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mardi 15 mars 2016

Ensemble vers la vie - publié et commenté

Le dernier texte du Conseil œcuménique des Eglises (COE) sur la mission, préparé par la commission Mission et évangélisation du COE et présenté à Busan en 2013, a été enfin publié en français, aux éditions Olivétan, au mois de janvier. J'avais déjà présenté, en juin 2014, les grandes lignes de ce texte et mes premières réactions à sa lecture sur ce blog.

En ce mois de janvier, sort également le numéro 70 de la revue Perspectives Missionnaires, qui présente ce même texte et son intérêt pour notre contexte. Ce dossier, que j'ai préparé en collaboration avec Jane Stranz, commence avec deux traductions d'articles parus en anglais dans l'International Review of Mission en avril 2014. Il se poursuit par deux articles présentant la réception de ce texte par deux français, l'un catholique, l'autre protestant (en l’occurrence, moi-même). 

Si vous le lisez, vous vous apercevrez que mon regard sur ce texte a évolué, d'une impression d'étrangeté et de densité difficile à appréhender malgré ma curiosité à un intérêt certain pour ce foisonnement qui "m'aide à construire une vision unifiée de ce qu'est la mission et des interactions entre les différents domaines qu'elle couvre" (PM p.27-28). Je dégage en particulier dans cet article ce qui me semble être les trois axes majeurs de ce texte : 
- la mission est d'abord une question spirituelle
- la vie est un tout
- la mission, comme toute activité humaine, est toujours à convertir, pour être irriguée par l'Esprit, pour être vécue dans l'humilité et laisser les rênes à Dieu. Sinon, elle redevient un enjeu de pouvoir, avec ses centres de pouvoir et ses personnes rejetées aux marges.

je vous encourage vraiment à lire ce texte Ensemble vers la vie en groupes, à plusieurs, pour voir comment il résonne avec les expériences de vie et les lectures du monde et de la mission des uns et des autres.

Petite précision : on peut désormais acheter PM au Numéro et plus seulement sur abonnement ; et découvrir cette revue sur le portail Regards protestants.

Claire Sixt Gateuille

mercredi 6 janvier 2016

Avent, Noël, et après ?

Une crèche d'Artisanat Sel
Petite réflexion en ce jour de l'Epiphanie... 
J'aime la période de l'Avent, l'attente, la symbolique de la lumière, les textes de promesse tirés d'Esaïe, la chaleur de ces temps partagés dans le culte ou autour de bredele ou d'un vin chaud. J'aime les chants de Noël, dont j'ai réalisé qu'ils agissaient comme une madeleine de Proust à travers les générations, la douceur du récit de l’Évangile de Luc, la simplicité des bergers et de nos assemblées réunies autour de la bonne nouvelle, la chaleur et le plaisir d'être ensemble dont j'ai la chance de bénéficier en famille (je sais que ce n'est pas le cas de toutes les familles...).

L'Avent dure 1 mois. Pour Marie, il a duré bien plus, 9 mois. Notre avent d'un mois est finalement assez masculin, les hommes réalisant souvent seulement au dernier mois de grossesse ce qui va vraiment leur arriver d'ici peu... Mais si l'Avent durait 9 mois chaque année, il n'y aurait plus beaucoup de place pour les autres temps liturgiques ! 

Noël dure une journée. Souvent même un peu plus, parce qu'on ne peut pas être avec tous en même temps, et que donc les réjouissances s'étalent sur plusieurs jours. Et spirituellement, la naissance de Jésus, ce temps extraordinaire, où le ciel et la terre s'embrassent, où l'inimaginable vient nous rencontrer, où Dieu se fait homme, cette naissance a besoin de quelques jours pour que nous en prenions la mesure. Comme une jeune mère a bien besoin de ses quelques jours à la maternité pour prendre des repères et commencer à connaître son enfant. 

Puis vient l'après. Que faisons-nous de ce Jésus tout juste né ? Le remmaillotons-nous pour le ranger avec la crèche jusqu'à l'année prochaine ? Ou apprenons-nous à le connaître, à entrer dans ce mystère plus grand que nous qu'est l'incarnation ? J'aimerais dire "est-ce que nous réalisons la force, la portée de l'incarnation ?", mais pour réaliser, il faut faire rentrer cette idée, ce symbole, cet impensable, dans une structure mentale, dans une conception du monde, dans une compréhension. Or cela risque de limiter l'incarnation, de la rationaliser, de l'enclore dans ce que l'on peut en comprendre...

