lundi 19 septembre 2022

Célébration à Karlsruhe

Quelle joie ce fut pour moi de participer à la prière du matin du 1er septembre, durant l'assemblée du Conseil oecuménique des Eglises, à Karlsruhe ! 


Vous pouvez aussi lire les articles de la délégation française à l'assemblée ici.

jeudi 15 septembre 2022

Lâcher ses sécurités pour aller vers une promesse...

(c) Claire Sixt-Gateuille

 

Le 30 juin, j'ai quitté mon bureau des larmes plein les yeux. Désormais, ce ne serait plus mon bureau, mais celui d'Ulrich Rüsen-Wienhold, mon successeur. J'ai quitté mon bureau des larmes plein les yeux parce que je quittai un ministère passionnant et une merveilleuse équipe de travail. Et il est vrai qu'en neuf ans, les deux équipes que j'ai côtoyées, qui avaient une dynamique différente et où je n'avais pas tout à fait la même place, m'ont enrichie et portée au delà de ce que je peux exprimer - et probablement même à delà dont je peux avoir conscience.

J'ai quitté mon bureau des larmes plein les yeux, car je quittais aussi la sécurité d'un ministère dans l’Église protestante unie de France pour retrouver le statut précaire d'étudiante que je suis désormais - ou serai officiellement quand mon projet de thèse sera validé. Je tremble encore parfois devant le choix déraisonnable - financièrement en tout cas - que j'ai fait, mais l'appel que j'ai ressenti m'a poussée à faire le choix de la frugalité et de la confiance. 

Le choix de me replonger dans la recherche théologique, pour approfondir une thématique qui me préoccupe depuis longtemps, celle de l’Église universelle, sur laquelle ces neuf dernières années de ministère m'ont donné pas mal de billes, et plus encore de questionnements. 

Le choix de me recentrer sur un seul thème, après m'être parfois éparpillée dans les multiples sujets qu'il fallait "suivre" pour notre Église, les multiples dossiers qu'il fallait traiter, les multiples casquettes que j'ai endossées pour la représenter (j'en témoignais en mai 2019).

Le choix de faire ce doctorat dont je rêve depuis longtemps, avant qu'il ne soit trop tard et que je n'aie plus la force, la motivation, la santé ou la capacité de concentration... choix motivé par tous ces encouragements que j'ai reçus depuis que j'ai commencé à rédiger sérieusement mon mémoire de Cycle 2 Cursus (oui, on n'a plus le droit de dire Master de recherche en théologie si on ne l'a pas obtenu dans une fac d’État...) sur "Le Particulier et l'universel chez Michael Walzer".

Le choix de faire quelque chose d'abord pour moi, parce que mon sujet me porte autant que je le porte, après avoir donné beaucoup de moi à l’Église et à ma famille (je sais, on appelle ça la crise de la quarantaine 😉). Bien sûr, j'espère aussi que ma thèse, une fois finie, servira l’Église au sens large, et éventuellement m'ouvrira des portes pour la suite...

Merci à tous ceux qui ont suivi ce blog pour lire les impressions de la secrétaire nationale chargée des relations internationales que j'étais. Si vous voulez continuer à découvrir des choses - ou mes commentaires - sur l’œcuménisme international, ou sur la philosophie politique de Michael Walzer et sa conception de l'universel, vous êtes toujours les bienvenus ! 

Je souhaite aux autres : Bon vent ! Et n'oubliez pas de lire mes articles (et les autres) sur le blog de l'assemblée du COE à Karlsruhe avant de partir...

Claire Sixt Gateuille

vendredi 29 octobre 2021

Rencontre à Bossey - jours 3 et 4

La rencontre des responsables de relations internationales et œcuméniques s'est terminée ce soir. Comment décrire le bien que cela m'a fait d'être durant quatre jours pleins en réunion de travail avec des gens en vrai... J'ai pourtant ce mois-ci été avec l'équipe et le conseil exécutif de la Cevaa à Montpellier pour y modérer l'assemblée virtuelle durant une semaine et le week-end dernier au Lazaret de Sète avec 200 personnes pour le synode de Sète. Mais je ne me lasse pas de m'émerveiller de la grâce qui m'est faite de retrouver la présence de collègues et les interactions humaines, malgré les masques et les gestes barrières.Même si l'on ne voit pas la bouche, les yeux parlent, les lignes d'épaule se haussent, se tendent ou se détendent, les dos se redressent ou s'avachissent imperceptiblement... et à table, les sourires et les rires se savourent d'autant plus qu'ils nous ont manqués. 

