Affichage des articles dont le libellé est disciples. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est disciples. Afficher tous les articles

mardi 5 avril 2016

Déclarations de foi d'Eglises-soeurs

En ce moment, l’Église protestante unie travaille sur un projet de déclaration de foi, dans le cadre de son processus synodal : les paroisses travaillent actuellement la première proposition, elle doivent faire remonter d'ici le mois de juillet leurs commentaires au niveau régional. Puis les synodes régionaux débattront sur la proposition ainsi que les commentaires et propositions de modification remontées des Églises locales, au mois de novembre. Les résultats des débats régionaux seront synthétisés au niveau national en vue du travail du synode national en mai 2017, travail qui devrait aboutir à l'adoption de la version définitive de notre déclaration de foi. 

D'autres Églises-sœurs ont déjà adopté des déclarations de foi ces dernières années. D'autres encore se contentent des confessions de foi datant des Pères de l’Église et de la Réforme. Si vous êtes intéressés par les déclarations de foi adoptées ces dernières années, vous trouverez ci-dessous les liens (en cliquant sur les noms des Églises) directs vers certaines d'entre elles : 
- Église d’Écosse (en anglais) : Cette déclaration de foi, adoptée en 1992, garde une forme très classique, mais adopte un vocabulaire plutôt actualisé. 
- Église unie du Christ (USA, en anglais) : cette déclaration de foi de 1959 a été réécrite dans une version modernisée et dans une version liturgique en 1981. 
- l'Église du Christ (Église des Disciples) (USA, en anglais) : cette déclaration de foi est le préambule du "dessein de l’Église", sorte de discipline (document présentant l'ecclésiologie - c'est à dire l'auto-compréhension - et l'organisation de cette Église).
- Église Unie du Canada : Cette église a plusieurs déclarations de foi : la première date de 1940 et est assez classique (c'est à dire plutôt destinée à un usage dogmatique, la 2ème, de 1968 est plutôt liturgique ; et la dernière, de 2006, plutôt narrative (on dirait un poème épique...).
- Église évangélique au Maroc : Cette Église a choisi d'adopter en 2011 une déclaration de foi clairement ecclésiologique ; tout en gardant une structure classique, elle insiste sur l'identité de l’Église et l'action de Dieu en son sein.

Les différentes déclarations de foi de l’Église unie du Canada montrent bien les trois fonctions d'une confession ou d'une déclaration de foi : dogmatique, liturgique, narrative (c'est à dire positionnant ceux qui la prononcent, individuellement et collectivement, dans une histoire de la révélation, de la manifestation de Dieu dans le monde et dans l'événement du salut).

D'ici un ou deux mois devrait sortir, dans la revue Evangile et Liberté, un article où je présente pourquoi telle ou telle Église a choisi ou non d'adopter une déclaration de foi. 

Claire Sixt Gateuille

mercredi 25 novembre 2015

Cheminer - partie 1

(c) F Dermaut, "Carnets de St Jacques de Compostelle"
Ces deux derniers week-end, j'ai assuré l'aumônerie de deux synodes régionaux. Je leur ai proposé de cheminer pendant 3 jours avec les textes de l'Evangile de Matthieu. Je partagerai ici dans les jours et semaines à venir des extraits de ce cheminement sur les routes matthéennes. En voici la première partie :

L’Évangile de Matthieu est traversé de chemins : le chemin des disciples à la suite de Jésus, mais aussi le chemin qui fait passer de l’ancienne alliance à la nouvelle, le chemin de Jésus vers la croix et celui des disciples vers la Galilée après la résurrection. Il se finit par l’envoi à marcher, à aller… faire des disciples dans le monde entier.

Le verbe grec poreuomai, qui signifie marcher, aller, se retrouve 30 fois dans l’Évangile de Matthieu (seul Luc le bat avec 50 occurrences) et le verbe peripateô qui signifie marcher autour, circuler, s’y trouve 7 fois. Pourtant, à première vue, Matthieu est plutôt l’évangéliste « conservateur », celui qui veut garder la centralité de la loi, celui qui n’est pas prêt à abandonner la tradition juive, on dirait aujourd’hui celui qui semble le moins prêt à bouger… Mais ce n’est qu’une première impression. Car s’il garde la tradition, il la réinterprète complètement de l’intérieur, il lui donne une autre finalité, et il affirme que le salut se fait désormais par d’autres moyens ceux de l’ancienne alliance. Il veut accompagner les judéo-chrétiens sur la voie du changement, dans un changement de perspective, et tout cela prend du temps, du temps pour les accompagner dans le changement, sur ce chemin nouveau. Matthieu fait donc cheminer ses lecteurs tout comme Jésus chemine et fait cheminer ses disciples.

