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vendredi 17 novembre 2017

La lourdeur, le partage et la joie

“Venez auprès de moi, vous tous qui portez des charges très lourdes et qui êtes fatigues, et moi je vous donnerai le repos.” (Mt 11.28, traduction PdV)

Ce verset est le verset proposé par la liturgie anglicane pour les lundis ordinaires. Quand l’archidiacre Meurig Williams (le responsable général des paroisses anglicanes en France) m’a proposé de faire porter ma méditation sur ce verset (lors du temps de prière inaugural de la rencontre du comité de Suivi des Accords de Reuilly qui a eu lieu du 13 au 15 Novembre à Larne, au Nord de Belfast), je l’ai lu et me suis dit : « C’est étrange de choisir ce verset pour commencer la semaine, ce verset qui parle de la charge que nous portons tous d’une façon ou d’une autre. Comme si recommencer la semaine de travail était – devait être – difficile, dur, stressant. Comme si travailler était une charge lourde à porter… » 

Puis j’ai réfléchi à la perspective spirituelle que pouvait nous proposer ce verset pour « lire » nos vies. Deux idées me sont alors venues : 

1.    Est-ce que ce dont nous choisissons de nous charger vaut toujours la peine d’être porté ? En ce début de semaine, il est toujours bon de ce demander “cela en vaut-il la peine ? ». non pas, cela en vaut-il la peine en termes d’argent gagné ou de reconnaissance sociale, mais « cela en vaut-il la peine aux yeux de Dieu ? » c’est-à-dire en termes de justice, de dignité humaine, de proclamation de l’Evangile, de libération ? Cette question « cela en vaut-il la peine ? » met en lumière ce qui compte vraiment pour nous, nos motivations réelles, en particulier au travail ou dans ce que nous faisons… et en tant que chrétiens, si nous réalisons que nous faisons quelque chose pour de mauvaises raisons, cela vaudrait la peine de reconsidérer si nous devons le faire ou non…

2.    Est-ce que ce dont nous choisissons de nous charger vaut la peine d’être porté seul ? Souvent, quand nous nous sentons surchargés, c’est parce que nous n’avons pas voulu – ou pu – partager la charge avec d’autres. Mon expérience m’a enseigné qu’il y a des moments où l’on ne peut pas partager certaines choses, par exemple à cause du secret professionnel, et la prière devient alors essentielle, car nous pouvons toujours confier cela à Dieu. Mais la plupart du temps, quand j’ai eu l’impression d’arriver à saturation, d’être surchargée, c’est parce que je voulais garder le contrôle. Parfois par manque de confiance en moi ; parfois par manque de confiance dans les autres. Mais à chaque fois, j’avais oublié qu’il y a quelqu’un, plus haut, qui a le contrôle de la situation, quelqu’un sur qui je peux m’appuyer et qui m’appelle à compter sur d’autres personnes.

Nous oublions souvent de prendre au sérieux un verset qui est juste avant, en Mt 11.25. Jésus y remercie Dieu d’avoir fait connaître des choses aux petits (enfants) et de les avoir cachées aux sages et aux savants. Cela peut être interprété comme d’autres textes bibliques comme un appel à redevenir comme des enfants devant Dieu. Mais ce verset éclaire aussi le verset 28 : pour moi, c’est une invitation – non pas à réussir la performance spirituelle de redevenir un enfant mais – à nous charger uniquement de ce que nous pouvons porter, comme les parents invitent leurs enfants à le faire quand ils partent en randonnée… C’est une invitation à réaliser que chaque fois que nous sommes en situation de responsabilité ou de pouvoir, nous avons besoin des autres. Chaque fois que nous sommes en responsabilité, nous avons en fait deux responsabilités : celle de mener à bien ce dont nous sommes responsable, et celle de voir si nous ne pourrions pas partager avec quelqu’un d’autre une partie de cette responsabilité, lui montrer qu’il/elle est utile, qu’on a besoin de lui/elle, qu’il/elle a de la valeur et est reconnu-e comme un enfant de Dieu, qui fait sa part.

La plupart du temps, avec le partage, vient la joie. La bénédiction de la Joie !

Prenons donc la charge de notre travail à faire, et recevons la joie de le partager. C’est ce que je nous ai souhaité pour ces trois jours de réunion !
Le comité de Suivi des accords de Reuilly en plein travail

Claire Sixt Gateuille

samedi 2 mai 2015

Mêler mes pas au pèlerinage pour la justice et la paix ?

mêler mon histoire à la narration collective du mouvement œcuménique ?

Aménagement de la Chapelle (c) CSG
La journée de mercredi a été bien remplie ! Nous avons commencé par un temps de prière. Et un temps de prière dans le cadre du COE, c’est toujours un temps empreint de recueillement, mais aussi de beauté, d’implication du corps, de musique (magnifique) et de sens.