Cette rencontre aura été vraiment riche. Riche par les présentations des différents acteurs du Conseil œcuménique des Églises, mais aussi des expériences des uns et des autres, des temps de prière partagée, d'une complicité esquissée ou d'un projet qui surgit d'une simple discussion. 

CCIA

Mardi soir, nous avons découvert le travail de la Commission des Eglises sur les affaires internationales (CCIA). Plutôt que de survoler tout son travail, nous avons entendu trois exemples de son travail : en Israël-Palestine, en Afrique et auprès de l'ONU. En Israël-Palestine, le programme EAPPI, qui fait venir des observateurs internationaux pour des séjours de trois mois pour documenter les violation de droits humains, est suspendu depuis le début de la crise du Covid-19. Les violences envers les enfants dans les zones frontalières avec colonies israéliennes en Cisjordanie, qui avaient baissé d'un tiers grâce aux observateurs, sont remontées à leur niveau d'avant le programme ; les déplacements forcés se multiplient également actuellement. Le programme espère pouvoir reprendre bientôt, et l'idée est née que des personnes locales puissent aussi devenir des observateurs, Israéliens comme Palestiniens. En Afrique, le programme est centré sur le travail pour la paix, par la médiation, la réconciliation et la prévention de la violence. Le bureau auprès de l'ONU centre actuellement son travail sur 5 axes : les communautés indigènes, l'inter-religieux, les changements climatiques, le racisme et les Objectifs du Développement durable 2030. Son responsable a souligné l'importance du réseau mondial que représentent les Églises, qui permet d'être rapidement informé des problématiques que les populations rencontrent localement et d'interpeler tôt l'ONU en cas de besoin.  

Racisme

Mercredi, nous avons rencontré le responsable du programme sur le racisme, la responsable du Pèlerinage de justice et de paix, puis nous avons entendu des étudiants  nous parler de leur expérience de formation à Bossey et la responsable de l'implication des jeunes dans le COE. 

Le programme sur le racisme travaille la question à la fois sur le plan théologique, à partir de l'affirmation de l'Assemblée de Nairobi en 1975 que "Le racisme est un péché", sur le plan des comportements implicites à l'intérieur des Églises et sur le plan de l'intersectionnalité (la collusion de plusieurs formes de discriminations), en particulier la collusion entre le racisme et les luttes de pouvoir.

Pèlerinage de justice et de paix

Concernant le pèlerinage de justice et de paix, j'avais gardé de l'assemblée de Busan en 2013 l'impression que c'était surtout un élément de langage qui permettait de donner une direction de travail au staff du COE sans l'enfermer dans le cadre d'un programme trop fixé à l'avance, car dans un monde où tout bouge très vite il est compliqué de fixer un programme de travail définitif pour les huit ans à venir ! J'ai été heureuse d'apprendre qu'il s'agissait aussi d'une méthodologie, composée de visites mutuelles, de découvertes de contextes qui pouvaient vraiment changer le regards des uns sur les autres, en particulier des visiteurs sur leurs hôtes. Chaque année, ce programme s'est concentré sur une région du monde et un thème. Un document présentant cette méthodologie doit être présenté au prochain comité central (il est près depuis début 2020). 

Formation théologique à Bossey et jeunesse

De la rencontre avec les étudiants, je retiens que l'expérience de cohabitation entre jeunes du monde entier et de différentes confessions chrétiennes est aussi importante que le contenu de la formation. Que la formation est basée sur une triple approche : théologique, spirituelle et relationnelle, afin que chacune de ces dimensions informe et nourrisse les deux autres, ce qui peut amener à des changements profonds. Certains étudiants ont également témoigné qu'ils ont approfondi leur propre tradition - avec parfois le sentiment de se réconcilier avec elle - en rencontrant celle des autres. Ils nous ont également appelé à repenser la place des laïcs dans l’Église et l'importance du tutorat et de l'accompagnement entre génération et nous ont interpelé sur le mode "moins de structures, plus de vie !".