Carte de Noël de l’Église protestante en Allemagne (EKD)
L'incarnation garde toujours une dimension qui dépasse notre compréhension. L'incarnation, c'est Dieu qui vient rencontrer le fini et devenir chair en lui. C'est Dieu qui vient rencontrer notre monde, rencontrer notre humanité et l'endosser, l'assumer, affirmer qu'elle ne s'oppose pas au divin mais le sert, qu'elle n'est pas d'abord désobéissance mais germe, qu'elle est vie avant d'être mort, avant d'être poussière et vie en étant poussière... Après Noël vient le temps d'apprivoiser la présence de Dieu dans le monde; dans nos vies, et de se laisser apprivoiser par lui.

Pour les jeunes mères, ce temps de transition des premiers mois est souvent un temps de fragilité, de bousculement intérieur et de doutes, tout autant qu'un temps d'émerveillement et de prise de conscience. Dans les premières semaines après la naissance de ma fille, je dois avouer avoir eu plus d'une fois peur de moi-même, de ma "toute-puissance" face à ce nouveau-né qui me demandait tellement et dépendait tellement de moi... Ce fut le temps de prendre conscience de ma responsabilité... Un temps, aussi, où l'on se sent traversée de forces contradictoires, parfois prise dans des tempêtes intérieures, toujours poussée par ce don de la vie qui vient de nous traverser, désormais consciente de la fragilité de cette vie. Un temps où les gestes les plus simples prennent de l'importance : manger, dormir, se laver (pour le bébé comme pour nous) ; un temps où nous réalisons l'importance de notre corps alors que nous avons souvent tendance le reste du temps à l'oublier ou le traiter comme un accessoire. Un temps où le quotidien revêt une densité nouvelle, est habité de façon nouvelle, prend une valeur nouvelle.

Nous avons toujours tendance à sortir trop vite de Noël. Après l'épiphanie, c'est plié. Dans les paroisses, se profile déjà la semaine de l'unité, dans nos vies la reprise d'un quotidien souvent éreintant, dans nos cœurs, déjà, se dessine la demande de trouver plus de temps pour se ressourcer spirituellement, pour prendre du recul par rapport au flot de nos vies. Nous oublions vite que l'incarnation continue dans tous ces moments et que Dieu vient faire du quotidien un lieu de rencontre et d'apprentissage, le lieu de sa présence dans nos cœurs et nos vies... Nous oublions souvent que Dieu n'est pas à la marge mais au cœur de nos vies, nous qui passons souvent à côté de ce cœur.

Claire Sixt Gateuille

mercredi 9 décembre 2015

Cheminer - partie 3

(c) http://blog.zebible.com/
Le texte de Mt 22.34-40 est une des dernières polémiques avec les maîtres de la loi, l’Évangile de Matthieu entrera ensuite dans les discours préparatoires à la passion du Christ. Ce texte, qui donne le résumé de la Loi selon Jésus, les deux piliers pour vivre sa foi, est pour moi une perle de grande valeur, une « lampe qui éclaire mes pas, une lumière sur ma route » dirait le psaume 119.105.

Et dire que la question posée était un piège tendu par les pharisiens… la réponse que Jésus y apporte en fait une question essentielle, quasi existentielle : à quoi sommes-nous appelés dans la vie ? A aimer Dieu et notre prochain. Jésus résume en deux phrases le chemin pour faire la volonté de Dieu. Il en donne l’esprit, la dynamique, la tension, même, tension entre ces deux pôles que sont l’intériorité et l’attention à l’autre. C’est cette tension, une tension féconde, qui crée la dynamique de la foi chrétienne, qui nous relance chaque fois que nous nous appuyons trop sur l’un ou l’autre des pôles. Dans cette dynamique se trouve un chemin de vie, individuel et communautaire.

Pour cheminer ensemble, au long cours, il faut un but, une vision, une direction commune. Les disciples cheminaient pour connaître Jésus, son message, voir comment il allait accomplir les prophéties… Jésus leur a enseigné tout au long du chemin des bases, une attitude à avoir, des « commandements » à suivre, selon l’esprit plus que selon la lettre. Il leur a donné aussi une vision de ce qu’est le « Royaume des cieux », cette réalité qui s’est approchée de nous et vers laquelle tendre, cette réalité qui vient nous travailler pour nous nourrir et nous pousser de l’avant, pour nous rendre un peu utopistes parfois, pour nous permettre d’adopter une attitude de serviteurs dans un monde qui cherche à soumettre. 