Puis les responsables des relations internationales et des relations œcuméniques (en anglais ecumenical officers) ont parlé avec différents membres du staff, dont le secrétaire général, du travail du Conseil œcuménique des Églises (COE) en particulier d’unité, de justice et de paix, de jeunesse, de diaconie et de témoignage public, ainsi que de formation œcuménique… Ouf !

Je vous épargnerai ici le résumé exhaustif de ce qui a été dit. J’ai retenu quelques paroles ou idées fortes au milieu de ces échanges, je vous les livre en vrac : 
- L’appel du représentant de l’Eglise arménienne au Liban : « Les Eglises du Moyen-Orient ont besoin de signes d’espoir de la part des autres Eglises ». 
- Le pèlerinage de justice et de paix sera-t-il un parapluie qui recouvre ce que les Eglises font déjà ? Une inspiration à faire autrement ? Un miroir qui nous renvoie notre spiritualité et nos engagements vis-à-vis de la justice et la paix ? 
- Le COE doit faire moins de choses, pour les faire mieux ; c’est le mandat qui lui a été donné à Busan. Mais il existe beaucoup de ressources (documents, animations, personnes ressources, etc.) dans les Eglises, comment les partager et les faire mieux connaitre pour qu’elles bénéficient aux autres Eglises ?

Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE
Au-delà des présentations de ce qui se fait et de la logique dans laquelle le COE travaille, le but de tous ces temps était de permettre l’interaction entre les personnes responsables des différents programmes et nous. Ce type de rencontre sert avant tout à leur faire remonter nos attentes et nos satisfactions vis-à-vis du COE et nos problématiques ou les questions émergentes dans nos différents contextes. Cela permet aussi de faire émerger des préoccupations communes et des envies de collaboration entre responsables d’Églises. C’est pour cela que les temps informels sont aussi importants que les temps de réunion.

Nous avons aussi beaucoup parlé d’histoires et de témoignages personnels. Un témoignage est toujours personnel, il se dit en « Je ». Commencer par raconter son histoire permet aux autres de comprendre de quel contexte nous venons, des expériences de vie qui façonnent notre compréhension du monde et nos préoccupations. Mais entendre les histoires, les récits de vie des autres nous permet aussi de nos identifier à eux, de voir notre propre vie autrement ou d’envisager qu’on puisse porte un autre regard sur elle. C’est une expérience très importante, en particulier dans des contextes interculturels et interconfessionnels comme ceux des rencontres du COE ou du Forum chrétien mondial.

Le groupe des EO (c) Albin Hillert pour le COE
Il y a aussi les "narratives", les histoires collectives qui fédèrent le groupe et portent une vision de ce vers quoi le groupe veut tendre (de même que l’histoire collective de la promesse d’un pays où coule le lait et le miel et où le peuple obéit à la volonté de Dieu a porté le peuple hébreu dans l’ancien testament). Elles aident à créer un sentiment d’appartenance, et donnent une perspective, ouvrent un futur commun, qui a du sens. Et ces histoires collectives sont toujours réappropriées par ceux qui les portent : chacun peut lui donner une coloration personnelle, y rajouter une anecdote, une interprétation personnelle… chacun la racontera à sa manière, mais le cadre narratif sera partagé… une belle façon d’apprendre à articuler le « je » et le « nous », dans nos Églises et dans le mouvement œcuménique en général.

Claire Sixt Gateuille

vendredi 1 mai 2015

Rencontre des « Ecumenical Officers » à Bossey

Rencontre des ecumenical officers, Bossey (c) Natasha Klukash
Ce mardi 28 avril commençait la réunion des ecumenical officers au Château de Bossey, près de Genève (Suisse), organisée par le conseil œcuménique des Églises (COE). Les ecumenicals officers sont les personnes chargées des relations œcuméniques ou des relations internationales, la plupart des Églises confiant ces deux taches à la même personne. Nous étions donc 40 réunis pendant 4 jours à discuter du thème lancé lors de l’assemblée de Busan : le pèlerinage de justice et de paix, et de l’actualité de nos Églises.

La matinée de mardi a commencé par la présentation des uns et des autres et du programme de la session. Martin Robra, du COE, est venu nous présenter comment celui-ci comprenait le thème du pèlerinage de justice et de paix : Dépasser l’engagement à « rester ensemble » pris à Amsterdam en 1948, pour désormais « avancer ensemble ». La justice et la paix sont articulées à l’unité, l’unité étant elle-même un chemin (unity on the way). L’œcuménisme est donc un processus de transformation, répondant au contexte de notre temps. 

Il existe différentes compréhensions de ce qu’est un pèlerinage. Aussi M. Robra s’est-il appuyé sur la présentation qu’en a fait le Père Ioan Sauca (orthodoxe, directeur de l’institut de Bossey) dans la revue Ecumenical Review : 1. Un cheminement ayant une signification spirituelle et des implications théologiques ; 2. Une unité en chemin, que l’on découvre en marchant ensemble, car la justice et la paix sont des dons de Dieu au monde ; 3. L’horizon du pèlerinage est eschatologique. C’est pourquoi le pèlerinage n’est pas « vers » ou « pour », mais « de » justice et de paix. La justice et la paix ne sont pas « à faire » ou « à conquérir », mais à recevoir. De même, l’unité n’est pas le préliminaire du reste, mais un fruit de ce cheminement.