 Un document sur l'importance de la jeunesse dans le mouvement œcuménique, "Let the wave roar" sortira d'ici la fin de l'année et sera présenté sur le site du COE. Un rassemblement jeunesse œcuménique est prévu durant l'été 2022. 

Vendredi, nous avons rencontré des représentants de Foi et constitution, de l'éducation théologique œcuménique et des relations inter-religieuses. 

Foi et Constitution

Depuis 2015, la commission se concentre sur trois axes de travail : 

1. une théologie œcuménique pour le témoignage commun concernant le pluralisme religieux et la justice écologique ; 

2. une théologie œcuménique pour une meilleure compréhension et valorisation de ce qui tient les Églises ensemble dans leurs compréhensions respectives (et divergentes) de l'Église ; 

3. une théologie œcuménique pour une meilleure compréhension et valorisation de comment les Églises s’accordent ou s’opposent sur les questions d’éthique chrétienne. 

La Commission a également publié en deux tomes les réponses reçues des Églises au document "L'Église vers une vision commune" présenté en 2012, ainsi qu'une synthèse des questions soulevées en retour. 

Il y a de plus en plus de perplexité face à l'idée d'aller vers une Église une. Pour dépasser cela, il faut réduire l'écart entre les accords théologiques de plus en plus nombreux et profonds, et la pratique des Églises. Cela passe par l'œcuménisme de réception (receptive ecumenism) qui consiste à se laisser changer par l'autre. 


La commission a par ailleurs beaucoup travaillé sur le discernement moral. S'étant aperçu qu'on ne pouvait pas appliquer la méthode habituelle de recherche du consensus, elle a développé une nouvelle méthodologie, qu'elle présente dans l'ouvrage facilitating dialogue on moral discernment. Deux autres ouvrages en lien avec ce thème présentent l'un les approches confessionnelles et l'autre des exemples historique de changement de position sur les question morales et analyse ce qui s'est joué dans ces changements.

La rencontre s'est terminée par un échange sur comment nous, responsables des relations entre les Églises et le COE, pourrions renforcer cette relation, durant la préparation de l'assemblée de Karlsruhe et au delà.

(Photos et article de Claire Sixt Gateuille)

mardi 26 octobre 2021

Rencontre à Bossey - jours 1 et 2

Château de Bossey (c) CSG
Je suis depuis dimanche 24 au soir au Château de Bossey, dans le canton de Vaud, en Suisse, pour une rencontre des chargés de relations œcuméniques et internationales ("Ecumenical officers" en anglais) des Églises membres du Conseil œcuménique des Églises (COE). Une trentaine d'entre nous ont pu se déplacer, et vingtaine se joignent à nous en visioconférence, certains par demi-journées à cause des décalages horaires. C'est la première rencontre internationale organisée par le COE depuis le début de la pandémie, et un test de rencontre en mode hybride. 

Actualité du COE

Pour l'instant, nous avons rencontré Dr Fr Ioan Sauca qui nous a tenu au courant des projets en cours et de l'actualité du COE, Charlotte Belot et Marc-Henri Heininger qui sont intervenus sur la préparation pratique de l'assemblée et Dr Mikie Roberts sur sa préparation spirituelle, Dr Risto Jukko, et Dr Seforosa Carroll sur le travail de la Commission de Mission et d’Évangélisation, Peter Prove et deux autres personnes concernant le Commission des Églises sur les affaires internationales (CCIA) et Frédéric Seidel sur le travail des Églises auprès des enfants. 