Plus tard,à la fin de l’Évangile, Mt 28.16-20 rouvre les perspectives que la croix avait semblé fermer, et les rouvre en grand ! La mission n’est plus réservée à Jésus, elle est confiée aux disciples, et elle n’est plus réservée à Israël mais destinée à toutes les nations…Jésus donne alors une vision - assez générale - de ce à quoi l’Église est appelée : Aller. Rencontrer, proclamer l’Évangile et apprendre ensemble à être disciples. Aller largement, en dépassant nos propres frontières, géographiques et celles que nous érigeons pour nous protéger illusoirement. Jésus donnera aussi aux disciples l’Esprit, pour poursuivre ce travail de discernement de sa volonté pour nos vies, pour nous rendre capable d’avoir une vision pour nous-même et pour notre Église dans son action dans le monde.

(c) http://blog.zebible.com/
Cette vision du Royaume des cieux, c’est une vision eschatologique dans le sens le plus fort du terme : non pas comme quelque chose pour la fin des temps, mais une vision qui vient interpeller aujourd'hui, questionner notre réalité et nous faire réagir, sortir de notre apathie. La vision du Royaume des cieux questionne notre monde, le remet en cause, nous remet en cause ; elle pointe nos infidélités, les infidélités à la volonté de Dieu que sont toutes les injustices que des hommes et des femmes font subir à d'autres, et dont nous sommes témoins sans réagir. Mais elle ne fait pas que nous remettre en cause, elle nous offre des possibilités, elle trace un chemin, elle offre une multitude de visions possibles pour l’Église de notre temps. Une multitude de possibilité pour entrer dans la mission de Dieu, la mission que Dieu accomplit, aujourd’hui encore, en faveur de la vie.

Claire Sixt Gateuille

mardi 23 septembre 2014

L'éthique et la résistance

Seconde partie de l'interview réalisée par Sabina Baral et Alberto Corsino le 26 août à Torre Pellice, lors du synode de l'Église vaudoise. 

"SB : Le COE dépense beaucoup d’énergie à favoriser l’unité dans la différence pour répondre à sa vocation. Quelles bases devrait avoir cette volonté commune ?

La tempête apaisée, Vitrail (extrait) (c) CSG
CSG : J’ai en ce moment du mal à comprendre la position du COE. Cela ne veut pas dire que je sois critique. Le COE est constamment sur une ligne de crête entre d’un côté le risque de n’être plus qu’une ONG chrétienne parmi d’autres et de l’autre celui de n’être qu’une communauté d’Eglises en tant que structures. Pour l’instant, je trouve qu’il a tendance à pencher du premier côté. Ce qu’il m’interroge beaucoup, c’est l’idée du « pèlerinage vers la justice et la paix ». Cela fait 30 ans qu’on parle de ces thématiques ; je ne dis pas que cela ne rentre pas dans le champ des Églises, mais il des questions comme celle de la sécularisation et de la reconfiguration du religieux me semblent aujourd’hui prioritaires.

Concernant l’engagement pour les droits humains, il faut garder comme fondement ce que le COE appelle le « combat pour la vie », c’est-à-dire les droits fondamentaux qui garantissent la possibilité pour toutes et tous de vivre. Cela est essentiel ; cette universalité-là doit être maintenue. Le problème, ce qu’en ce moment en Europe, nous avons à faire avec une culture de la consommation et la publicité qui poussent les gens à revendiquer de nouveaux droits pour tout et n’importe quoi. On utilise le langage du droit comme une façon d’affirmer une sorte de garantie inaliénable. Pour moi, ceci est une preuve que les personnes ne se sentent pas libres. Au contraire, la foi libère, elle aide à ne pas avoir tout le temps à réclamer face à la société tel ou tel droit dans lequel on s’affirmerait.

SB : Les Eglises en Europe sont souvent sollicitées pour s’exprimer sur les questions éthiques, de la bioéthique à l’évolution de la famille, avec le risque d’un côté de tomber dans l’aspect technique et de l’autre de se voir relégués dans un coin, comme si ces sujets ne concernaient au mieux que la vie privée des individus. Comment devraient réagir les Eglises ?