Château de Bossey (c) Prince Devanandan
Il a fini en présentant les 3 dimensions du cheminement : 1. Festive : célébrer les dons de Dieu, 2. Diaconale et spirituelle : visiter les blessures, et se découvrir faible, 3. Transformatrice : transformer les injustices. Son exposé était entrecoupé de temps de discussion. Il est apparu assez rapidement que le mot "Pèlerinage" était connoté pour de nombreuses Églises (en général protestantes). « Journey », « walk » ou « cheminement » sont des termes plus appropriés, qui ne renvoient ni aux Pilgrim fathers qui, étant arrivés au nouveau monde, l'ont conquis, ni aux superstitions attachées à certains pèlerinages, contre lesquelles les Églises protestantes ont lutté.

Ensuite, Hielke Wolters et le Père Sauca ont présenté comment le COE intègre le « pèlerinage de justice et de paix » dans ses programmes de travail. De façon générale, le COE doit lancer un cercle vertueux comprenant 5 étapes se renforçant les unes les autres : 1. Renforcer la communion (cohésion du groupe) 2. Témoigner ensemble (on prend en compte le contexte qu’on traverse) 3. Encourager la spiritualité, la réflexion et la formation 4. Établir des relations de confiance et de compréhension mutuelle 5. Avoir une communication inspirante et innovante (comment les gens se parlent en chemin).

Après avoir présenté les programmes de travail du COE (organisé selon 3 axes : unité, mission et relations œcuméniques ; témoignage public et diaconie ; formation œcuménique), ils ont présenté quelques exemples de comment ils entrent dans ce pèlerinage (par exemple la formation œcuménique s’adapte aux besoins des personnes formées, ayant développé la connaissance des autres religions car la plupart viennent de pays où le christianisme est minoritaire, mais aussi des façons beaucoup plus concrètes d’aborder la spiritualité pour s’adapter à la demande des pratiquants du Sud). L’institut de Bossey est par exemple un laboratoire de ce cheminement, les gens d’horizons très différents apprenant à vivre ensemble, pouvant « bouger » dans leurs pré-compréhensions des autres car ils font de la recherche (ils ne sont pas dans une posture de représentation ou de défense des positions de leur Eglise). Nous avons entendu aussi que la réduction des moyens financiers à disposition du COE est un défi pour remplir toutes les missions qui lui sont confiées.

"Rapporteuse" d'un groupe (c) André Lavergne
Nous avons fini la journée avec une discussion en groupes, autour de la question « comment nos Églises peuvent se saisir de ce pèlerinage de justice et de paix ? » Certaines Églises ont choisi un axe, pour éviter de se disperser (la justice climatique pour l’Église protestante d’Allemagne, ou la réunification de la péninsule pour les Églises de Corée, etc.). D’autres ne se sont pas encore appropriées ce thème, mais pourraient l’utiliser pour donner plus de visibilité et de cohérence à ce qu’elles font déjà. 

Il a été largement partagé, en tout cas par les représentants des Églises européennes et nord-américaines, que nous n’avons pas besoin d’un programme de plus, à ajouter à nos nombreux programmes, ni une « campagne » comme il y en a déjà beaucoup (si l’on voulait, on pourrait avoir un culte à thème tous les dimanches tellement il y a de journées de ceci ou de cela et de sujets d’actualité). Le pèlerinage de justice et de paix est un cadre, il donne une forme à l’appel œcuménique, aide à articuler le travail pour l’unité et le travail de présence au monde (les anciennes dynamiques de Foi et constitution d’un côté, christianisme pratique [Life and Work] de l’autre). Il peut aider les Eglises à valoriser ce qui se fait déjà, donner aux différentes politiques des Eglises pour l’unité, la justice et la paix une cohérence interne.

Le COE peut aussi être une plateforme d’échange de bonnes pratiques, une source d’inspiration des uns par les autres, un lieu de partage (idées, ressources : matériel pédagogique, liturgique, théologique et biblique, procédures, , etc.) et le centre d’un réseau qui permettrait aux Églises agissant sur telle ou telle préoccupation de savoir ce que les autres font, et développer des coopérations entre Eglises. Cela permettrait peut-être aux membres d’Églises de découvrir plus concrètement l’Eglise universelle, non plus seulement comme quelque chose de spirituel, mais aussi comme l’ensemble des chrétiens en chemin, les uns vers les autres et les uns avec les autres, engagés pour mettre en œuvre dans le monde la justice et la paix qu’ils ont déjà reçu de Dieu.

Claire Sixt Gateuille