Préparation de l'assemblée

Logo de la 11e Assemblée du COE à Karlsruhe
Concernant l'assemblée - le point qui m'intéressait le plus, je dois l'avouer - les préparatifs avancent, même si les organisateurs s'arrachent parfois les cheveux car il leur faut penser un plan A (situation normale), un plan B (légères restrictions, les 2/3 des participants prévus) et un plan C (seuls les délégués et conseillers des Églises seraient présents sur place, soit 1/3 des participants prévus) puisque les décisions sanitaires sont prises au maximum deux semaines à l'avance, ce qui complique singulièrement la planification (les organisateurs du Grand KIFF ont vécu ça aussi chez nous). L'équipe se concentre également sur les moyens à mettre en œuvre pour que tous les délégués puissent venir en Europe en aout 2022 (les défis concernent principalement l'accès aux vaccins et visas).

Un livret d'études bibliques sera mis en ligne en novembre, avec une étude biblique pour chaque fête liturgique d'ici l'assemblée, que les Églises locales pourront utiliser pour accompagner par la prière et la méditation biblique la préparation de ce temps fort. La liste des "conversations œcuméniques" et des ateliers auxquels les participants pourront s'inscrire sera disponible en janvier. Cette assemblée sera l'occasion de travailler, mais aussi l'occasion de se réjouir de cette possibilité de nous rencontrer et de l'action de Dieu dans notre monde.

Nous parlons régulièrement cette semaine du thème de l'assemblée, "L'amour du Christ mène le monde à la réconciliation et l'unité", inspiré des textes bibliques de 2 corinthiens 5.14 et de Jean 4. Quatre participants ont partagé leur réflexion sur ce thème. quelques phrases glanées au passage : Que veut dire "L'amour du Christ" dans une Europe touchée par la sécularisation ? Comment témoigner que Dieu mène le monde aux non-croyants ? L'amour inconditionnel est la marque des chrétiens. Le pèlerinage est un mouvement volontaire en réponse à l'amour du Christ. dans un pèlerinage, l'hospitalité et le cheminement commun font de l'autre un frère.L'amour et l'espoir ouvrent un avenir.

En savoir plus sur la préparation de la 11ème assemblée du COE à Karlsruhe ici.

Programmes

Les représentants du travail de la Commission Évangélisation et Mission nous ont présentés trois axes de travail actuel : l'un sur le détricotage des liens entre mission et colonialisme, un autre sur la formation à la mission et un troisième sur la participation des jeunes dans la réflexion missionnaire. un bureau est par ailleurs centré sur la "Mission depuis la périphérie" (Mission from the Margins), c'est-à-dire affirmer, encourager et faciliter l'implication des pauvres, des exclus, des dévalorisés, des minoritaires, etc., avec trois priorités sur inclusion des personnes handicapées, la participation et la prise en compte des préoccupation des populations indigènes et le travail en réseau. La lutte contre le racisme et le travail sur l'intersectionnalité (la simultanéité de plusieurs formes de domination) font également partie de son travail. Je retiens une phrase de cette présentation : Chacun est un cadeau de Dieu offert aux autres : comment aider les personnes marginalisées (handicapés, exclus, discriminés) à expérimenter cela ? 

Le travail des Églises après des enfants est actuellement centré sur la prévention des abus - sexuels, domestiques, etc. - et sur les changements climatiques, préoccupation soulevée par les enfants eux-mêmes. Différentes ressources sont accessibles sur le site du COE, malheureusement souvent en anglais, mais quelques unes sont traduites comme ce document sur l'éducation contre la violence liée au genre.

Actualité des Eglises membres

Les Églises membres traversent la pandémie de façon très différente selon les contextes et le niveau de protection sociale offert dans le pays. Nous avons eu deux séances de partage des Ecumenical officers où les participants ont partagé les défis et les changements apportés par la pandémie.

Chapelle du Château de Bossey (c) CSG
Il y a les sociétés européennes, où la pandémie a accru les inégalités entre ceux qui bénéficient d'une (forte) protection sociale et ceux qui passent entre les mailles du filet (précaires, indépendants, gens du voyage, gens de couleurs selon les pays), mais où la situation des Églises est restée confortable, surtout pour les protestants qui mettent plus l'accent sur la prédication - qui peut se faire à distance - que sur les sacrements. 

Il y a tout l'occident, où les gens se (re-)découvrent vulnérables, où la polarisation de la société se développe à grande vitesse, entre les vaccinés et les autres, entre les racistes et les gens de couleur, entre les locaux et ceux qui viennent d'ailleurs (ne risquent-ils pas de nous contaminer ?)...