C’est en marchant que Jésus repère les premiers disciples, c’est toujours en marchant qu’il va former leur communauté, les enseigner, créer un vécu commun et une vision commune. En chemin, il va les dérouter, déplacer leur façon de voir son ministère, remettre en cause leurs certitudes ; il va surtout leur faire expérimenter que la foi est en chemin, qu’elle n’est ni figée ni construite une fois pour toute, mais qu’elle chemine avec le temps et les rencontres…

Le texte de Mt 4.18-22 se situe à l'aube du chemin de Jésus (et à l’aube de ce synode) et raconte l’appel des premiers disciples. D’ailleurs, le texte ne les appelle pas encore « disciples », cela viendra avec l’enseignement qu’ils recevront en chemin ; mais pour l’instant, nous sommes face à des hommes, à qui Jésus demande de le suivre, de l’accompagner, de se mettre à sa suite… l’étymologie du verbe grec utilisé ici (akoloutheô) évoque à la fois une voie et un guide à suivre. Lorsque Jésus appelle ses disciples, il leur propose de marcher avec lui.

Pour connaître Dieu, pour le rencontrer vraiment, intimement, il faut marcher avec lui. C’est ce qu’il propose à Abraham, aux Hébreux dans le désert, aux disciples par Jésus ; c’est ce qu’il nous propose toujours à nouveau, à nous individuellement et collectivement, en Église. La vie d’Église est une forme de « pèlerinage », un cheminement au long cours dont l’important n’est pas tant le but, même s’il est essentiel parce qu’il donne la vision et la direction, mais bien le chemin, car là se joue l’expérience de la foi, celle qui nous travaille, celle qui creuse en nous un espace pour accueillir le Christ ressuscité au milieu de nous.
Claire Sixt Gateuille

jeudi 26 février 2015

Face aux miracles, ou l'apprentissage du pluralisme

« Le soir, après le coucher du soleil, les gens amènent à Jésus tous les malades et tous ceux qui ont des esprits mauvais. » Marc 1.32

Vous connaissez l’histoire de l’éléphant et des six aveugles ?
6 aveugles vont voir un éléphant. L’un touche le flanc et se dit : « Les éléphants ressemblent à un mur » ; le deuxième touche une défense et s’exclame « Les éléphants sont comme des lances ! » ; la trompe de l’éléphant se pose sur l’épaule du troisième qui affirme : « l’éléphant est comme un serpent ! » ; le quatrième touche une patte et en conclut qu’un éléphant s’apparente à un arbre ; le cinquième se retrouve à côté de l’oreille et en déduit que les éléphants sont tout simplement des éventails… le sixième touche la queue et dit aux autres qu’un éléphant est semblable à une corde. Ils se disputent longuement, chacun défendant sa vision de l’éléphant.
(c) Bervely Joubert, site du National Geographic
Ce qui m’a toujours frappé chez les aveugles de ce conte indien, c’est qu’ils ne cherchent pas à aller plus loin que leur première impression ! Après avoir constaté leur désaccord, ils auraient pu essayer de s’approcher plus de l’éléphant, l’explorer plus, découvrir ses différentes facettes, se mettre à la place des autres pour comprendre pourquoi ils affirment ce qu’ils affirment. Mais non, ils en restent à leur première impression et discutent longuement, non seulement sans jamais se mettre d’accord mais sans jamais chercher à comprendre l’autre…

Jésus, dans notre texte de l’Evangile, se retrouve lui aussi dans la situation de l’éléphant : les gens de Capernaüm s’aperçoivent qu’il pratique des guérisons, qu’il libère les malades de leur mal, et aussitôt, ils ne veulent plus savoir de lui que cela… Les dons de guérisseurs dont il témoigne, et qui ne sont qu’un signe de l’autorité que Dieu lui a donnée, deviennent vite sa « carte de visite », la base de sa notoriété, et finissent par le définir au lieu de rester un signe d’autre chose de plus grand. Il doit alors s’en libérer en partant de Capernaüm pour se rendre dans les autres villages de la Galilée.

