveaux supérieurs, y compris lors du Conseil général (// synode national dans l'EPUdF). C'est une façon de faire entrer l’Église émergente et les nouvelles formes d’Église dans le processus de représentation et donc la synodalité de l’Église. Si cette disposition est adoptée et adaptée au Québec, il sera intéressant pour nous de voir comme elle marche et éventuellement nous en inspirer...

Un autre aspect du renforcement de l'informel est l'accent mis sur le travail en réseaux, par thèmes et par intérêts, en complément du réseau de proximité. Ce travail en réseaux ne serait pas (forcément) porté par les régions et serait plutôt un lieu de partage, d'innovations et de stimulation qu'une instance décisionnelle.

Les enjeux du multilinguisme
Le point de vue du Consistoire du Laurentien (francophone) était assez négatif à l'automne sur les premiers éléments sur lesquels il a été consulté. Certains changements ont été apportés depuis, mais il me semble que la grande question est celle de la représentation du courant francophone (ultraminoritaire dans l’Église), puisque les Églises francophones sont peu nombreuses et que la remise en cause du niveau consistorial risque de les pénaliser. D'autant que les communautés autochtones sont, elles, explicitement mentionnées dans le document qui insiste sur l'importance du travail fait avec elles.

On peut aussi voir dans cette résistance une peur d'y perdre en solidarité : les ministères en français ont besoin d'un soutien financier, et la révision pourrait apporter la baisse de ce soutien, car les communautés les plus petites n'ayant plus les moyens de payer leur pasteur seront invitées à s'organiser autrement pour se maintenir sans pasteur. Mais Cathy Hamilton rappelle que les paroisses francophones sont aussi des lieux d'innovation, des lieux où la transition se fait, et donc des lieux qui pourraient être soutenus par le fond Mission et service.

Mais il me semble que les tensions viennent en partie d'une question culturelle. La culture française (et en bonne partie la culture francophone) donne beaucoup d'importance aux concepts, aux structures et au contrôle collégial. Le mot "communauté" n'y résonne donc pas de la même façon qu'en contexte anglophone, qui lui base plus sa vie collective sur l'initiative individuelle, les affinités et les opportunités, la mentalité étant plus "pragmatique". Ce n'est pas pour rien qu'il est si difficile de traduire en français le terme "leadership" par exemple, comme il est difficile de traduire en anglais le terme "direction"... Or le projet présenté mise sur l'initiative individuelle et l'émergence de "leaders". Le canada francophone aura donc à faire le même effort de traduction culturelle que celui que nous sommes en train de faire en réfléchissant sur l'adaptation des fresh expressions en contexte français...

En tout cas, c'est une entreprise courageuse, nécessaire et nous pouvons en appeler à l'Esprit pour qu'il guide les délégués au Conseil général cet été lors des débats et des décisions et ensuite, les communautés pour la mise en œuvre des changements adoptés (idées de prière : ici).

Post-scriptum
Pendant que je parle de l’Église unie du Canada, je vous invite à faire un petit tour sur leur site pour y découvrir leur campagne Décolonisez vos achats, qui appelle les membres de l’Église à ne pas acheter de produits fabriqués dans les colonies de peuplement en Israël/Palestine et à en parler autour d'eux. Ils proposent aussi un argumentaire en vidéos.

Claire Sixt Gateuille

lundi 6 juillet 2015

Connaissez-vous Jan Hus ?

(c) BNF (site gallica.bnf.fr)
Traduire la Bible et prêcher dans la langue du peuple, combattre les indulgences, prêcher la réforme de l’Église et la séparation du spirituel et du temporel. Vous pensez que ces principes sont ceux de Martin Luther ? C'était déjà ceux de Jean Hus, "réformateur avant la Réforme", brûlé vif le 6 juillet 1415, soit il y a précisément 600 ans. 

Dans une époque troublée, qui voyait la papauté se diviser entre Rome et Avignon, et les prétendants au trône du saint empire romain germanique rivaliser de manœuvres politiques, Jan Hus, d'origine modeste devenu prédicateur à la chapelle de Bethléem à Prague, où la prédication se faisait en langue tchèque, puis recteur de l'université de Prague, n'hésita pas à défier autorités temporelles et ecclésiastiques au nom de sa lecture des saintes écritures.

Il avait étudié les écrits de John Wyclif (1331-1384), et adhérait aux souhaits de celui-ci de réorganiser l’Église et d'améliorer la moralité de ses serviteurs. Il critiquait en particulier l'accumulation de richesses par certains prélats. Il cherchait à faire de la Bible la source du comportement moral des gens (et non l'enseignement de l’Église), aussi voulait-il qu'elle fut accessible en langue du peuple, à tous.

L'opposition entre Jan Hus et l'Archevêque de Prague puis sa condamnation des indulgences papales aboutit à ce que Prague soit placée "sous interdit" (aucun sacrement ne pouvait y être pratiqué). Hus s'exila alors "à la campagne", où il prêcha et écrit beaucoup, en particulier son traité De ecclesia qui reprend ses principaux enseignements.

Il décida de se rendre au concile de Constance en 1414. On le somma de se rétracter, ce qu'il refusa. Il fut condamné pour hérésie et brûlé en le 6 juillet 1415. Sa mort provoqua une révolte en Tchéquie et son enseignement donna naissance à un mouvement dont sont issues l’Église hussite et l’Église évangélique des frères tchèques.

Jan Hus est aujourd'hui devenu une figure nationale en République tchèque, symbole de la souveraineté nationale et de la résistance aux puissances étrangères qui voudraient s'ingérer dans les affaires du pays. Mais au delà de cet aspect politique, son combat spirituel est peu mis en valeur dans un pays dont la population de non-croyants est l'une des plus importantes d'Europe (46% des personnes se déclarent non-croyantes). 

Aujourd'hui, Église Hussite et Église évangélique des Frères tchèques sont rassemblés à Prague pour commémorer ce martyre qui eut lieu il y a 600 ans.

Célébrations œcuméniques, musique, expositions, conférences historiques et théologiques, réceptions sont au programme, et pour les invités étrangers, un peu de tourisme (visite de la ville).

Claire Sixt Gateuille