Affichage des articles dont le libellé est Ecumenical officers. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ecumenical officers. Afficher tous les articles

vendredi 29 octobre 2021

Rencontre à Bossey - jours 3 et 4

La rencontre des responsables de relations internationales et œcuméniques s'est terminée ce soir. Comment décrire le bien que cela m'a fait d'être durant quatre jours pleins en réunion de travail avec des gens en vrai... J'ai pourtant ce mois-ci été avec l'équipe et le conseil exécutif de la Cevaa à Montpellier pour y modérer l'assemblée virtuelle durant une semaine et le week-end dernier au Lazaret de Sète avec 200 personnes pour le synode de Sète. Mais je ne me lasse pas de m'émerveiller de la grâce qui m'est faite de retrouver la présence de collègues et les interactions humaines, malgré les masques et les gestes barrières.Même si l'on ne voit pas la bouche, les yeux parlent, les lignes d'épaule se haussent, se tendent ou se détendent, les dos se redressent ou s'avachissent imperceptiblement... et à table, les sourires et les rires se savourent d'autant plus qu'ils nous ont manqués. 

Cette rencontre aura été vraiment riche. Riche par les présentations des différents acteurs du Conseil œcuménique des Églises, mais aussi des expériences des uns et des autres, des temps de prière partagée, d'une complicité esquissée ou d'un projet qui surgit d'une simple discussion. 

CCIA

Mardi soir, nous avons découvert le travail de la Commission des Eglises sur les affaires internationales (CCIA). Plutôt que de survoler tout son travail, nous avons entendu trois exemples de son travail : en Israël-Palestine, en Afrique et auprès de l'ONU. En Israël-Palestine, le programme EAPPI, qui fait venir des observateurs internationaux pour des séjours de trois mois pour documenter les violation de droits humains, est suspendu depuis le début de la crise du Covid-19. Les violences envers les enfants dans les zones frontalières avec colonies israéliennes en Cisjordanie, qui avaient baissé d'un tiers grâce aux observateurs, sont remontées à leur niveau d'avant le programme ; les déplacements forcés se multiplient également actuellement. Le programme espère pouvoir reprendre bientôt, et l'idée est née que des personnes locales puissent aussi devenir des observateurs, Israéliens comme Palestiniens. En Afrique, le programme est centré sur le travail pour la paix, par la médiation, la réconciliation et la prévention de la violence. Le bureau auprès de l'ONU centre actuellement son travail sur 5 axes : les communautés indigènes, l'inter-religieux, les changements climatiques, le racisme et les Objectifs du Développement durable 2030. Son responsable a souligné l'importance du réseau mondial que représentent les Églises, qui permet d'être rapidement informé des problématiques que les populations rencontrent localement et d'interpeler tôt l'ONU en cas de besoin.  

Racisme

Mercredi, nous avons rencontré le responsable du programme sur le racisme, la responsable du Pèlerinage de justice et de paix, puis nous avons entendu des étudiants  nous parler de leur expérience de formation à Bossey et la responsable de l'implication des jeunes dans le COE. 

Le programme sur le racisme travaille la question à la fois sur le plan théologique, à partir de l'affirmation de l'Assemblée de Nairobi en 1975 que "Le racisme est un péché", sur le plan des comportements implicites à l'intérieur des Églises et sur le plan de l'intersectionnalité (la collusion de plusieurs formes de discriminations), en particulier la collusion entre le racisme et les luttes de pouvoir.

Pèlerinage de justice et de paix

Concernant le pèlerinage de justice et de paix, j'avais gardé de l'assemblée de Busan en 2013 l'impression que c'était surtout un élément de langage qui permettait de donner une direction de travail au staff du COE sans l'enfermer dans le cadre d'un programme trop fixé à l'avance, car dans un monde où tout bouge très vite il est compliqué de fixer un programme de travail définitif pour les huit ans à venir ! J'ai été heureuse d'apprendre qu'il s'agissait aussi d'une méthodologie, composée de visites mutuelles, de découvertes de contextes qui pouvaient vraiment changer le regards des uns sur les autres, en particulier des visiteurs sur leurs hôtes. Chaque année, ce programme s'est concentré sur une région du monde et un thème. Un document présentant cette méthodologie doit être présenté au prochain comité central (il est près depuis début 2020). 