Il y a l'Afrique, où à la pénurie de vaccins s'ajoute la prolifération des théories conspirationnistes anti-vaccins, la pauvreté et dans certains endroits la corruption dans les contrats de matériel médical, le trafic d'êtres humains ou les grossesses d'adolescentes.

Il y a tous les pays où la pandémie sert à justifier une répression militaire, des violences policières, des exactions envers les minorités.

il y a partout l'épuisement de tous ceux qui sont chargés dans nos sociétés de prendre soin des autres, parce que la tache est immense, la reconnaissance quasi nulle et que les violences à leur encontre augmentent.

Il y a enfin les signes d'espoir : le nombre de victimes moins élevé qu'attendu dans les pays les moins favorisés, le dialogue entre générations qui s'est renforcé du fait de la cohabitation forcée dans les familles à cause de la pandémie et commence à porter des fruits dans les Églises, la solidarité spontanée des membres engagés dans les Églises et leur travail pour le bien commun.

lundi 25 octobre 2021

Prière de repentance et pardon

Voici une prière de repentance et une parole de pardon sur le thème de la gratitude que j'ai écrites dans le cadre d'un culte des familles : 

Confession du péché :

Seigneur,
Nous côtoyons régulièrement, souvent quotidiennement notre famille, mais combien de fois les voyons-nous comme des empêcheurs de tourner en rond ? Combien de fois ne voyons-nous que les contraintes, les difficultés, les conflits ? Combien de fois oublions-nous de te louer pour leur présence, pour leurs qualités, pour la chance que nous avons d’apprendre à les connaître et de les voir évoluer avec le temps ?
Seigneur, pardonne-nous.


Nous voyons autour de nous les frères et sœurs que tu nous donnes dans cette Église. Combien de fois remarquons-nous ce petit détail qui cloche pendant le culte, cette prédication trop ceci ou trop cela, ces chaises trop souvent vides, ce masque qui gêne ou la tristesse de ne plus pouvoir partager un pot de convivialité à la fin… combien de fois oublions-nous de mesurer la chance d'avoir un tel qui ne peut pas venir souvent, une telle qui va mieux, d'avoir en ce jour plus de familles que d'habitude ? Combien de fois oublions-nous la chance de pouvoir à nouveau se tenir les uns à côté des autres pour prier, chanter, écouter la Parole ou prendre des nouvelles les uns des autres ?
Seigneur, pardonne-nous.


Nous passons dans la rue sans remarquer que les arbres prennent leurs couleurs d'automne… nous passons dans nos vies sans voir passer le temps, ou sans savourer le temps libre. Nous achetons nos fruits, nos légumes, notre viande sans penser à ceux qui les produisent ni ceux qui les transportent ou les vendent. Nous allons à la campagne sans penser à ceux qui y vivent et l'entretiennent. Nous nous offrons des bouffées d'oxygène dans la nature sans toujours penser aux conséquences de notre mode de vie.
Seigneur, pardonne-nous.


Pardon

Et si, au lieu de culpabiliser, tu te pausais ? Et si tu te donnais la liberté de ralentir et de redécouvrir ton quotidien comme une bénédiction ? Il est loin d'être parfait, c'est sûr, mais je m'y tiens avec toi, dit le Seigneur. Je te donne la force de changer les choses, lentement mais profondément. Je te donne la force de te relever quand tu es accablé.e, de te remettre en route après être tombé.e. Je t'offre de redécouvrir la gratitude. Je ne te demande pas de chercher à être parfait ou parfaite, mais de témoigner de mon amour. Ma grâce te libère de la culpabilité, des injonctions contradictoires et des exigences inatteignables ; et elle se renouvelle chaque fois que tu en as besoin. Ouvre-toi à elle.
 