l'Evangile libère
La libération par l’Evangile, dont témoignent ces textes de guérison, est comme cet éléphant que chacun voit d’une manière différente. Mon expérience de foi, les barrières que le Christ a fait tomber en moi ne sont pas les mêmes que les tiennes ; et la blessure qu’il a guérie chez moi n’est pas la même que la tienne. Si nous témoignions de la libération que Jésus a accomplie dans nos vies, chacun de nous aurait un récit différent, tellement différent parfois que nous serions comme ces aveugles qui n’arrivent pas à s’accorder sur ce qu’est un éléphant…

Ce texte de Marc 1 est un appel à abandonner toute approche magique ou « utilitariste » des miracles, de la foi ou de Jésus. Jésus fuit ceux qui réclament toujours plus de miracles ! Et pourtant, il guérit les malades… Cela pourrait sembler paradoxal. D’un autre côté, la Bible avec tous ses récits de miracle nous appelle à ne pas les « évacuer », comme l’ont fait un peu trop vite les philosophes des lumières. Car ils sont signe que Dieu intervient vraiment, pas seulement dans une sorte d’auto-persuasion, mais dans une interruption du quotidien (que les grecs appelaient Kairos), d’une façon qui peut réellement changer la vie. Les miracles sont le signe que Dieu peut ouvrir les horizons qui nous semblaient bouchés, nous libérer des fatalités, ouvrir de nouvelles perspectives…

Croire ou ne pas croire à "la réalité" des miracles
C’est souvent difficile de parler des miracles dans les communautés multiculturelles, car c’est un thème qui oppose les rationalistes et les autres, les conservateurs et les libéraux, ceux qui croient aux « Esprits » et ceux qui n’y croient pas, bref, c’est un sujet clivant, presque autant que le mariage gay ! A la différence près que les miracles ne sont pas un sujet très à la mode pour les débats de société, donc on peut soigneusement les éviter….

Mais il est dommage d’éviter certains sujets sous prétexte qu’ils pourraient fâcher. Chercher à être disciples du Christ, c’est apprendre à écouter et à valoriser ce que l’autre a à dire, car il peut nous témoigner du Christ et nous en faire découvrir de nouvelles facettes. Nous ne venons pas au culte pour y trouver un discours qui nous berce et nous conforte dans nos certitudes, nous y venons pour apprendre à toujours mieux suivre le Christ. Et parfois, pour cela, il nous faut être déplacés par une autre façon de voir les choses, un autre discours, d’autres expériences.

Je crois que Dieu nous parle par le langage que nous pouvons comprendre ; c’est un langage différent pour chacun ! Lui parle tous les langages, mais pas nous. Cela explique que parfois nous ne comprenions pas, mais cela ne nous dispense pas d’essayer !

Claire Sixt Gateuille
(extraits de la prédication du 8 février 2015 à Luxembourg)

vendredi 25 avril 2014

De l'anecdote à la preuve



L’Église d’Angleterre (anglicane) a commandé à l’Institut d’études économiques et sociales de l’université d’Essex une étude, menée sur 18 mois et 1700 Églises locales, sur la croissance numérique des paroisses. Le but était de dégager les facteurs qui jouent sur la croissance ou le déclin numérique des Églises locales. Voici quelques pistes tirées du rapport que l’on peut trouver (en anglais) ici. 

L’introduction précise que l’Église cherche à croitre dans trois dimensions :
-          La sanctification, la transformation et l’engagement de ses membres (croissance en profondeur), au niveau individuel et communautaire
-          L’augmentation du nombre de disciples de Jésus-Christ (croissance numérique)
-          Les fruits de l’engagement des chrétiens en termes de justice sociale et de transformation de la société