Formation théologique à Bossey et jeunesse

De la rencontre avec les étudiants, je retiens que l'expérience de cohabitation entre jeunes du monde entier et de différentes confessions chrétiennes est aussi importante que le contenu de la formation. Que la formation est basée sur une triple approche : théologique, spirituelle et relationnelle, afin que chacune de ces dimensions informe et nourrisse les deux autres, ce qui peut amener à des changements profonds. Certains étudiants ont également témoigné qu'ils ont approfondi leur propre tradition - avec parfois le sentiment de se réconcilier avec elle - en rencontrant celle des autres. Ils nous ont également appelé à repenser la place des laïcs dans l’Église et l'importance du tutorat et de l'accompagnement entre génération et nous ont interpelé sur le mode "moins de structures, plus de vie !".

 Un document sur l'importance de la jeunesse dans le mouvement œcuménique, "Let the wave roar" sortira d'ici la fin de l'année et sera présenté sur le site du COE. Un rassemblement jeunesse œcuménique est prévu durant l'été 2022. 

Vendredi, nous avons rencontré des représentants de Foi et constitution, de l'éducation théologique œcuménique et des relations inter-religieuses. 

Foi et Constitution

Depuis 2015, la commission se concentre sur trois axes de travail : 

1. une théologie œcuménique pour le témoignage commun concernant le pluralisme religieux et la justice écologique ; 

2. une théologie œcuménique pour une meilleure compréhension et valorisation de ce qui tient les Églises ensemble dans leurs compréhensions respectives (et divergentes) de l'Église ; 

3. une théologie œcuménique pour une meilleure compréhension et valorisation de comment les Églises s’accordent ou s’opposent sur les questions d’éthique chrétienne. 

La Commission a également publié en deux tomes les réponses reçues des Églises au document "L'Église vers une vision commune" présenté en 2012, ainsi qu'une synthèse des questions soulevées en retour. 

Il y a de plus en plus de perplexité face à l'idée d'aller vers une Église une. Pour dépasser cela, il faut réduire l'écart entre les accords théologiques de plus en plus nombreux et profonds, et la pratique des Églises. Cela passe par l'œcuménisme de réception (receptive ecumenism) qui consiste à se laisser changer par l'autre. 


La commission a par ailleurs beaucoup travaillé sur le discernement moral. S'étant aperçu qu'on ne pouvait pas appliquer la méthode habituelle de recherche du consensus, elle a développé une nouvelle méthodologie, qu'elle présente dans l'ouvrage facilitating dialogue on moral discernment. Deux autres ouvrages en lien avec ce thème présentent l'un les approches confessionnelles et l'autre des exemples historique de changement de position sur les question morales et analyse ce qui s'est joué dans ces changements.

La rencontre s'est terminée par un échange sur comment nous, responsables des relations entre les Églises et le COE, pourrions renforcer cette relation, durant la préparation de l'assemblée de Karlsruhe et au delà.

(Photos et article de Claire Sixt Gateuille)

mardi 26 octobre 2021

Rencontre à Bossey - jours 1 et 2

Château de Bossey (c) CSG
Je suis depuis dimanche 24 au soir au Château de Bossey, dans le canton de Vaud, en Suisse, pour une rencontre des chargés de relations œcuméniques et internationales ("Ecumenical officers" en anglais) des Églises membres du Conseil œcuménique des Églises (COE). Une trentaine d'entre nous ont pu se déplacer, et vingtaine se joignent à nous en visioconférence, certains par demi-journées à cause des décalages horaires. C'est la première rencontre internationale organisée par le COE depuis le début de la pandémie, et un test de rencontre en mode hybride. 