Ainsi parle le Seigneur en Ésaïe 46:3‭-‬4 : ‬
« Écoutez-moi, gens d’Israël, vous, le reste du peuple de Jacob. J’ai pris soin de vous depuis votre naissance. Je vous ai portés depuis que vous êtes venus au monde. Je resterai le même jusqu’à votre vieillesse. Je vous porterai jusqu’à ce que vous ayez les cheveux blancs. C’est moi qui vous ai faits, c’est moi qui vous porterai. Oui, je prendrai soin de vous et je vous sauverais. »

Amen !

vendredi 1 octobre 2021

Ma pire expérience oecuménique

En juillet, j'ai partagé ma meilleure expérience œcuménique. Il est temps de partager la pire... 
 Budapest 2013 (c) Claire Sixt Gateuille

C'était durant le 1er comité central de la Conférence des Églises européennes (KEK) auquel j'ai participé en 2009. En fait, c'était plus précisément durant la réunion confessionnelle qui a eu lieu juste avant que le Comité central commence. A l'époque, le premier comité central de la mandature avait lieu plusieurs mois après l'assemblée générale, et un présidium intérim était mis en place entretemps. Cette réunion confessionnelle avait lieu afin de choisir le co-président de cette confession et les candidats au comité exécutif et des commissions de travail. L'idée était de choisir un nombre de candidats équivalents aux places disponibles pour chaque confession et aux différents quotas, afin que les élections "officielles" du lendemain en comité central soient plus rapides, et accessoirement pour éviter que les confessions n'étalent devant les autres leurs dissensions internes... 

Quelques semaines avant cette réunion, le co-président protestant par intérim m'avait appelée pour me demander de candidater au Comité exécutif. J'avais accepté, considérant que s'il me demandait de candidater, c'est qu'il m'estimait compétente pour ce poste. Dans l’Église réformée de France, mon Église telle qu'elle se nommait à l'époque, nous av(i)ons cette culture de ne pas nous mettre en avant, de ne pas candidater spontanément mais d'accepter si nous sommes appelé(e) à prendre une responsabilité, et de candidater seulement si quelqu'un d'autre nous y appelle ou nous y invite. C'est notre façon d'incarner l'idée de "vocation externe". 

Le jour de la réunion, nous faisons le tour de la table des candidats pour le comité exécutif, et là, surprise, une autre jeune femme, d'un pays de l'Est, candidate en plus des 4 personnes qui avaient été appelées. Il y a donc un candidat de trop, et la candidate "spontanée" correspond exactement à mon profil en termes de quotas (jeune, femme, Église minoritaire, même s'il n'y a pas de quota pour cette dernière catégorie), elle est donc en concurrence avec moi. La candidate présente son expérience et ses motivations, elle en a plus que moi. Le co-président se retourne alors vers moi et me dit, devant tout le monde : "et toi, pourquoi as-tu candidaté ?". Je me retrouve pétrifiée, me demandant ce que je fais là, bafouillant en anglais, me sentant misérable et incapable de répondre à une question à laquelle ma culture d’Église ne m'a jamais préparée. Bien sûr, l'autre candidate est élue, et l'on m'attribue, comme "lot de consolation", une place dans le comité de dialogue avec les catholiques. 

CC-KEK Crète 2012 (c) CSG

Je n'en ai quasiment pas dormi de la nuit ; les gens présents ont attribué mes difficultés à répondre à un faible niveau d'anglais. Même si mon anglais était un peu rouillé, il n'était pas la cause de ma sidération. J'étais quasiment en état de choc, j'ai vécu cette situation comme une grande violence, comme une trahison. Comment ce responsable d’Église avait pu me mettre dans une situation pareille ? Puisque c'est lui qui m'avait appelé, comment avait-il pu ne pas défendre ma candidature pour moi ? Comment avait-il pu ne pas dire pourquoi lui m'avait appelée et faire comme si ma candidature était spontanée ? J'ai mis longtemps à prendre du recul, à comprendre que j'avais fait les frais d'une différence de culture ecclésiale. 

Notre culture de "non-concurrence" dans notre Église est une chance, elle protège et même donne plus de chance aux gens qui comme moi ont peu confiance en eux, mais cette culture n'est pas partagée dans toutes les Églises, et le choc est d'autant plus rude quand on est confronté à d'autres pratiques, en milieu ecclésial. J'ai mis longtemps à comprendre que celui qui m'avait appelée ne m'avait pas trahie, et qu'il n'avait tout simplement pas vu en quoi sa question pourrait poser problème pour moi. Si j'avais su qu'il allait gérer les choses comme çà, j'aurais simplement retiré ma candidature, mais je n'ai même pas eu cette présence d'esprit... 