L’étude commence par souligner qu’il n’y a pas de recette simple pour amener une communauté à la croissance. Mais elle détermine un certain nombre de facteurs qui jouent un rôle pour favoriser la croissance :
-          Un bon mode de direction d'Église (good leadership)
-          Avoir une mission et des objectifs clairs, donc un projet de vie
-          La volonté de se remettre en question, de changer, de s’adapter au contexte
-          L’implication des membres dans les activités et la direction de l’Église
-          Le choix assumé de faire de la croissance une priorité
-          Le choix assumé d’un style liturgique 
-          Le choix assumé de former des disciples (des gens qui s’engagent à suivre Jésus concrètement)

Bien sûr, le contexte de l’Église locale influe aussi ; globalement, la croissance est plus aisée dans les zones où l’on trouve des jeunes, les zones urbaines, les Églises accueillant des migrants.
Parmi les qualités du pasteur, on trouve : savoir motiver, avoir la capacité à élaborer une vision, savoir innover. Parmi les qualités de l’Église locale, on trouver le changement régulier des personnes en situation de responsabilité, l’élaboration d’une vision commune discernée et portée par la prière, les activités jeunesse (enfants et ados), l’ouverture vers ceux qui ne fréquentent pas l’Église, l’accueil et l’accompagnement des personnes de passage.

La deuxième partie de la synthèse présente, avec études de cas à l’appui, quatre profils de paroisse dans lesquels on peut trouver de la croissance :

  1. Paroisse classique. L’exemple étudié présente un village comprenant des familles, faisant partie d’un regroupement de paroisses desservi par un seul pasteur où un ministère centré sur cette communauté et sur les activités familles a amené une forte croissance. 
  2. Les nouvelles formes d’Églises. L’étude montre que dans les « fresh expressions of Church » en moyenne, pour 1 personne impliquée, 2,6 autres ont rejoint l’Église. Les 4 piliers de ces nouvelles formes sont la mission, l’ancrage contextuel, la formation à la vie de disciple et le caractère ecclésial. Il est à noter qu’après 3 ans d’existence, 66% d’entre elles continuent à croitre, 25% ont stabilisé leur nombre de membres, 9% ont une fréquentation très fluctuante et 10% ont disparu. La moitié d’entre elles sont dirigées par des laïcs et 40 % de façon bénévole. 
  3. Les implantations d’Église. il en existe différentes formes, qui partagent les même caractéristiques : l’importance de l’accueil, l’importance de l’implication des membres d’Église, la présence de petits groupes, l’engagement auprès des jeunes familles et le ministère de « guérison ». La reconnaissance et le soutien de leur diocèse est un élément important. 
  4. Les cathédrales et collégiales. c’est le lieu où l’on trouve la croissance la plus importante, surtout en termes de fréquentation. Leurs atouts sont l’accessibilité avec des lieux ouverts, attractifs pour les personnes en recherche (la première motivation mentionnée est l’atmosphère de paix et de contemplation), ainsi que la qualité des célébrations et le sens de la communauté fraternelle. Ces Églises ont également une dimension publique particulière. 


La dernière partie mentionne les éléments favorisant le déclin (à moins qu’ils n’en soient les signes) :
-          L’absence d’enfants dans l’Église et l’absence d’animation qui leur soit destinée
-          Les effets négatifs des regroupements de paroisse.
-          L’absence de travail pour discerner des vocations (ministères locaux et ordonnés).
-        Et de façon moins prononcée, les locaux inadaptés qui « sont un fardeau », les ministres qui ne savent pas déléguer, les membres qui refusent de s’impliquer dans la vie de l’Église, l’absence de choix stratégiques qui entraine une « stagnation ».

A chaque page du résumé de synthèse des résultats de l’étude, une phrase rythme chaque page : « Moi j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui a fait pousser » (1 Co 3.6). Cette étude peut nous donner des pistes et nous éviter des pièges, à l’heure où l’Église protestante unie de France s’essaie à l’implantation d’Église.  

S’il y a une chose que je ressens à la lecture de cette étude, c’est le sentiment que notre Église cherche à « garder le contrôle » dans les projets d’évangélisation. Cela me semble logique en ces débuts hésitants. J’espère juste que nous ne pratiquons pas seulement le discernement en écartant des projets trop peu fidèles à notre conception de l’Évangile, mais que nous le pratiquons aussi en encourageant des gens qui auraient un potentiel, des idées ou le désir de trouver de nouvelles façons de partager l’évangile. Même si cela bouscule les cadres habituels…
 Claire Sixt Gateuille