Actualité du COE

Pour l'instant, nous avons rencontré Dr Fr Ioan Sauca qui nous a tenu au courant des projets en cours et de l'actualité du COE, Charlotte Belot et Marc-Henri Heininger qui sont intervenus sur la préparation pratique de l'assemblée et Dr Mikie Roberts sur sa préparation spirituelle, Dr Risto Jukko, et Dr Seforosa Carroll sur le travail de la Commission de Mission et d’Évangélisation, Peter Prove et deux autres personnes concernant le Commission des Églises sur les affaires internationales (CCIA) et Frédéric Seidel sur le travail des Églises auprès des enfants. 

Préparation de l'assemblée

Logo de la 11e Assemblée du COE à Karlsruhe
Concernant l'assemblée - le point qui m'intéressait le plus, je dois l'avouer - les préparatifs avancent, même si les organisateurs s'arrachent parfois les cheveux car il leur faut penser un plan A (situation normale), un plan B (légères restrictions, les 2/3 des participants prévus) et un plan C (seuls les délégués et conseillers des Églises seraient présents sur place, soit 1/3 des participants prévus) puisque les décisions sanitaires sont prises au maximum deux semaines à l'avance, ce qui complique singulièrement la planification (les organisateurs du Grand KIFF ont vécu ça aussi chez nous). L'équipe se concentre également sur les moyens à mettre en œuvre pour que tous les délégués puissent venir en Europe en aout 2022 (les défis concernent principalement l'accès aux vaccins et visas).

Un livret d'études bibliques sera mis en ligne en novembre, avec une étude biblique pour chaque fête liturgique d'ici l'assemblée, que les Églises locales pourront utiliser pour accompagner par la prière et la méditation biblique la préparation de ce temps fort. La liste des "conversations œcuméniques" et des ateliers auxquels les participants pourront s'inscrire sera disponible en janvier. Cette assemblée sera l'occasion de travailler, mais aussi l'occasion de se réjouir de cette possibilité de nous rencontrer et de l'action de Dieu dans notre monde.

Nous parlons régulièrement cette semaine du thème de l'assemblée, "L'amour du Christ mène le monde à la réconciliation et l'unité", inspiré des textes bibliques de 2 corinthiens 5.14 et de Jean 4. Quatre participants ont partagé leur réflexion sur ce thème. quelques phrases glanées au passage : Que veut dire "L'amour du Christ" dans une Europe touchée par la sécularisation ? Comment témoigner que Dieu mène le monde aux non-croyants ? L'amour inconditionnel est la marque des chrétiens. Le pèlerinage est un mouvement volontaire en réponse à l'amour du Christ. dans un pèlerinage, l'hospitalité et le cheminement commun font de l'autre un frère.L'amour et l'espoir ouvrent un avenir.

En savoir plus sur la préparation de la 11ème assemblée du COE à Karlsruhe ici.

Programmes

Les représentants du travail de la Commission Évangélisation et Mission nous ont présentés trois axes de travail actuel : l'un sur le détricotage des liens entre mission et colonialisme, un autre sur la formation à la mission et un troisième sur la participation des jeunes dans la réflexion missionnaire. un bureau est par ailleurs centré sur la "Mission depuis la périphérie" (Mission from the Margins), c'est-à-dire affirmer, encourager et faciliter l'implication des pauvres, des exclus, des dévalorisés, des minoritaires, etc., avec trois priorités sur inclusion des personnes handicapées, la participation et la prise en compte des préoccupation des populations indigènes et le travail en réseau. La lutte contre le racisme et le travail sur l'intersectionnalité (la simultanéité de plusieurs formes de domination) font également partie de son travail. Je retiens une phrase de cette présentation : Chacun est un cadeau de Dieu offert aux autres : comment aider les personnes marginalisées (handicapés, exclus, discriminés) à expérimenter cela ? 