CSG : L’éthique semble être en premier lieu une question de spécialistes. Mais cette insistance sur l’éthique est un artifice. Les média et la politique sollicitent les Eglises pour qu’elles se prononcent sur les thèmes de la bioéthique ou de l’euthanasie, mais c’est une façon de les reléguer dans un coin comme si la foi et la religion étaient seulement une affaire privée : les média et la politique ne s’intéressent pas à ce qui est fondamental pour nous : l’Evangile. Au contraire, la foi, et Jésus-Christ, nous parlent de la vie, de la vie en général et pas seulement de la conception et des 3 premiers mois de grossesse et de la fin de vie. Les Eglises ont pour tâche d’annoncer l’Evangile du début à la fin de la vie.

SB : alors, dans quels domaines de notre vie les Églises peuvent-elle annoncer l'Evangile de façon spécifique ?

CSG : Les Églises doivent continuer à faire entendre leur voix dans trois domaines :
Cloitre, St Pierre-le-vieux, Strasbourg (c) CSG
1. La croix et la résurrection, en affirmant la grâce inconditionnelle, remettent en question l’idéologie du succès, qui appelle chacun à se réaliser soi-même mais laisse dans le fossé tous ceux qui ne réussissent pas ; il est toujours plus difficile par exemple d’accepter que des enfants puissent naître avec un handicap. Nous devons au contraire affirmer que tout le monde a non seulement le droit de vivre, mais le droit d’être reconnu comme quelqu’un qui apporte quelque chose à la société de vivre et pas comme un poids. Toutes les personnes sont enfants de Dieu et elles peuvent toutes être témoins de son amour.  

2. La croix et la résurrection remettent en question la logique de consommation, qui se traduit par la création de nouveaux « besoins » basés sur des pulsions (« je veux », « j’ai envie ») et d’une nouvelle culpabilité (« tu n’es pas à la hauteur mais tu peux te racheter en consommant »). Or contre la culpabilité, la foi affirme le pardon. Donc avoir une relation à Dieu permet de tenir à distance ces besoins induits et ces pulsions et de faire un chemin vers la modération, un chemin qu’on dirait théologiquement « de sanctification ».

3. La croix et la résurrection remettent en cause la culture médiatique, basée sur l’immédiateté et la recherche d’une gloire éphémère, qui s’obtient en passant à la TV quelques minutes. Pour nous, « A Dieu seul soit la gloire », Dieu nous appelle à la fidélité et donc à s’inscrire dans le long terme. Cela demande du temps, on n’en voit pas tout de suite le résultat, mais cela en vaut la peine : il s’agit de participer à l’œuvre de création de Dieu qui continue dans notre monde.
Voilà les trois lieux où il faut continuer à avoir un discours public de résistance. Notre seul outil de résistance est notre témoignage, un témoignage personnel, en paroles et en actes, qui se nourrit d’une lecture de la Bible à la fois personnelle et communautaire.

C’est dans cette perspective de témoignage que nous avons créé l’Église protestante unie de France (de l’union des Églises luthérienne et réformée de France). Notre Église essaie d’être une Église de témoins. Ce n’est pas avec le nombre que nous sommes que nous arriverons à changer la logique des médias, mais nous pourrons commencer à changer la culture des personnes qui nous entourent, la façon d’être (car notre identité est en Dieu) en témoignant de la paix que Christ nous donne."

26 aout 2014, Torre Pellice

vendredi 27 juin 2014

"Ensemble vers la vie" : quelques réactions

J'ai résumé dans le poste précédent le dernier document sur la mission du COE, ou en tout cas la lecture que j'en fais, voici maintenant quelques commentaires personnels :


(c) Joanna Linden-Montes pour le COE
J'ai déjà dit que je n'étais pas très à l'aise avec l'approche holistique, parce qu'elle donne l'impression que tout est dans tout et réciproquement. Mais je sais aussi que c'est ma culture d'européenne un peu intello sur les bords qui entraine cette réticence. Je sais que l'intérêt de cette approche est d'aller au delà des cloisonnements et des classifications qui enferment, pour envisager la mission de façon globale et non simpliste. Cette approche donne toute sa place à la souveraineté de Dieu, puisque lui seul peut faire la synthèse de ce qu'est la Missio Dei, cette dynamique qui nous précède et nous survivra, dans laquelle nous sommes invités à entrer. Elle affirme aussi que la mission doit être vue comme concernant toutes les dimensions de la vie, puisque l’action de Dieu ne se limite pas à notre spiritualité ou notre quête de sens ou notre pratique religieuse, ou même nos relations…

Je sais aussi que mon contexte de réformée française influence aussi beaucoup ma lecture : une approche holistique de la mission comme Missio Dei affirme l’action de Dieu dans le monde en dehors de la participation humaine. Or les réformés (en tout cas en France) ont usé beaucoup d'énergie à dénoncer une approche magique de Dieu, ils ont fini par répandre le soupçon y compris sur la dimension « mystérieuse » de l’action de Dieu dans le monde, celle que l’on ne peut expliquer rationnellement… et en sont parfois arrivés à limiter Dieu aux manifestations intérieures de l’Esprit Saint. Il me faut aujourd'hui réentendre cette affirmation sans plaquer tout de suite dessus ce réflexe de soupçon...