J'ai encore l'estomac qui se serre à repenser à cet épisode. Mes quatre années passées au sein du comité central m'ont fait découvrir que les milieux d’Église pourraient être des lieux de pouvoir, de conflits d'influence et de violence symbolique assez forte... Dieu merci, je n'ai pas gardé que ces impressions désagréables. Ces quatre années m'ont fait aussi découvrir la profondeur des engagements de certains (individus et collectifs), la force d'action et le poids dans l'espace public de certaines Églises, et il n'est pas étonnant que les logiques de pouvoir à l’œuvre dans ce monde y soient parfois aussi fortes... 

J'y ai aussi appris à chercher à comprendre l'autre même quand ce qu'il me disait me dérangeait et à chercher en moi pourquoi ça me dérangeait ; j'y ai appris que ce qui se dit durant les pauses cafés est aussi important que ce qui se dit en séance - au moins pour dépasser les préjugés et les incompréhensions, mais aussi pour négocier un compromis ou établir une alliance. J'y ai découvert des gens passionnés par l'humain, par le service de Dieu dans ce monde. J'y ai découvert que les "grands de ce monde" que j'y croisait étaient des femmes et des hommes comme les autres, avec leurs faiblesses et leurs défauts. J'y ai découvert l'inévitable des préjugés, et le peu d'efforts qu'il faut faire pour les dépasser... 

Mais je n'ai jamais oublié cette soirée de "baptême du feu".

mardi 6 juillet 2021

Ma meilleure expérience oecuménique

 Je me suis demandée il n'y a pas longtemps quelles étaient ma meilleure et ma pire expériences œcuméniques. La pire sera pour un prochain billet, mais commençons par la meilleure. On sait que les premières fois sont souvent inoubliables, je ne déroge pas à la règle : ma meilleure expérience œcuménique a été ma première assemblée du Conseil œcuménique des Églises, à Porto Alegre (Brésil), en 2006.

(c) COE

Partie un froid matin de février 2006, j'arrivais en plein été, dans un pays de couleurs et de contrastes saisissants. Partie de ma petite expérience œcuménique de fille d'un couple mixte sur le papier (en fait, mon père, issu d'une famille catholique, était agnostique) et de mon expérience de pasteure des Hautes-Pyrénées (dont la célèbre ville de Lourdes !), j'ai découvert la réalité incarnée de l’Église universelle, sa diversité de confessions, de cultures, de coutumes, y compris vestimentaire pour son clergé... J'ai découvert des façons d'appréhender la vie, des expériences, des témoignages très différents de ce que je vivais.

J'ai expérimenté surtout de la part des personnes présentes une grande bienveillance et une envie, une volonté de chercher à comprendre l'autre, malgré les difficultés de trouver une langue commune ou de se comprendre, de par des expériences si différentes. 

(c) COE

Les célébrations ainsi que les plénières incluaient des éléments de théâtre et de dans pour ne pas s'adresser qu'au cerveau rationnel et pour que tous se sentent inclus. Une grande attention était portée à la beauté des liturgies et de leur mise en espace. 

Chaque matin, un temps de partage biblique en petit groupe - toujours le même - permettait de se sentir porté par la prière de ces quelques visages un peu mieux connus, et un riche échange interculturel avait lieu autour de la lecture du texte biblique du jour, texte qui faisait autorité pour chacun de nous même si nous vivions différemment cette autorité. 

Cette expérience fut très instructive pour moi - j'y ai appris beaucoup - mais surtout immersive : ce que j'y ai vécu dépasse de beaucoup ce sur quoi je peux mettre des mots. Lors que je suis déçue par certaines choses dans l’œcuménisme international aujourd'hui, je repense à cette expérience fondatrice, et celle-ci me remotive et me remets en chemin, à chaque fois. Se découvrir si différents mais frères et sœurs en Christ, cela n'a pas de prix !