Le travail des Églises après des enfants est actuellement centré sur la prévention des abus - sexuels, domestiques, etc. - et sur les changements climatiques, préoccupation soulevée par les enfants eux-mêmes. Différentes ressources sont accessibles sur le site du COE, malheureusement souvent en anglais, mais quelques unes sont traduites comme ce document sur l'éducation contre la violence liée au genre.

Actualité des Eglises membres

Les Églises membres traversent la pandémie de façon très différente selon les contextes et le niveau de protection sociale offert dans le pays. Nous avons eu deux séances de partage des Ecumenical officers où les participants ont partagé les défis et les changements apportés par la pandémie.

Chapelle du Château de Bossey (c) CSG
Il y a les sociétés européennes, où la pandémie a accru les inégalités entre ceux qui bénéficient d'une (forte) protection sociale et ceux qui passent entre les mailles du filet (précaires, indépendants, gens du voyage, gens de couleurs selon les pays), mais où la situation des Églises est restée confortable, surtout pour les protestants qui mettent plus l'accent sur la prédication - qui peut se faire à distance - que sur les sacrements. 

Il y a tout l'occident, où les gens se (re-)découvrent vulnérables, où la polarisation de la société se développe à grande vitesse, entre les vaccinés et les autres, entre les racistes et les gens de couleur, entre les locaux et ceux qui viennent d'ailleurs (ne risquent-ils pas de nous contaminer ?)...

Il y a l'Afrique, où à la pénurie de vaccins s'ajoute la prolifération des théories conspirationnistes anti-vaccins, la pauvreté et dans certains endroits la corruption dans les contrats de matériel médical, le trafic d'êtres humains ou les grossesses d'adolescentes.

Il y a tous les pays où la pandémie sert à justifier une répression militaire, des violences policières, des exactions envers les minorités.

il y a partout l'épuisement de tous ceux qui sont chargés dans nos sociétés de prendre soin des autres, parce que la tache est immense, la reconnaissance quasi nulle et que les violences à leur encontre augmentent.

Il y a enfin les signes d'espoir : le nombre de victimes moins élevé qu'attendu dans les pays les moins favorisés, le dialogue entre générations qui s'est renforcé du fait de la cohabitation forcée dans les familles à cause de la pandémie et commence à porter des fruits dans les Églises, la solidarité spontanée des membres engagés dans les Églises et leur travail pour le bien commun.

dimanche 3 mai 2015

Elargir, approfondir et survoler

La Salle Visser't Hooft du centre œcuménique, Genève
La séance de jeudi de la rencontre des ecumenicals officers a eu lieu au Centre oecuménique, à Genève.

Le matin, nous y avons rencontré Larry Miller qui nous a présenté l’histoire, la raison d’être et l’actualité du Forum chrétien mondial (FCM). Oscar Enrique Corvalan-Vasquez, un membre de notre groupe  représentant l’Église pentecôtiste du Chili, nous a également partagé ce qu’avait apporté le FCM en Amérique du Sud et les coopérations, y compris entre pentecôtistes, qu’il a impulsé.

Puis nous avons parlé avec Hielke Wolters de la complémentarité entre le FCM, dont le but est de rassembler les chrétiens le plus largement possible, de façon non-contraignante et souple, et le COE, dont le but est l’approfondissement de l’unité des chrétiens et un témoignage commun toujours plus important.

A la question « Quels sont pour vous les défis du christianisme pour les deux prochaines décennies ? », Larry Miller a répondu : 
1. Les persécutions et les violences entre communautés religieuses, 
2. La mission et l’évangélisation.