(c) Joanna Linden-Montes pour le COE
Ce texte a à mon avis une grosse faiblesse : tout le texte s'articule autour de l'idée de "la plénitude de vie", or le concept de "vie" n'est jamais défini... Le texte pose par exemple comme critère de discernement de la mission de Dieu : « Nous discernons l’Esprit de Dieu partout où la vie est affirmée dans sa plénitude et dans toutes ses dimensions ». Le problème de cette formulation, c’est que le concept de « vie » n’est jamais défini. Or nous savons que suivant notre conception de ce qu’est la vie, nous pouvons être, par exemple, totalement en faveur de l’avortement, ou totalement opposé (la première position défend la vie de la mère, une vie relationnelle, affective, psychique, qui serait trop déstabilisée par l’arrivée d’un enfant non désiré, la deuxième défend la vie de l’enfant, vie affirmée dès la première minute de la conception dans une approche plus ontologique). Qu’est-ce donc qu’une « vie affirmée dans sa plénitude et dans toutes ses dimensions » ? Y a-t-il des critères universels ou cette plénitude de vie dépend-elle du contexte ? et si oui, de quel contexte (sociétal, communautaire, personnel ?). On le voit, pour moi ce texte nous interpelle, nous invite à sortir de nos schémas mentaux, mais pour aller vers où ? A mon avis, la discussion ne fait que commencer !

(c) Peter Williams pour le COE
Cela dit, j’ai noté quelques idées qui me parlent vraiment dans ce texte. Certaines sont justes évoquées, de manière fulgurante, d’autres sont développées. Je les cite rapidement :
- l’idée de faire rentrer l’écologie et l’éco-justice dans la mission. Sur le principe, j’y adhère. Cela dit, la justification de cela est que le projet de salut n’est pas seulement pour l’humanité mais pour toute la création. Cela est pour moi très étrange. Je pense que cette idée vient de l’orthodoxie, et je peux la comprendre. Savoir si je peux me l’approprier pour ma propre spiritualité est une autre question… en tout cas, c’est une idée avec laquelle j’ai envie de cheminer. 
- Dans la suite de ce que je disais plus haut sur la Missio Dei, j’ai beaucoup aimé l’affirmation que la mission n’est pas quelque chose que nous faisons pour d’autres, mais quelque chose auquel « les humains peuvent participer, en communion avec l’ensemble de la création », point 22. Cela nous invite à sortir d’une logique du faire. Nous et nos « programmes missionnaires », nos « financements sur programme », nous avons à entendre cela !
- J’ai apprécié l’idée que « la spiritualité de la mission est toujours transformatrice » (point 30), qui affirme que la spiritualité est essentielle dans la mission, comme temps/lieu de disponibilité à se laisser changer…Et le texte va plus loin en affirmant que « Esprit de Dieu est souvent subversif ».
(c) Joanna Linden-Montes pour le COE
- Un dernier point qui me semble essentiel est celui de la mission depuis la périphérie, en anglais Mission from the margins, qui se couple avec l'idée d'humilité souvent affirmée dans le texte. Nous ne "maîtrisons" pas la mission, parce qu'elle est mission de Dieu. Nous y participons, avec ce que l'Esprit nous donne de discerner, mais nous sommes toujours marqués par notre contexte, notre formation, nos schémas mentaux, etc. Seules l'humilité et l'inspiration du Saint Esprit, l'écoute et l'attention aux autres et à la création, peuvent nous permettre de remettre en cause ce qui nous semble évident en termes de fonctionnement et de structures, mais qui en fait fonctionnent de façon oppressante ou excluante pour les personnes qui sont en marges (de la société, de l'Eglise, de la communauté, etc.).

En bref, un texte très riche, très interpellant, très dense. Un texte avec lequel cheminer, sur lequel discuter, échanger, partager. Un texte qui nous invite à entrer en dialogue avec d'autres, en somme. Et à entrer dans ce flot qui nous dépasse qu'est la mission. Y êtes-vous prêts ? 
Claire Sixt Gateuille