Anne Burghardt, de la FLM (c) André Lavergne
Pour finir la matinée, Anne Burghardt, de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), est venue nous présenter les préparatifs de 2017. Parmi les initiatives, un « réseau des jeunes réformateurs », avec un site web très vivant (trouver le lien), auquel les jeunes luthériens de notre Église pourraient eux aussi contribuer. Et Susanne Erlecke, de l’EKD, nous a présenté les préparatifs du Kirchentag, de « tour des cités de la Réforme » et des manifestations à Wittenberg prévues pour 2017 autour de ce même thème.

L’après-midi a été l’occasion de découvrir par petits groupes d’autres programmes du COE. Chaque responsable de programme avait 20 mn pour nous présenter ce qu’il faisait. Nous avons donc découvert ce que le COE fait (ou valorise ce que les autres font, en tant que plateforme) en matière de soutien à la formation en double cursus : théologie et développement durable (financier et écologique) pour les Églises du Sud, en matière de réseau œcuménique pour l’eau, en matière de Droits de l’enfant en lien avec l’Unicef, et en matière de santé, en lien avec l’organisation mondiale de la santé (OMS).

La journée de travail s’est achevée par une rencontre avec l’équipe chargée de récolter des fonds et les contributions des Églises au COE (les besoins d’argent les plus pressants concernent les frais du secrétariat général, de Foi et constitution et les bourses pour les étudiants à Bossey), et un temps de prière mené par les orthodoxes.

Claire Sixt Gateuille

samedi 2 mai 2015

Mêler mes pas au pèlerinage pour la justice et la paix ?

mêler mon histoire à la narration collective du mouvement œcuménique ?

Aménagement de la Chapelle (c) CSG
La journée de mercredi a été bien remplie ! Nous avons commencé par un temps de prière. Et un temps de prière dans le cadre du COE, c’est toujours un temps empreint de recueillement, mais aussi de beauté, d’implication du corps, de musique (magnifique) et de sens.

Puis les responsables des relations internationales et des relations œcuméniques (en anglais ecumenical officers) ont parlé avec différents membres du staff, dont le secrétaire général, du travail du Conseil œcuménique des Églises (COE) en particulier d’unité, de justice et de paix, de jeunesse, de diaconie et de témoignage public, ainsi que de formation œcuménique… Ouf !

Je vous épargnerai ici le résumé exhaustif de ce qui a été dit. J’ai retenu quelques paroles ou idées fortes au milieu de ces échanges, je vous les livre en vrac : 
- L’appel du représentant de l’Eglise arménienne au Liban : « Les Eglises du Moyen-Orient ont besoin de signes d’espoir de la part des autres Eglises ». 
- Le pèlerinage de justice et de paix sera-t-il un parapluie qui recouvre ce que les Eglises font déjà ? Une inspiration à faire autrement ? Un miroir qui nous renvoie notre spiritualité et nos engagements vis-à-vis de la justice et la paix ? 
- Le COE doit faire moins de choses, pour les faire mieux ; c’est le mandat qui lui a été donné à Busan. Mais il existe beaucoup de ressources (documents, animations, personnes ressources, etc.) dans les Eglises, comment les partager et les faire mieux connaitre pour qu’elles bénéficient aux autres Eglises ?

Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE
Au-delà des présentations de ce qui se fait et de la logique dans laquelle le COE travaille, le but de tous ces temps était de permettre l’interaction entre les personnes responsables des différents programmes et nous. Ce type de rencontre sert avant tout à leur faire remonter nos attentes et nos satisfactions vis-à-vis du COE et nos problématiques ou les questions émergentes dans nos différents contextes. Cela permet aussi de faire émerger des préoccupations communes et des envies de collaboration entre responsables d’Églises. C’est pour cela que les temps informels sont aussi importants que les temps de réunion.

Nous avons aussi beaucoup parlé d’histoires et de témoignages personnels. Un témoignage est toujours personnel, il se dit en « Je ». Commencer par raconter son histoire permet aux autres de comprendre de quel contexte nous venons, des expériences de vie qui façonnent notre compréhension du monde et nos préoccupations. Mais entendre les histoires, les récits de vie des autres nous permet aussi de nos identifier à eux, de voir notre propre vie autrement ou d’envisager qu’on puisse porte un autre regard sur elle. C’est une expérience très importante, en particulier dans des contextes interculturels et interconfessionnels comme ceux des rencontres du COE ou du Forum chrétien mondial.

Le groupe des EO (c) Albin Hillert pour le COE
Il y a aussi les "narratives", les histoires collectives qui fédèrent le groupe et portent une vision de ce vers quoi le groupe veut tendre (de même que l’histoire collective de la promesse d’un pays où coule le lait et le miel et où le peuple obéit à la volonté de Dieu a porté le peuple hébreu dans l’ancien testament). Elles aident à créer un sentiment d’appartenance, et donnent une perspective, ouvrent un futur commun, qui a du sens. Et ces histoires collectives sont toujours réappropriées par ceux qui les portent : chacun peut lui donner une coloration personnelle, y rajouter une anecdote, une interprétation personnelle… chacun la racontera à sa manière, mais le cadre narratif sera partagé… une belle façon d’apprendre à articuler le « je » et le « nous », dans nos Églises et dans le mouvement œcuménique en général.

Claire Sixt Gateuille

vendredi 1 mai 2015

Rencontre des « Ecumenical Officers » à Bossey

Rencontre des ecumenical officers, Bossey (c) Natasha Klukash
Ce mardi 28 avril commençait la réunion des ecumenical officers au Château de Bossey, près de Genève (Suisse), organisée par le conseil œcuménique des Églises (COE). Les ecumenicals officers sont les personnes chargées des relations œcuméniques ou des relations internationales, la plupart des Églises confiant ces deux taches à la même personne. Nous étions donc 40 réunis pendant 4 jours à discuter du thème lancé lors de l’assemblée de Busan : le pèlerinage de justice et de paix, et de l’actualité de nos Églises.

La matinée de mardi a commencé par la présentation des uns et des autres et du programme de la session. Martin Robra, du COE, est venu nous présenter comment celui-ci comprenait le thème du pèlerinage de justice et de paix : Dépasser l’engagement à « rester ensemble » pris à Amsterdam en 1948, pour désormais « avancer ensemble ». La justice et la paix sont articulées à l’unité, l’unité étant elle-même un chemin (unity on the way). L’œcuménisme est donc un processus de transformation, répondant au contexte de notre temps. 

Il existe différentes compréhensions de ce qu’est un pèlerinage. Aussi M. Robra s’est-il appuyé sur la présentation qu’en a fait le Père Ioan Sauca (orthodoxe, directeur de l’institut de Bossey) dans la revue Ecumenical Review : 1. Un cheminement ayant une signification spirituelle et des implications théologiques ; 2. Une unité en chemin, que l’on découvre en marchant ensemble, car la justice et la paix sont des dons de Dieu au monde ; 3. L’horizon du pèlerinage est eschatologique. C’est pourquoi le pèlerinage n’est pas « vers » ou « pour », mais « de » justice et de paix. La justice et la paix ne sont pas « à faire » ou « à conquérir », mais à recevoir. De même, l’unité n’est pas le préliminaire du reste, mais un fruit de ce cheminement.

Château de Bossey (c) Prince Devanandan
Il a fini en présentant les 3 dimensions du cheminement : 1. Festive : célébrer les dons de Dieu, 2. Diaconale et spirituelle : visiter les blessures, et se découvrir faible, 3. Transformatrice : transformer les injustices. Son exposé était entrecoupé de temps de discussion. Il est apparu assez rapidement que le mot "Pèlerinage" était connoté pour de nombreuses Églises (en général protestantes). « Journey », « walk » ou « cheminement » sont des termes plus appropriés, qui ne renvoient ni aux Pilgrim fathers qui, étant arrivés au nouveau monde, l'ont conquis, ni aux superstitions attachées à certains pèlerinages, contre lesquelles les Églises protestantes ont lutté.

Ensuite, Hielke Wolters et le Père Sauca ont présenté comment le COE intègre le « pèlerinage de justice et de paix » dans ses programmes de travail. De façon générale, le COE doit lancer un cercle vertueux comprenant 5 étapes se renforçant les unes les autres : 1. Renforcer la communion (cohésion du groupe) 2. Témoigner ensemble (on prend en compte le contexte qu’on traverse) 3. Encourager la spiritualité, la réflexion et la formation 4. Établir des relations de confiance et de compréhension mutuelle 5. Avoir une communication inspirante et innovante (comment les gens se parlent en chemin).

Après avoir présenté les programmes de travail du COE (organisé selon 3 axes : unité, mission et relations œcuméniques ; témoignage public et diaconie ; formation œcuménique), ils ont présenté quelques exemples de comment ils entrent dans ce pèlerinage (par exemple la formation œcuménique s’adapte aux besoins des personnes formées, ayant développé la connaissance des autres religions car la plupart viennent de pays où le christianisme est minoritaire, mais aussi des façons beaucoup plus concrètes d’aborder la spiritualité pour s’adapter à la demande des pratiquants du Sud). L’institut de Bossey est par exemple un laboratoire de ce cheminement, les gens d’horizons très différents apprenant à vivre ensemble, pouvant « bouger » dans leurs pré-compréhensions des autres car ils font de la recherche (ils ne sont pas dans une posture de représentation ou de défense des positions de leur Eglise). Nous avons entendu aussi que la réduction des moyens financiers à disposition du COE est un défi pour remplir toutes les missions qui lui sont confiées.

"Rapporteuse" d'un groupe (c) André Lavergne
Nous avons fini la journée avec une discussion en groupes, autour de la question « comment nos Églises peuvent se saisir de ce pèlerinage de justice et de paix ? » Certaines Églises ont choisi un axe, pour éviter de se disperser (la justice climatique pour l’Église protestante d’Allemagne, ou la réunification de la péninsule pour les Églises de Corée, etc.). D’autres ne se sont pas encore appropriées ce thème, mais pourraient l’utiliser pour donner plus de visibilité et de cohérence à ce qu’elles font déjà. 

Il a été largement partagé, en tout cas par les représentants des Églises européennes et nord-américaines, que nous n’avons pas besoin d’un programme de plus, à ajouter à nos nombreux programmes, ni une « campagne » comme il y en a déjà beaucoup (si l’on voulait, on pourrait avoir un culte à thème tous les dimanches tellement il y a de journées de ceci ou de cela et de sujets d’actualité). Le pèlerinage de justice et de paix est un cadre, il donne une forme à l’appel œcuménique, aide à articuler le travail pour l’unité et le travail de présence au monde (les anciennes dynamiques de Foi et constitution d’un côté, christianisme pratique [Life and Work] de l’autre). Il peut aider les Eglises à valoriser ce qui se fait déjà, donner aux différentes politiques des Eglises pour l’unité, la justice et la paix une cohérence interne.

Le COE peut aussi être une plateforme d’échange de bonnes pratiques, une source d’inspiration des uns par les autres, un lieu de partage (idées, ressources : matériel pédagogique, liturgique, théologique et biblique, procédures, , etc.) et le centre d’un réseau qui permettrait aux Églises agissant sur telle ou telle préoccupation de savoir ce que les autres font, et développer des coopérations entre Eglises. Cela permettrait peut-être aux membres d’Églises de découvrir plus concrètement l’Eglise universelle, non plus seulement comme quelque chose de spirituel, mais aussi comme l’ensemble des chrétiens en chemin, les uns vers les autres et les uns avec les autres, engagés pour mettre en œuvre dans le monde la justice et la paix qu’ils ont déjà reçu de Dieu.

Claire Sixt Gateuille